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Béni soit le Seigneur, qui visite et rachète son peuple. Heureux ceux qui l’accueillent et l’écoutent. Ils seront féconds.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Dieu visite AbrahamDans notre vie quotidienne, il y a des moments où ce qui compte n’est pas précisément ce que nous mangeons et buvons. Il est vrai que la table à manger est une occasion pour se retrouver ensemble, expérimenter la proximité des amis, que souvent même n’a pas besoin de beaucoup de mots et bruits, mais d’une chaleur humaine, d’une affection.

 Nous sommes avec Jésus, ce soir là. Ne l’oublions pas, nous le suivons depuis la fin du chapitre 9 (Lc 9,51), au 13ème dimanche. Nous rappelons qu’il n’avait pas été accueilli par les Samaritains. Dimanche passé, nous étions à 30 km, à Jéricho, écoutant la parabole du bon samaritain. En ce moment, nous sommes à 3 km, où Jésus et les siens entrent dans une famille amie qui leur offre hospitalité. L’hospitalité chrétienne est et doit être quelque chose qui va au-delà d’un simple geste d’humanité et de cordialité. Pour cela, Luc présente le voyage vers Jérusalem en tant que voyage d’un Dieu qui vient à la rencontre de son peuple. « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui visite et rachète son peuple », chantons-nous aux laudes tous les matins.

 La visite de Dieu à son peuple est un thème cher à l’Ancien Testament. Dans la première lecture, nous avons écouté la « visite de Dieu » au patriarche Abraham. Les trois voyageurs manifestent à Abraham la présence de Dieu, puisqu’ils lui laissent bénédiction et bonne Nouvelle : la naissance d’Isaac. Oui, la visite de Dieu transforme la vie humaine, la rend féconde, la conforte avec la joie. Ici alors, pour Luc, Dieu visite l’humanité en la personne de Jésus. C’est dans ce contexte que nous pouvons alors placer l’entrée de Jésus dans cette maison et comprendre ce que Jésus dit à propos de la manière dont il y est accueilli.

 Retournons à notre voyage, avec Jésus, vers Jérusalem, le lieu culminant de la visite de Dieu à son peuple qu’Il rachète en son Fils Jésus. Ce soir-là, il est probable que Jésus, ayant été refoulé maintes fois (et précédemment pas les Samaritains, avec motif qu’il se rendaient à Jérusalem- ils ne savent pas ce qu’il refusent, comme nous autres : le salut), Jésus a besoin de plus que la nourriture. Il est Dieu, mais il est aussi vrai homme. Il a besoin de compréhension, d’écoute, de partager sa grande préoccupation qui habite son cœur : nous sauver. Combien de fois nous avons dit à nos amis, qui voulaient nous servir quelque chose, d’attendre un peu pour que nous disions d’abord ce qui nous habite le cœur ? Ce soir-là, Jésus a surtout besoin de la présence affectueuse et attentive de ses amis.

 Marthe n’a pas d’abord compris cela. Ne nous moquons pas d’elle, puisqu’il nous arrive aussi de faire de même, quand des personnes, surtout celles que nous considérons à tort ou à raison comme nécessiteuses, nous arrivent et que nous pensons directement ce que nous allons leur donner avant qu’elles aient dit un mot. Pour cela, elle s’affaire, pour accueillir cet hôte de marque. Marie, quand à elles, s’assoient aux pieds de Jésus (pròs toùs pòdas tou kyrìou). Il s’agit d’une position de disciples comme nous la rencontrons ailleurs : Saint Paul indique qu’il avait été disciple de Gamaliel (parà toùs pòdas Gamaliel). Marie avait donc choisi d’abord d’être disciple en écoutant la parole avant d’agir. C’est même le sens de la collecte de ce dimanche dans laquelle nous demandons à Dieu un cœur humble et doux pour écouter la Parole de son Fils afin de l’accueillir et le servir à travers nos frères et sœurs.

 Eloignons-nous donc du risque d’opposer la vie contemplative à celle active, celle d’une mère de famille à celle d’une moniale, celle des laïcs engagés dans le social à celles des prêtres, religieux et consacrés dédiés aux « choses de Dieu » (abāntu b’Imâna). Que Jésus avait besoin de manger, cela est une chose normale. Mais ce soir-là, ce qui comptait le plus était l’écoute, la présence, le partage. Autrement, pour un chrétien, la vie contemplative n’exclut pas celle active. Les deux sont indispensables. Il n’a pas d’alternative entre prière et travail, entre l’engagement en vue de la paix et de la justice et la vie contemplative. Oui, il y a des moments où certaines choses viennent avant les autres. Jésus lui-même n’a pas seulement enseigné, il a donné aussi du pain aux affamés. Marie est loué pour avoir été attentive à ce qu’il fallait faire en ce moment-là, elle su apercevoir ce qui était prioritaire.

Notre temps connaît une nouvelle hérésie : l’ « efficientisme », l’efficacité, la productivité. On mise sur les résultats comptables et on oublie que la productivité vaut moins que la fécondité. Beaucoup de personnes s’affairent et alignent des activités qu’elles ont accomplies, des activités louables mêmes. De là, il y en a qui concluent qu’aller prier est sans importance puisque tous ceux qui prient ne sont pas capables d’accomplir de telles œuvres. Le problème ne tarde pas à venir, celui de se mettre au centre de l’activité. C’est ce qui est arrivé à Marthe. Remarquons une chose : le problème n’est pas Marie qui ne fait rien, mais le « me » de Marthe qui y insiste pour deux fois. Marie concentre son attention sur l’autre Jésus, Marthe la place sur elle-même. L’égocentrisme finit donc tôt ou tard à polluer le service d’amour fait au prochain. Et c’est alors que commencent les comparaisons et contrapositions : « nous » qui sommes braves, efficaces, et « eux » qui font moins, ne font rien. Concurrence ! Jalousies !

Dieu visite chacun de nous, visite l’humanité. Ce qui nous est demandé est la capacité de discerner le moment de sa présence et le reconnaître. Nous serons alors capables de nous ressourcer afin d’être féconds (pas nécessairement productifs).


2 commentaires

  1. […] : se conformant à l’enseignement de son Maitre, il se fait proche de celui qui en a besoin, écoute la Parole qu’il s’efforce de mettre en pratique, prie, ne fait pas des biens matériels le […]

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