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Marthe et Marie: faisons attention pour ne pas devenir si occupé dans « le travail du Seigneur » jusqu’à oublier « le Seigneur du travail ».

HomélieL’Évangile de ce jour nous présente deux figures bien connues des chrétiens : Marthe et Marie. Et on les identifie rapidement, en les opposant, aux actifs et aux contemplatifs. Marthe serait celle qui sait être efficace, réaliser une tâche utile, tandis que Marie saurait prendre le temps d’écouter Jésus, la Parole de Dieu. Et selon que nous sommes plus sensibles aux besoins matériels immédiats ou aux biens spirituels, on justifiera l’un et critiquera l’autre. Si on en reste à cette analyse simple, trop simple, la réflexion de Jésus à Marthe est incompréhensible, voire injuste. « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas retirée. » A plusieurs reprises, pourtant, Jésus nous invite à une charité active, notamment quand il nous prévient : « Ce n’est pas en me disant : Seigneur, Seigneur, qu’on entrera dans le Royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » (Mt 7,21. Le passage de Marthe et Marie est mis tout de suite après le passage du bon samaritain que nous avons médité dimanche passé. Ceci n’est pas anodin, la chose importante est l’amour. Là où Marthe est corrigée par Jésus, avec tant de délicatesse, c’est dans l’amour : en servant Jésus ou en l’écoutant, l’important est qu’il y ait dans le cœur l’amour, et que ceci soit le point de départ de nos actions ; non pas le devoir, non pas les comparaisons. Marthe accueille Jésus, Marthe fait bien de s’occuper du service, mais Jésus est un hôte différent. Pour lui, le plus important n’est pas la perfection dans les choses extérieures, mais l’amour avec lequel nous agissons dans notre vie.

En route vers Jérusalem…..

Il nous est peut-être bon de placer notre épisode dans son ensemble, selon la progression de l’Évangile et les écrits de Saint Luc. Jérusalem est le but du voyage spirituel de celui que Luc amène à Jésus (Cfr l’Évangile, son premier livre), et c’est le point de départ pour la mission du disciple comme nous le relate les actes des apôtres. Ne l’oublions donc pas, nous le suivons depuis la fin du chapitre 9 (Lc 9,51). Nous rappelons qu’il n’avait pas été accueilli par les Samaritains. Dimanche passé, nous étions à 30 km, à Jéricho, écoutant la parabole du bon samaritain. En ce moment, nous sommes à 3 km, où Jésus et les siens entrent dans une famille amie qui leur offre hospitalité. L’hospitalité chrétienne est et doit être quelque chose qui va au-delà d’un simple geste d’humanité et de cordialité. Pour cela, Luc présente le voyage vers Jérusalem en tant que voyage d’un Dieu qui vient à la rencontre de son peuple. « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple », chantons-nous aux laudes tous les matins.

La visite de Dieu à son peuple est un thème cher à l’Ancien Testament. Dans la première lecture, nous avons écouté la « visite de Dieu » au patriarche Abraham. Les trois voyageurs manifestent à Abraham la présence de Dieu, puisqu’ils lui laissent bénédiction et bonne Nouvelle : la naissance d’Isaac. Oui, la visite de Dieu transforme la vie humaine, la rend féconde, la conforte avec la joie. Ici alors, pour Luc, Dieu visite l’humanité en la personne de Jésus. C’est dans ce contexte que nous pouvons alors placer l’entrée de Jésus dans cette maison et comprendre ce que Jésus dit à propos de la manière dont il y est accueilli.

Jésus a besoin de plus que la nourriture. Il est Dieu, mais il est aussi vrai homme. Il a besoin de compréhension, d’écoute, de partager sa grande préoccupation qui habite son cœur : nous sauver. Combien de fois nous avons dit à nos amis, qui voulaient nous servir quelque chose, d’attendre un peu pour que nous disions d’abord ce qui nous habite le cœur ? Ce soir-là, Jésus a surtout besoin de la présence affectueuse et attentive de ses amis, de ses amies.

