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Seigneur, aie pitié de notre condition humaine et sauve-nous de la cupidité des richesses.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


« Ecoutez ceci, vous qui écrasez les pauvres » !

intendantL’apostrophe d’Amos, le berger envoyé par Dieu pour dénonce la rapacité frauduleuse des possédants, n’a rien perdu de son actualité. Entre les riches et les pauvres, entre les pays riches et les « pays industriellement et technologiquement en arrière », le fossé ne cesse de s’élargir. De nouvelles formes de pauvretés apparaissent au jour le jour. Les paroles de Jésus, dans le récit évangélique de ce jour, font continuité avec l’avertissement d’Amos. Il nous faut redimensionner notre rapport aux biens, à l’argent qui est une puissance qui asservit le monde. Si pour m’enrichir, j’exploite les plus faibles ; s’i l’appât du gain nourrit en moi la morgue et le cynisme ; si je deviens esclave de ce que je possède : alors la richesse est devenue une idole vorace et je cours le risque d’y perdre mon âme. Il faut prier le Seigneur pour qu’Il nous aide à accueillir sans rougir le clin d’œil qu’il nous fait. Nous pourrons nous sauver, sauver ceux qui nous sont confiés, nous nous aiderons réciproquement à atteindre le salut.

La prière universelle ne remplace donc pas l’action. Elle suscite et nourrit notre engagement.

L’habitude de la prière universelle dans nos assemblées eucharistiques (comme je le disais le semaine passée) risque de nous en faire perdre le sens. Il ne s’agit pas des formules simplement usuelles auxquelles on répond sans même y penser, ni des prières faites au hasard en listant les prières comme il en est d’usage (pour l’Eglise, pour nos sociétés politiques et civiles, pour les nécessiteux, etc). Au contraire, il s’agit de coller à la réalité pour être des hommes et des chrétiens d’action dans le monde. Prier pour les chefs d’Etat et pour ceux qui ont la responsabilité du bien commun, ce n’est pas se décharger sur eux de nos responsabilités de citoyens et de chrétiens. Savoir que Dieu veut sauver tout le monde n’est pas une raison pour se croire quitte de tout effort missionnaire. Jésus ne s’est pas dérobé à sa mission de rendre témoignage à la vérité, même devant les autorités politiques romaines, devant le Gouverneur Ponce Pilate. Si nous prononçons ce nom dans notre Credo, ce n’est pas pour dire que nous croyons en Ponce Pilate, mais pour montrer la dimension existentielle, sociale, politique de notre foi, puisque nous vivons dans le monde (sans bien entendu être du monde). La prière universelle ne remplace donc pas l’action.

La « prudence », c’est savoir choisir des moyens adéquats pour notre but : le Royaume de Dieu.

Jésus nous parle d’un gérant malhonnête pour lequel le temps presse, puisqu’il doit rendre des comptes. Il faut donc agir avec rapidité et prudence, sans hésitations et sans perdre son temps. « Bravo », s’écrie Jésus, pour cet esprit de décision ! Mais il vient de voler honteusement son Maître ! Ces deux dettes, en huile et en blé étaient typiques de la Palestine. « Cents barils d’huile » équivaudraient en moyenne à 365 litres d’huile d’olive. « Cents Kors de blé » seraient une récolte normale d’un champ de 42 hectares. Les calculs approximatifs du vol porteraient à environs 500 jours de salaire moyens, presque deux ans de salaire ! Calculez, en monnaie de nos jours, le montant de la fraude ! L’homme n’a pas changé depuis Jésus !

