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Seigneur, « tu ouvres ta main, tu rassasies avec gratuité tout ce qui vit ».(Psaume 144)

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Jésus vient d’entendre la triste nouvelle de l’exécution de Jean Baptiste. Il en est touché, et cette mort n’est pas un accident de parcours pour qui proclame la vérité, elle fait partie de la vie et la mission de celui qui s’engage dans la voie de Dieu. Plus que tous, Jésus en est conscient. Pourtant, quand on reçoit la nouvelle du décès d’un ami proche ou d’un membre de la famille, aucune parole, réellement, ne peut soulager la peine du deuil. On veut souvent être seul, sans être dérangé. C’est ce que Jésus a dû ressentir en apprenant la mort de son cousin et précurseur, Jean Baptiste, exécuté par Hérode le tyran. Jésus cherche un endroit désert. Il se retire. On a tendance à penser que Jésus n’était pas Vrai Homme, qu’il ne pouvait pas se retirer. Pour ces 5 dimanches, on va nous le montrer au moins par trois fois, se retirer. Pour le moment, il ressent certainement la perte de son cousin et ami. Le meurtre de Jean Baptiste le frappe de plus près ; il annonce son rejet imminent et sa crucifixion. A des moments pareils de notre vie nous pouvons nous refermer sur nous-mêmes. Voyez donc ce que le texte de l’Évangile rapporte lorsque Jésus aperçoit la foule qui le précède à l’autre rive.

Tout se passe comme si Dieu son Père ne lui permettait pas ce retrait, ce silence: les foules ont deviné l’intention du Rabbi, et le précèdent sur le lieu qu’il a choisi pour s’y retirer « à l’écart ». S’oubliant lui-même, Jésus ne voit plus que la détresse de ces hommes et de ces femmes qui affluent de toute part vers lui : « saisi de pitié envers eux, il guérit les infirmes La foule n’a aucune idée de ce qui se passe dans le cœur de Jésus. Ils ne veulent qu’une chose : être guéris de leurs maladies. Le cœur de Jésus est ému de pitié pour eux. Quelle belle vision de la noblesse du cœur de Jésus ! Au lieu d’éviter la foule à cause de son chagrin, il se remet immédiatement à guérir et à chasser les démons.

Quelle aurait été notre attitude? Que nous arrive-t-il quand nous sommes fatigués, quand nous sommes frappés par un événement malheureux, un échec, une déception, et surtout, quand tous nos programmes croulent parce que les gens n’ont pas su notre état d’âme? Sommes-nous disposés à y avoir aussi la volonté de Dieu, ce Dieu qui n’est pas insensible par rapport à notre douleur, mais aussi nous demande de sortir de nous-mêmes, de nous oublier, de mettre de côté nos logiques et nos programmes? Regardez le cœur de Jésus, quand bien même son programme de se retirer ne tient pas debout.

Venite Adoremus,Dominum

Venite Adoremus,Dominum

Arrêtons-nous un peu sur certains détails de cette scène de la multiplication des pains.
Dans le réalisme des disciples, ils se rendent compte que l’endroit est désert et que la nuit approche. Belle observation. Comme le jour baisse, les disciples réagissent avec bon sens et exhortent leur Maître à renvoyer la foule. Mais Jésus ne l’entend pas ainsi ; croisant tous ces regards posés sur lui, il se souvient du Psaume 144 : « Les yeux sur toi, tous ils espèrent : tu leur donnes la nourriture au temps voulu ; tu ouvres ta main : tu rassasies avec bonté tout ce qui vit », comme nous l’avons entendu dans le psaume responsorial qui fait écho à la première lecture.

L’Eucharistie est donc le repas de nos déserts, quand nous manquons du tout pour continuer le chemin comme ce fut le cas des hébreux vers la terre promise. Mais ce désert peut fleurir si nous acceptons de sortir de nos logiques, de vivre selon le seul fruit de nos efforts: le travail assidu, le prière profonde, la sincérité, la franchise,…auxquels nous voulons faire correspondre des résultats sûrs comme si ils étaient la garantie, et comme ça oublions que c’est le Seigneur qui nous fait réaliser tout cela quand nous y arrivons. En effet, ces apôtres qui font noter que l’endroit est désert distribueront les pains et les poissons au peuple assis sur l’herbe. Comment alors survient ce changement? L’endroit est désert! « …ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe… » C’est aussi la réalisation du psaume 22:  » dans tes verts pâturages, tu me fais reposer, près des eaux paisibles tu me conduis ». Il faut vraiment être sportif d’esprit pour suivre Jésus, accepter de changer de logique.

