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« Danger public » d’une politique seulement contestataire

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Quand la « mauvaise » comme la « bonne » communication produisent   malheureuAbbé Lambert Riyazimanasement les mêmes effets, surtout en propagande politique, nous tombons dans l’impasse comme il est le cas actuel de l’Italie. Personne ne sait plus quoi faire, ignorant surtout ce qui a été à la base du résultat. Pouvons-nous toujours soutenir que « la fin justifie les moyens » ? Lesquels ? Désillusionnons-nous, surtout en politique, ce n’est pas toujours celui qui a présenté un bon projet de société qui a le plus de voix, mais celui qui a su bien communiquer. Que se passerait-il si deux ou trois candidats ont le même (ou presque) programme ? Aurons-nous une nette diversité de projets politiques au Burundi, ou simplement une diversité de propagande ? Tentons d’apprendre de l’expérience des autres.

Le Canadien Marshall McLuhan avait et a raison quand il dit que l’essentiel du message n’est pas seulement dans le contenu véhiculé, mais surtout la manière utilisée pour délivrer le message. « The medium is the message », écrivait-il dans la 2ème moitié du 20ème siècle, parlant du développement des systèmes technologiques de communication. Cette idée scientifiquement vérifiée n’est pas à restreindre au domaine des instruments techniques de communication, excluant les gestes, les stratégies humaines qui nous aident à convaincre l’interlocuteur, surtout dans le domaine de la communication en politique. A la lumière des dernières législatives en Italie, on pourrait porter un regard sur notre réalité burundaise où les leaders d’opinion risquent d’être plus nombreux sans qu’il y ait différence notable d’approche de notre situation. Comment les distinguer ?

Un regard sur les législatives de février 2013 en Italie.

Je m’arrêterai seulement sur la communication entretenue par les 4 premiers (selon les résultats obtenus) chefs des coalitions.

La « Scelta Civica » (Choix civique) était présidée par le Professeur Mario Monti, appelé dès la fin de 2011 à former et diriger le gouvernement qui devait sauver une Italie au bord du gouffre de la récession économique de la zone Euro. Je me rappelle surtout cette scène des Romains qui se sont rassemblés à la place publique pour chanter « le Hallelujah » de Händel au départ du Cavalier (Berlusconi). Libérés ? Peut-être ; attendons l’épreuve du temps. La politique d’austérité du professeur a consacré une augmentation des taxes. Je me suis rendu un jour à la poste pour envoyer le courrier à la police des étrangers afin de renouveler mon permis de séjour, une vignette que j’avais achetée une année avant coûtait 5 fois plus. L’œuvre pourtant appréciée par la politique extérieure a été pesante pour les habitants de la péninsule. Monti en paiera les conséquences quand il dira qu’il entend continuer sur la même lancée une fois élu. Les électeurs se sont montrés fatigués d’une politique qui apprivoise la louange étrangère.

Le Chevalier Berlusconi avec un slogan de sa coalition (Centre-droite), un peu ambigu, revint sur le champ où il n’est pas novice. « Ora, credici » (Maintenant, croyez-nous ou croyez-y, peut-on traduire le CI). On l’avait cru comme affaibli surtout par les procès interminables (il vient d’être condamné à un an de prison : voir ici). Cet homme politique a su exploiter sa carrière d’homme d’affaire. Tous les jours aux écrans des TV (il est propriétaire de 3 chaines TV !), chaque fois avec un slogan facilement assimilable, exploitant le malaise provoqué par son successeur, allant jusqu’à écrire au citoyens une lettre promettant la restitution des taxes sur l’immobilier, pour quiconque l’élira et surtout se présentera au bureau de vote avec la lettre. « Abantu ni bamwe ! » Fraude ou non, achat des consciences ? On n’a pas su qualifier cela à l’unanimité. Ses campagnes sont avant tout une fête : musique, spectacle,…, et quand les cordes sensibles sont tendues, le Cavalier vient les caresser et il n’a plus besoin de présenter des projets immenses pour convaincre. Tout est joué. On n’a pas besoin de Doctorat en Psychosociologie pour le comprendre.

Pier Luigi Bersani du Centre-Gauche exploita le même malaise, comme économiste ayant géré comme ministre ce secteur, s’arrêtant surtout à contester plus qu’il n’ait proposé pour le pays. Parlant énergiquement, chemises à longues manches, cependant retroussées, il a su montrer qu’il est fort. Il n’est différent pas de Poutine (Russie) qui l’a souvent montré en traversant les villes à cheval ! Oui, il peut travailler, il est un autre Obama dont le style est le même quand il court avant d’arriver au podium. Nos hommes sont efficaces et efficients pour la technique du « culte du corps ».