Marthe n’a pas d’abord compris cela. Ne nous moquons pas d’elle, puisqu’il nous arrive aussi de faire de même, quand des personnes, surtout celles que nous considérons à tort ou à raison comme nécessiteuses, nous arrivent et que nous pensons directement ce que nous allons leur donner avant qu’elles n’aient dit un mot. Pour cela, elle s’affaire, pour accueillir cet hôte de marque. Que Jésus avait besoin de manger, cela est une chose normale. Mais ce soir-là, ce qui comptait le plus était l’écoute, la présence, le partage. Autrement, pour un chrétien, la vie contemplative n’exclut pas celle active. Les deux sont indispensables. Il n’a pas d’alternative entre prière et travail, entre l’engagement en vue de la paix et de la justice et la vie contemplative. Oui, il y a des moments où certaines choses viennent avant les autres. Jésus lui-même n’a pas seulement enseigné, il a donné aussi du pain aux affamés. Marie est loué pour avoir été attentive à ce qu’il fallait faire en ce moment-là, elle su apercevoir ce qui était prioritaire.

« L’efficientisme »: une hérésie de notre temps….

Notre temps connaît une nouvelle hérésie : l’ « efficientisme », l’efficacité, la productivité. On mise sur les résultats comptables et on oublie que la productivité vaut moins que la fécondité. Beaucoup de personnes s’affairent et alignent des activités qu’elles ont accomplies, des activités louables mêmes. De là, il y en a qui concluent qu’aller prier est sans importance puisque tous ceux qui prient ne sont pas capables d’accomplir de telles œuvres. Le problème ne tarde pas à venir, celui de se mettre au centre de l’activité. C’est ce qui est arrivé à Marthe. Remarquons une chose : le problème n’est pas Marie qui ne fait rien, mais le « me » de Marthe qui y insiste pour deux fois. Marie concentre son attention sur l’autre Jésus, Marthe la place sur elle-même. L’égocentrisme finit donc tôt ou tard à polluer le service d’amour fait au prochain. Et c’est alors que commencent les comparaisons et juxtapositions : « nous » qui sommes braves, efficaces, et « eux » qui font moins, ne font rien. Concurrence ! Jalousies !

Si Jésus se permet de reprendre Marthe, ce n’est pas parce qu’elle agit, mais parce qu’elle s’agite. « Marthe, Marthe, tu te soucies et tu t’agites pour beaucoup de choses. » Agir et s’agiter, ce n’est pas la même chose. Comme ne rien faire, ce n’est pas forcément prier et encore moins être un contemplatif. Car dans toute vie, une seule chose est nécessaire, comme le précise Jésus et c’est parce que Marie, contrairement à Marthe, sait mettre en œuvre cet unique nécessaire que le Seigneur la loue. Quelle est donc cette chose unique et nécessaire ? En négatif, Marthe nous aide à le comprendre.

La charité: âme de toute action vraiment chrétienne.

Que nous dit l’Évangile de l’attitude de Marthe : elle est absorbée par les multiples tâches du service, elle s’agite et se soucie, et enfin elle proteste contre sa sœur. Reprenons brièvement ces attitudes. Tout d’abord elle est absorbée par les tâches, c’est-à-dire que son regard se limite à ce qu’il y a à faire. Entièrement préoccupée par l’organisation, elle oublie pourquoi elle sert, pour qui elle rend service. La valeur de nos actions tient pour une grande part à ce “pour quoi, pour qui”. Plus que l’ambition ou la réussite, l’amour n’est-il pas le motif le plus puissant de nos actions ? Si notre regard se fixe sur la matérialité de nos œuvres, si nous perdons le sens, la finalité de notre travail, de nos services, alors on risque fort d’être submergé par l’ampleur de nos devoirs, ou découragé par l’incessant recommencement. En oubliant la raison de son service, ici l’amour de Jésus, Marthe s’agite plus qu’elle n’agit. Et ainsi, Marthe proteste : Ce n’est pas juste, il n’y a que moi qui travaille ! Elle perd ainsi le jugement juste sur ceux qui l’entourent. La discorde s’installe entre ceux qui devraient être unis. En perdant le sens de son service, elle perd aussi la joie et la paix intérieure.