La seconde chose: « le soir venu… ». L’Eucharistie est le sacrement de nos nuits, quand nous avançons sans savoir d’où nous venons et où on va. Quand il fait nuit dans notre cœur, même la lumière du soleil ne nous éclaire plus. Combien de gens sont tristes, et cheminent sur nos routes avec des visages sombres, bien qu’ayant même de grands biens? Ne manquent-ils pas peut-être un peu de lumière d’un autre genre? Peut-être que nous dirons que nous ne pouvons rien faire pour eux, et nous présentons le peu de peu et de poissons pour montrer notre incapacité de les aider. Et si ces gens sont alors les plus pauvres matériellement, nous disons que nous ne réussissons pas non plus à nourrir nos familles… Voyons que ce que les disciples considèrent comme dérisoire par rapport aux besoins de la foule, Jésus le multiplie de façon merveilleuse et surabondante. Jésus désire notre collaboration. Il multipliera tout effort que nous ferons en son nom. Que me demande le Seigneur ? Probablement, il ne me demande pas de quoi nourrir une foule nombreuse. Quel est ce peu de pain que je peux donner ? Peut-être est-ce d’inviter un collègue ou ami à venir à l’Église avec moi, de me rapprocher d’un chrétien rebelle, me mettant à son niveau, en l’encourageant à considérer la sagesse des enseignements de l’Église. Si je pense que c’est insuffisant pour le besoin, que je me rappelle la puissance du Christ. Jésus multipliera nos pauvres efforts si nous faisons de notre mieux avec le peu de pain’ que nous avons.

La troisième chose:  » … Pour qu’ils aillent s’acheter à manger… » « Donnez-leur vous mêmes à manger ». Ici s’affrontent encore deux logique différentes. Celle de la gratuité du don de Dieu et celle du pain fruit de nos efforts, de nos poches. Les paroles entendues dans la première lectures se réalisent avec Jésus. Il veut dire à ces disciples que ce n’est pas en allant loin de Jésus qu’on trouve la solution. Les foules ne pourront pas se rassasier à leurs frais. Et bien évidemment, « bene vyo ni bo ben’inambu », dit-on en Kirundi. C’est alors que la clé de ce récit est fournie par l’opposition entre le verbe ACHETER et le verbe DONNER. Aux disciples suggérant qu’il faut que les gens aillent à s’acheter de quoi manger, à gagner leur vie, Jésus leur réplique: donnez-leur vous-mêmes… Tout est dans ce renversement qui substitue le partage à la transaction commerciale.

Aujourd’hui, nous sommes tous invités à donner à manger. En effet, de ce que Jésus a donné, il est resté douze paniers. Ce chiffre ne dit pas seulement qu’il est resté à manger pour les 12 tribus d’Israël, mais aussi pour tous les hommes de tous les temps. Le douze, de douze mois de l’année, c.à.d de la plénitude des temps nouveaux, inclus le notre, est porteur de sens pour nous. En effet, « hāga imitíma ntíhāgá imipfúko », ce n’est pas la nourriture qui manque au monde, mais l’esprit de partage, parce que beaucoup de nous croient qu’ils ont gagné leur pain parce qu’ils l’ont acheté. Ils sont (nous sommes) souvent loin de la logique du partage, de la logique de la gratuité, de la logique du don.

Seigneur Jésus, je te donne dès à présent mes cinq pains et mes deux poissons. Tu connais les besoins de mon âme et les besoins des âmes dont tu mas chargé. Tu sais qu’il m’est difficile de dépasser mon peu de foi et ma pauvre logique. Mais je me confie en ta bonté, en ta miséricorde et en ta puissance. Multiplie les pauvres efforts que je fais en ton nom. Je demande aussi à Marie notre Mère d’intercéder pour cette intention. Amen.


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