Jésus ne félicite donc pas cette escroquerie très pesante, mais cet esprit de décision qui ne perd pas de temps. Sommes-nous ainsi décidés et décisifs pour la grâce de la conversion qui nous est toujours offerte ? Ou bien tout peut attendre, on ne sait quand ! Si je ne prie pas aujourd’hui, je pourrai le faire même demain, ce n’est pas grave ! Pour nous aussi, le temps presse, bientôt, il pourrait être trop tard. Face aux difficultés, comme ceux de ce gérant, nous devons savoir opérer de bons choix. Il faut s’y préparer chaque jour, en faisant faire du sport à notre esprit chrétien afin qu’il soit capable de bien choisir : parole de Dieu, sacrements, catéchèses. Quelles sont mes habitudes quotidiennes, puisque « Igíti kigwá iyó gihēngámiye », comme disent le Burundais ? Nos responsabilités professionnelles et sociales, nos tâches éducatives, les services d’Eglises qui nous sont confiés…, autant de situations où nous devons avoir « l’habileté des fils de la lumière », avoir la vertu de la prudence qui est classiquement définie comme « la capacité de choisir des moyens justes et adaptés au but que nous poursuivons ». En effet, pour celui qui se propose comme but de sa vie le Règne de Dieu, il ne peut plus se contenter des demi-mesures, il ne peut être tiède et indécis. Il doit savoir distinguer ce qui lui sert de ce qui ne lui sert pas du tout. De cela, nous sommes responsables, c’est-à-dire, des gens qui répondront de quelque chose, des gens qui rendront compte à « Quelqu’un. »

« Rends-moi compte de ta gestion … »

Le gérant de l’épisode évangélique est quelqu’un qui gère des biens qui ne lui appartiennent pas. Nous sommes tous comme ce lui. Qu’est-ce que nous possédons que nous n’avons pas reçu ? Même notre voisin devient un don de Dieu ! Nous pouvons choisir, entre amis, quel quartier, colline, commune, pays habiter, mais on ne pourra pas choisir tous nos voisins. Nous pouvons décider de voyager comme amis, mais nous ne choisirons pas d’autres voyageurs, ou usagers de notre route. Quelles relations entretenons-nous avec eux ? Tout ce que nous avons à gérer : mon corps, mes biens, mes qualités, mes richesses spirituelles, intellectuelles, morales, mes facultés affectives …, il m’en sera demandé compte. Je n’ai pas le droit de gaspiller ce que Dieu m’a confié. Et le temps presse pour prendre la décision et les moyens qui s’imposent.

Entre autres moyens, Jésus nous en indique un en cet Evangile : « Faites-vous des amis… ». Voilà la raison de son éloge au gérant malhonnête. Dans cette belle formule, au cœur de la parabole, Jésus nous livre une leçon importante : le bon emploi de tout ce que nous sommes et tout ce que nous avons, c’est de faire des amis, de mettre de l’amour dans nos relations les uns avec les autres. Nos richesses, en particulier, peuvent nous tromper alors qu’il s’agit d’ « une petite affaire » par rapport au Royaume de Dieu, qui commence dès ici-bas avec la vie que nous avons avec les hommes et les choses. Sommes-nous du même avis que l’argent, la richesse…, est une petite affaire ?

« Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur »

euroNous entendons souvent dire que l’argent (la richesse) n’est pas un mal en soi. Ecoutons Jésus pour lequel « qui s’y frotte s’y pique ». Il ne parle pas seulement d’un gérant malhonnête, mais aussi, l’argent est qualifié de trompeur. La richesse en souvent en soi les germes de l’adikìa, de l’injustice ou bien de par son origine, ou bien de par la mentalité qu’elle pousse à adopter, ou tout simplement parce que la richesse nous trahit en ne nous accompagnant pas jusqu’à la fin : on ne l’emporte pas avec soi quand on meurt ! Quand on se laisse entrainer par le charme de la richesse, il est souvent difficile de se soustraire aux attitudes d’injustice dans les petites choses, ce qui affecte petit à petit les grandes décisions. Il suffit d’ouvrir les yeux et voir les maux que cause l’argent dans le monde : dans les familles, pour des questions d’hérédité ; dans les relations amicales et amoureuses ; dans les milieux politiques ou les liens d’intérêts sont dictés par l’argent ; les différentes guerres pour lesquelles on hisse les drapeaux des idéaux nobles (liberté, indépendance, bonne gouvernance) qui ramènent d’une manière ou d’une autre à l’argent, aux honneurs qui sont liés à l’argent, aux avantages sociaux et économiques. On peut être injuste et juste en même temps, juste dans les grandes affaires et injustes dans les petites. Le Royaume de Dieu n’admet pas de duplicité.

Chers amis, faisons alors nôtre la prière de la collecte de ce dimanche et prions en disant : « O Père, Toi qui nous appelles à t’aimer et à te servir comme unique Seigneur, aie pitié de notre condition humaine ; sauve-nous de la cupidité des richesses. Fais qu’en élevant nos mais libres et pures vers le Ciel, nous te glorifions par toute notre vie ». Amen.


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