Entre s’agiter et rouspéter, ou écouter paisiblement la Parole de Dieu, la meilleure part est facilement discernable. Il ne s’agit pas dans cet Evangile de décrire la figure du chrétien actif et celle du contemplatif, en les opposant, mais de nous mettre en garde contre la perte du sens qui nous fait perdre pied. Car si être un chrétien actif, c’est s’agiter et rouspéter, est-ce vraiment être charitable ? Si nos services et notre travail ne trouvent pas un sens positif dans l’amour, ils deviennent un esclavage dont il faut se libérer. En oubliant que notre travail, nos services prennent place et sens dans une dynamique de vie qui tend, pour nous chrétiens, à la perfection de la charité, on en vient à se perdre, à se dissoudre dans un matérialisme insensé.

Pour le chrétien, toute sa vie tend à exprimer l’amour de Dieu qui est la Vie en plénitude. Dès lors on comprend que prière et action ne s’opposent que si l’un et l’autre se vivent dans leur médiocrité. C’est-à-dire si la prière se définit comme une simple inactivité, et l’action comme une simple agitation. Mais si la prière et l’action se vivent comme une mise en œuvre et un apprentissage de la charité, alors elles deviennent toutes deux une manière unique et unifiée d’être à Dieu et d’être au monde. On croit comprendre aisément comment l’action est mise en œuvre de la charité, mais c’est, me semble-t-il, souvent de manière superficielle. On pense que dès que je rends service à quelqu’un ou lui dit une parole aimable, alors je suis charitable. Et ainsi, on s’imagine que la perfection de la charité consiste à multiplier au maximum les actes, et l’on s’accusera de tout ce qu’on n’a pas pu faire. Mais alors comment comprendre cette phrase de St Paul dans son hymne à la Charité : « Quand je distribuerais tous mes biens en aumônes, quand je livrerais mon corps aux flammes, si je n’ai pas la charité, cela ne me sert de rien. » Comme Marthe, on peut faire tout cela sans avoir la charité. Car du point de vu de la Foi, une œuvre charitable prend tout son poids et sa valeur quand elle n’est pas simplement œuvre de la volonté humaine, mais collaboration de notre liberté à l’œuvre de Dieu. Le monde, comme notre vie, chacune de nos actions ne trouvent leur valeur et leur sens les plus profonds que lorsqu’ils trouvent en l’Amour trinitaire leur source et leur accomplissement. Ainsi Jésus nous dit : « Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors comme le sarment et il se dessèche ; on les ramasse et on les jette au feu et ils brûlent. » (Jn 15, 5-6) La véritable action chrétienne de charité est une union intime avec Jésus, on ne peut donc pas l’opposer à la prière.

La prière est elle-même une œuvre, un travail où l’on apprend à aimer. Il me semble que pour durer dans la prière personnelle et entrer dans une relation profonde avec le Seigneur, mieux vaut aborder ce temps comme un lieu où je donne plutôt qu’un lieu où je reçois, un lieu de ressourcement. Nous apprenons à donner le temps sans espoir de pouvoir le reprendre, nous apprenons à renouveler une attention amoureuse qui semble se perdre dans le silence, nous accueillons ce qui nous est donné sans pouvoir saisir celui que nous désirons. La prière qui participe au mouvement de la vie trinitaire de don et d’accueil, comme école de pauvreté et d’humilité, est certainement la meilleure école pour une vie évangélique et fraternelle.

Prier comme servir, c’est aimer: si on l’oublie, on se laisse submerger, on s’agite, on proteste, et on abandonne l’un comme l’autre.

