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« Si quelqu’un n’a pas de pitié pour son semblable, comment peut-il supplier Dieu pour ses propres fautes ? » (Ben Sirac le Sage).

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


IMG_8098Aux yeux du sage qui s’exprime dans la première lecture, il existe un lien étroit entre le pardon humain et le pardon divin : «Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? » Cette logique, Jésus la prend pleinement à son compte dans l’évangile de Matthieu. Alors que Pierre pensait faire preuve d’une grande magnanimité en évoquant un pardon renouvelé sept fois, Jésus demande à ses disciples la démesure et l’excès. Pourquoi ? Parce que telle est l’attitude de Dieu envers nous. La parabole du serviteur impitoyable est un commentaire dramatique de la demande du Notre Père : «Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes avons remis à son débiteurs. » Je ne puis invoquer le pardon de Dieu si je poursuis mon frère de ma vindicte.

Dans la première lecture, Ben Sirac le Sage insiste sur le fait que la norme de la conduite humaine c’est d’abord jugement de Dieu : l’homme sera jugé avec la mesure qu’il aura utilisée pour ses frères. S’il se venge, s’il entretient sa rancune, s’il n’a pas de pitié, comment peut-il espérer le pardon et la guérison de ses fautes ? Mais la norme de la conduite du peuple élu est surtout l’Alliance du Seigneur. Parce qu’il a choisi Israël pour son peuple, qu’il lui a commandé de vivre dans l’amour fraternel, qu’il lui est resté fidèle malgré toutes ses incartades, Dieu s’est révélé Père pour son peuple : comment pourrait-il accepter que ses enfants s’entre-déchirent ? Puisque Dieu nous jugera de la manière dont nous avons jugé nos frères, quel jugement nous préparons-nous ? Autrement dit, quelle est notre mesure de bonté, de dévouement, de disponibilité pour les autres ?

La deuxième lecture abonde dans le même sens en nous rappelant que nous devons vivre les uns pour les autres si nous nous déclarons chrétiens, disciples du Christ. Notre existence ne nous appartient pas, pas plus que notre mort, puisque nous reconnaissons Jésus Christ comme notre Seigneur, celui qui mobilise nos forces, notre cœur et notre intelligence à son service, celui qui donne sens et consistance à notre vie, à nos joies, à nos peines, à nos souffrances, à notre mort. Nous lui appartenons comme des serviteurs de son amour. Dès lors, nous le reconnaissons comme notre Maître à penser, comme le modèle de notre action, comme le terme de notre espérance par-delà la mort. Pour ce motif, Paul dénie à quiconque le droit de juger ses frères ou de condamner ceux qui pensent ou agissent d’une manière différente de la sienne Oui, aucun de nous ne vit pour soi-même. Suis-je capable d’énumérer ceux et celles pour lesquels le vis, puisque vivre pour l’autre, c’est déjà vivre pour le Seigneur ?

« Soixante-dix fois sept fois » : Si tu aimes Dieu, tu cesseras de compter.

Nous avons lu, dimanche dernier, que Jésus confiait à la communauté tâche de réconcilier les chrétiens pécheurs. Combien de fois ? demande Pierre, qui propose même un chiffre : sept fois. Pierre pense exagérer du moment que dans la théologie hébraïque, Dieu pardonne le même péché trois fois. Un hébreu observant devait imiter Dieu et saisir la justice à la 4ème fois. Une leçon de patience ! Les Burundais n’y arrivent même pas (« kabiri karazirwa », « inyama mbísi ivyūra iyŭmye », « igíti ntíkigukora mu jîsho kabiri » etc.) et les Français vont jusqu’à trois fois : « une fois passe, deux fois lassent, trois fois cassent ». Jésus corrige cette image de Dieu en révélant qu’il pardonne toujours, invitant ses auditeurs à se syntoniser à la même longueur d’ondes. La calcul difficile, sinon impossible de « soixante-dix fois sept fois » veut couper court avec notre instinct naturel de compter et de réagir par conséquent.

Miséricorde reçue, miséricorde vécue et donnée.

Au temps de Jésus, il n’était pas permis de vendre des gens ni torturer les insolvables. Pour cela, nous comprenons que le roi dont il est question est un païen, qui a pourtant pitié de celui sui le supplie. Qu’en est-il de moi qui me déclare chrétien ? Concentrons surtout notre attention sur le serviteur impitoyable. Il a supplié le roi, celui-ci n’a pas seulement patienté en attente du remboursement de la dette : il la lui a remise tout simplement. En effet, il n’était pas capable de la rembourser. Ce dernier ne sent même pas le besoin de reconnaissance envers son maître. Son cœur n’a pas été capable de reconnaître et accueillir cette compassion et cette miséricorde. C’est pourquoi il est incapable de compatir et aimer l’autre. Il est seulement facile d’aimer pour celui qui a expérimenté l’amour. Il est impossible de comprendre la fragilité de l’autre du moment qu’on ne l’aime pas.

C’est pour cela que la Parole de Dieu de ce jour nous invite a parcourir le chemin de l’amour et de la miséricorde : d’abord la miséricorde que nous recevons de Dieu, et puis celle que devons offrir au prochain. Aucune communauté humaine ne peut exister ou résister sans le pardon réciproque, à plus forte raison la communauté ecclésiale. C’est en ce sens que notre psalmiste élève cette hymne (Psaume 103) à la miséricorde qu’il reçoit de Dieu. Il se fait porte-parole de son peuple pour louer Dieu qui pardonne et rends grâces parce qu’il a fait expérience de l’amour et la miséricorde de Dieu. Il est donc à mesure de la partager, puisqu’on ne peut donner que ce que l’on a. Simple ! Il faut néanmoins dire une chose : semble-t-il qu’il est quelque fois facile de pardonner plutôt que demander pardon ! Peut-être que nous sommes de la mentalité ce ceux/celles qui ont toujours quelque chose à pardonner aux autres ! Et de ma part ? Seul celui qui a l’humilité (et pourquoi pas l’humiliation) de demander sincèrement pardon à Dieu et au prochain sera capable de pardonner les offenses encaissées. Vis-à-vis Dieu, nous sommes tous dans la situation de ce serviteur qui doit à son maître une somme fantastique. Par un amour incompréhensible Dieu nous a remis notre dette. Comment dès lors pourrions-nous avoir envers un compagnon de service une rigueur extrême et mesurer notre patience à pardonner ?

La conclusion de Jésus est un chef-d’œuvre d’art pédagogique : après nous avoir porté à partager l’indignation des amis de ce serviteur impitoyable, il nous pousse à regarder en nous-mêmes pour voir si nous sommes différents de ce dernier. Point n’est besoin de nous y méprendre : l’unique chemin du salut de chacun et de tous (comme communauté), c’est l’imitation de la miséricorde de Dieu.

Dieu saint et juste, devant toi nous sommes tous insolvables. Nous croyons que tu es un Père miséricordieux, et non un maître mesquin et sourcilleux. Tu veux que nous pardonnions à autrui comme tu nous pardonnes à nous-mêmes, sans réserve et sans mesure. Que ton Esprit efface nos rancunes et rende notre cœur semblable à celui de ton Fils. Béni sois-tu, Seigneur, pour ton excès d’amour !

 


Un commentaire

  1. […] « Si quelqu’un n’a pas de pitié pour son semblable, comment peut-il supplier Dieu pour ses pro… […]

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