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Par la foi, nous sommes capables d’écouter et de proclamer la parole de Dieu.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


effataLe cheminement d’Israël de l’Ancien Testament un est chemin de prise de conscience de sa faiblesse et de la confiance en la puissance du Seigneur. Dans sa prédication terrestre, Jésus s’approprie les signes de cette puissance de Dieu et en étend l’efficacité à tout le monde, répondant ainsi au désir, non seulement d’un peuple donné, mais au besoin de salut qui se trouve dans le cœur de chaque personne. Son message a donc une portée universelle.

C’est aussi en substance ce que nous suggère le parcours géographique qu’il fait : de Tyr à Sidon en venant vers la Galilée, c’est un parcours humainement absurde à voir la proximité entre le point de départ et le point d’arrivée. Il y a certainement un message. Il traverse les territoires limitrophes d’Israël, territoires considérés comme impurs (donc, aux personnes impures !) et, du point de vue de l’orthodoxie de la foi, ce sont des territoires où on n’est pas sûr de ce qu’ils croient. Ce qui devrait nous surprendre, c’est que même là-bas, Jésus reçoit les mêmes demandes et ces gens ont les mêmes attentes que les gens de la Judée. Ils ont les mêmes espérances (même s’ils ne connaissent pas Yahweh, le Dieu d’Israël. Le salut est donc le soupir profond de toute l’humanité. Retournons un peu sur les attentes de ces gens.

Si on nous demandait de choisir entre perdre la vue et perdre l’ouïe, spontanément la majorité d’entre nous préfèrerait être sourd plutôt qu’aveugle. Pourtant les études psychologiques montrent que la souffrance du sourd dépasse celle de l’aveugle, en raison de son plus grand isolement. Nous sommes des êtres de la parole ; elle est le fondement de notre communication. Ne plus entendre, c’est être rejeté hors de la sphère des échanges interpersonnels et donc hors de la sphère humaine ; c’est aussi perdre la possibilité de s’exprimer car le sourd ne pouvant vérifier ce qu’il dit, finit bien vite par s’enfermer dans le mutisme. Tous ceux qui ont fréquenté des sourds ou des malentendants peuvent en témoigner : ces personnes souffrent terriblement de l’isolement et finissent par se replier sur elles-mêmes, dans un sentiment d’abandon voire de rejet, qui engendre souvent beaucoup de tristesse et d’amertume.
Hélas, telle est bien la triste situation de notre humanité ; le péché nous a affecté dans tous nos sens spirituel : du fond de nos ténèbres, nous n’entendons plus Dieu, et nous ne le voyons pas davantage. Spirituellement sourds et aveugles, nous nous replions sur notre intériorité vide, emmurés dans notre solitude, incapables de communiquer, ni avec Dieu, ni avec les autres.

A la lecture cette partie de saint Marc, un élément confirme que les disciples – tous les disciples de tous les temps, nous mêmes y compris – sont concernés par ces miracles : ce n’est qu’après que Notre-Seigneur ait rendu l’ouïe au sourd et la vue à l’aveugle, que Pierre peut entendre le Père lui révéler la messianité de Jésus (Mc 8, 27-29) et qu’il peut la proclamer ; de même, ce n’est qu’alors que les trois apôtres choisis peuvent voir Notre-Seigneur transfiguré sur la montagne (Mc 9, 2-10). C’est effectivement pour le guérir que Jésus est venu, mais d’une maladie autrement plus redoutable que celle qui affecte ses oreilles : c’est à son cœur profond que Notre-Seigneur va redonner vie.

Ce ne sont cependant pas ces gestes qui guérissent le malade, mais la parole que Notre-Seigneur prononce après avoir prié : « Effata », c’est-à-dire « Ouvre-toi ! ». L’évangéliste est obligé de donner la traduction, car la citation est en araméen, la langue usitée ordinairement par Jésus. Remarquons que Jésus ne dit pas « Que s’ouvre tes oreilles », mais « Sois ouvert, tout entier » : car c’est l’homme dans son intégralité qui est malade du péché et que Jésus vient guérir. L’effet est instantané : « ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia et il parlait correctement ».
L’homme est rétabli dans sa beauté originelle.

Depuis Saint Ambroise, le geste et la parole de Jésus, c’est-à-dire « Effata », sont entrés dans le rituel du baptême. Grâce au baptême, on entre dans la communauté qui écoute Dieu et qui proclame ses merveilles. L’écoute et la proclamation sont donc deux aspects important de la vie du croyant. En outre, n’oublions pas que le don du baptême advient dans la foi, celle de la communauté quand on est baptisé enfant. Sans la foi, on est sourd-muet. Avec la foi, on entre en relation intime avec Dieu et c’est cette relation qui est la réponse au besoin de salut présent en toute personne humaine, qu’elle soit païenne ou pas, de notre groupe ou non. Avec la foi, nous sommes recréés dans notre condition originelle.

C’est pour cela que Jésus est venu pour une nouvelle création, accomplissant ce qui s’annonçait dans la première, et que la péché a mis en échec, à savoir une humanité réconciliée, vivant de la vie même de son Créateur, reconnu comme Dieu et Père.


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