Etre le Bon samaritain: «De qui suis-je prochain ?» au lieu de » Qui est mon prochain? »

HomélieDésirer le bien d’autrui n’est pas une prérogative des saints ou des personnes naïves, mais une prérogative et une vocation de tous. Pour le croyant, et en particulier le chrétien, s’engager activement pour améliorer la vie de ses frères et sœurs ne signifie pas seulement correspondre à son identité sociale, mais surtout se remodeler à l’image du Christ, Bon Samaritain dont nous parle la Collecte de ce dimanche. En effet, en ouvrant les horizons de notre réflexion, dans le dessein du salut, le Bon Samaritain est Jésus lui-même qui a laissé sa gloire, en venant planter sa tente au milieu de nous (Jn 1,14), en venant panser nos plaies, en acceptant de marcher à nos côtés quand nous sommes en déroute, désillusionnés comme les disciples d’Emmaüs (Lc 24). C’est lui qui se fait compagnon de nous au sein de son Eglise qu’il vivifie par sa Parole et ses sacrements.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est que Jésus répond à une question en questionnant à son tour. Le scribe lui demande : « Que dois-je faire ? » Jésus répond : « Que lis-tu ? » Le scribe ne questionnait pas tant pour savoir la vérité que pour mettre Jésus à l’épreuve en l’entraînant sur le terrain des querelles théologiques. Jésus ne relève pas l’agressivité de cette question-piège, et il ramène l’homme face à la vérité qu’il ne cherchait pas vraiment. Il lui dit, en quelque sorte : la réponse, tu la connais, et c’est toi qui vas me la donner. Et de fait le scribe rapproche infailliblement deux versets du Deutéronome et du Lévitique.

Ainsi en va-t-il souvent des questions que nous posons à Dieu : « Que dois-je faire ? Quel est le sens de ma vie ? Comment cela se fera-t-il ? Comment ce que je vis débouchera-t-il sur la vie éternelle ? » Jésus pourrait nous dire : la réponse, tu la connais déjà ; mon Père depuis longtemps te l’a livrée. Effectivement, (suite…)

La moisson du Seigneur est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Dans la joie et l’espérance prions le Maître de la moisson.

Saint Luc nous parle aujourd’hui du devoir principal que doit assumer le disciple : la mission. Celle-ci consiste à étendre la paix qui provient du Règne de Dieu, c’est-à-dire de la conviction que Dieu est à l’œuvre en notre vie, quand bien même tout peut sembler sombre, plat, sans saveur et sans lendemain. Le disciple n’annonce rien d’autre que la croix, la mort et la résurrection de Jésus, et cela change le sens des choses, même quand on est confronté aux échecs, comme le dit bien Saint Paul, lui qui ne trouve aucun autre motif de sa joie que dans la foi au Christ mort et ressuscité.

C’est donc une mission à laquelle nous sommes tous appelés. Les disciples ne peuvent pas concevoir la mission comme une attente. Au contraire, ils doivent se mouvoir, courir, et cela n’a pas de restrictions : la Bonne nouvelle doit atteindre tous, doit rencontrer et assumer les diversités culturelles (manger tout de ce que les autres mangent, au lieu de s’en tenir aux coutumes juives de la pureté rituelle, même pour le manger). Nous sommes loin d’une Eglise dont certains pensent qu’elle confie sa mission seulement aux Evêques, aux prêtres, aux consacrés, aux responsables des communautés.

« Allez !». Mais « où ? »
Il s’agit d’une invitation à se mettre en chemin. Jésus parle des villes. Entendons pas ici tous ces lieux de partage de la vie quotidienne, ces milieux du pouvoir (qui réside normalement dans les villes), de la culture, de l’information rapide et complexe, ces lieux de l’expérience humaine. « Allez » : un ordre peu confortable. Il ne s’agit pas de nous enfermer chez nous, en attendant qu’on vienne nous chercher parce qu’on a besoin de nous : certains ne sauront même pas que nous pouvons leur être utiles !

Il s’agit de sortir, comme le dit bien souvent le Pape François,

(suite…)

Sinogenda ntashimye

Ndarengutse, ntuma

UMVIRIZA. RIRIMBA

Prier l’Office divin

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