Beppe Grillo, chef du Mouvement 5 Etoiles, né sur le web aura été le contestataire féroce de l’histoire récente. Homme comique et comédien, humoriste, blogueur, il prôna le renvoi de tous les politiciens (c.à.d. ceux qui se sont servi des partis politiques) : «Mandiamoli tutti a casa (= renvoyons-les tous à la maison) puisque ces hommes politiques ont démérité. Nous ne vivons que la misère. Il lance ses idées en homme charismatique, il n’a pas besoin de lire,… c’est l’heure de l’engouement pour une nouvelle réalité, « politiquement non-politique » puis-je dire, me gardant de comparer cela avec notre société civile. L’ambiance est plus que festive, plus propice que celle de Berlusconi pour convaincre. Il est fort, c’est le comble de la technique du « culte du corps » : le corps du chef a une puissance thaumaturgique (regardez-le). Le corps parle plus que les mots. Ce n’est pas un hasard si Hilary Clinton depuis un certain temps, ne se maquille plus de façon notable : elle doit démontrer qu’elle n’est plus cette jeune adolescente si elle pointe plus haut : la Maison Blanche. Let’s wait and see !

Avec l’exploitation de l’archétype de la sensibilité au mal, tous ceux qui sentent le poids des jours sont remorqués par les discours plus dénonciateurs que propositifs. Les mêmes techniques ont produit presque les mêmes effets : il n’y a pas eu de vainqueurs au vrai sens du terme. Aucune coalition n’a eu de majorité qui puisse faire passer la loi dans les deux chambres du parlement, alors que les deux ont les mêmes prérogatives. Qui formera le gouvernement quand les alliances sont impossibles? Personne. On parle déjà de la possibilité de retour aux urnes.

Quelles leçons pour le Burundi qui se prépare aux élections?

J’estime qu’il est grand temps de revoir nos manières de communiquer et de former l’opinion publique. Il nous faut reposer la question du service public et oser y répondre. Quand on j’écoute les discours de la plupart de mes compatriotes, je peux dire sans peur d’être contredit que le mal pèse plus dans leurs consciences (et c’est une réalité de notre nature humaine) qu’ils n’arrivent pas à faire un équilibre entre la dénonciation et la proposition d’idées concrètes pour le pays. Si on devait commencer la campagne électorale pour les prochaines élections avec un ton simplement contestataire (ce qui est efficace pour gagner le consentement de l’électorat), à la fin on n’aura pas fait grand-chose pour le pays ; on se sera servi du peuple meurtri par tant de souffrance au lieu de servir ce dernier. Il est du devoir de l’opposition politique de décrier les abus du pouvoir, mais cela ne suffit pas. Il faut un autre pas. Il est des prérogatives du pouvoir de gérer les affaires publiques, au service du peuple, mais pas de se servir de tout cela pour sa des intérêts égoïstes : le service public exige collaboration inclusive et je déplore le fait que ce sont presque les mêmes voix qui nous comment l’actualité.

Le domaine des médias constitue une force non négligeable pour orienter le débat public (l’agenda setting), mais je me demande s’ils ont jamais fait une évaluation en termes de pourcentage pour voir le rapport entre l’information dénonciatrice et celle qui propose de bons exemples qui pourraient contribuer, non au service du pouvoir en place, car cela est la tentation, mais à celui du peuple dont ils se réclame être porte-parole et serviteurs. Allons-nous essentiellement alourdir la conscience de notre peuple et exploiter sa faiblesse (qui n’est pas l’apanage des Burundais) et faire passer pour publique notre propre opinion, nos intérêts égoïstes ?

Je pourrais peut-être comprendre ce déséquilibre du moment que, souvent, on nous fait entendre comment sonnait le téléphone d’un tel administratif, qui n’a pas été à un tel moment, prêt à collaborer, et qui se lamentera le lendemain. Ce dernier devrait aussi savoir qu’il en va de son devoir d’être au service du peuple par le biais de ces médias, qui, de leur part, doivent nous parler : s’il n’est pas prêt à dire quelque chose, le journaliste trouvera quelqu’un d’autre pour le dire ! Ils ne sont pas à voir toujours comme acteurs de l’opposition, mais ils sont appelés à plus de professionnalisme et d’équilibre. Avez-vous par hasard vu un journal sorti avec des pages vierges par la simple raison qu’il y a eu vide d’informations ? Il est grand temps de poser la question du service public, en ses diverses dimensions. Comme ils ont le pouvoir de parler à un grand auditoire, les médias devraient nous aider à démasquer toutes ces finesses de la communication politique pour aider le peuple burundais à bien lire l’actualité de la vie quotidienne, puisque le journalisme ne consiste pas essentiellement à faire un « reportage » de ce qui s’est passé, mais à « donner une clé de lecture » de ce qui se passe. Cela dit en langage plus professionnel, ils doivent se poser la question du contenu du premier W (What ?) des 5 traditionnelles questions journalistiques. Evidemment, si ces médias sont vraiment professionnels pour ne pas céder à la tentation d’être de simples relayeurs des intérêts des autres leaders d’opinion ! A bon entendeur…


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