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Seigneur, sans rejeter personne, tu préfères les cœurs contrits. Aide-nous Seigneur à le reconnaitre.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


HomélieLa liturgie de ce jour est un appel à l’espérance. Aucun malheur n’est assez grand pour empêcher le Bon Dieu de nous rejoindre. Certes, nous dit Ézéchiel, le juste peut chuter, emporté par sa propre perversité, et devenir méchant. Mais ce n’est jamais irrémédiable, car Dieu ne veut pas la mort du méchant mais qu’il vive ! Cette première lecture contient d’ailleurs, à mon sens, la clé de lecture de l’évangile de ce jour. Par la bouche de son prophète, Dieu déploie en effet un plaidoyer, il présente sa propre défense. Dénoncé comme responsable de nos propres turpitudes, le Seigneur réagit : « est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? ». Voilà qui est bien étrange en effet, et qui nous invite à adopter un autre point de vue. Pour comprendre la parabole de Jésus, fallait-il seulement nous concentrer sur l’attitude contrastée des deux frères ? Comment la lirions-nous si nous nous attachions à regarder le visage du Père ? Il n’agit pas comme nous. Aux yeux du monde, nous sommes presque définitivement classés par notre passé. Si nous avons été fautifs, on ne nous laisse que peu de chances de refaire notre vie. Si nous avons été braves, on n’imagine pas que nous gardons la liberté de le renier. Dieu croit à notre liberté, croit que nous pouvons nous convertir du mal au bien et du bien au mieux. En ouvrant par son pardon l’avenir de notre liberté, Dieu nous fait libres.

L’exercice est déroutant car ce visage se fait discret. Il y a d’abord le dialogue avec le fils aîné. Il dit « non ». Pas question d’aller à la vigne ! Pas question d’obéir comme un valet de pied. Le père doit apprendre qu’il y a quelqu’un en face de lui. C’est tout ce que nous savons de cet entretien, et de ce qui a suivi. Nous ne savons rien de la réaction du père, nous ne savons pas ce qui s’est passé en chemin, quand le fils est parti, quand il a finalement décidé d’aller à la vigne.Justement, n’est-ce pas le silence du père qui a touché son fils ? Le père n’a pas réagi. Sans doute qu’après l’avoir quitté, le fils s’est-il rappelé la  conversation, et a-t-il revu le visage étonné de son père. Son regard sans reproche, sans rancœur. Un regard qui s’étonne simplement de ce que le fils choisisse d’agir ainsi. « Est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? » En un mot, le père n’a pas répondu à la défiance par la défiance. Il n’a pas monté le ton, il n’a pas manifesté son autorité pour obliger son fils à lui obéir. Le fils aîné a fait un bras de fer… mais seul. Le père, lui, l’a laissé partir, comme jadis le père du fils prodigue…

Cette attitude fait tout basculer. Celui que Jésus appelait « un homme », « un homme avait deux fils », maintenant que son aîné entre dans l’obéissance, est désormais appelé un « père ». La filiation ne peut exister qu’une fois la relation d’obéissance vécue. Ainsi quand nous nous rebellons contre Dieu, nous courrons stupidement vers notre mort et nous empêchons le Bon Dieu d’être père… à notre propre damne, en notre propre défaveur.

Voilà pourquoi nous pouvons dire, avec les grands prêtres à qui ce cas est soumis, que ce fils a fait la volonté du père. Il est entré en relation filiale, il ne va pas à la vigne par intérêt mais pour respecter de la parole de son père. L’amour de son père lui a donc fait faire les premiers pas d’un chemin de croissance, d’une sincère conversion.

L’autre fils en revanche dit « oui » d’emblée, mais il n’agit pas en conséquence. Cela porte à considérer qu’il n’a d’autre souci que de présenter une façade correcte. Ce qui prime pour lui, c’est de montrer à son père qu’il est conforme à l’image d’un bon fils. Il pousse d’ailleurs le zèle un peu trop loin. Appeler « Seigneur » celui qu’on peut appeler « père » n’est pas très naturel. Ce fils construit une image de lui-même, mais il ne se construit pas lui-même. Peu à peu, avec le temps, il est même devenu calculateur. Il sait dire à son père les paroles qui conviennent, qui vont lui plaire. Pire, il n’est pas exclu qu’il s’appuie sur la certitude d’être aimé pour l’image qu’il donne. C’est pourquoi il pense pouvoir se permettre de ne pas aller à la vigne. Son père lui pardonnera bien puisqu’il l’aime. Bref, comme l’autre frère, il n’a pas appris à regarder son père, il n’a pas cherché à le connaître, à le rencontrer, si bien qu’il ne peut plus connaître la vérité ni le bonheur d’être aimé.

S’il l’avait fait, il n’aurait pas pris l’ordre d’aller à la vigne pour lui-même, par rapport à ce que cela réclame de lui. Il aurait essayé de comprendre pourquoi le père l’envoie à la vigne, il se serait demandé ce qu’est cette vigne aux yeux de son père pour qu’il ait choisi d’y envoyer ses fils et non des ouvriers journaliers. Il a donc un projet particulier, il considère donc que la tâche est d’importance, qu’elle est un honneur dont seuls ses fils sont dignes. Ne soyons pas des vignerons indignes comme nous le méditerons dimanche prochain.

C’est à ce point que la parabole nous rejoint. La vigne, nous le savons, est le Royaume inauguré par Jésus. C’est à nous que le Père confie l’honneur de la faire fructifier. Pourtant nous sommes comme les deux fils : notre obéissance filiale est loin d’être parfaite, nous le reconnaissons sans peine. Pour le moins, tirons la leçon que Jésus donne aux grands prêtres et ne laissons pas un endurcissement semblable au leur tenir notre relation à Dieu. Ils incarnent en effet le scandale latent à cette parabole. En voyant son frère travailler à la vigne, celui qui refuse d’y aller ne se laisse pas remettre en question par le choix de son aîné. Si on ne peut pas comprendre le Bon Dieu, si l’on peut ne pas mesurer la grandeur de son appel sur nous, qu’il est triste de ne pas comprendre l’exemple que les saints nous donnent. Nous avons tous un « grand frère » à nos côtés, qui nous donne un bon exemple. Nous devons nous aussi l’être pour les autres. Témoignage. Le salut est pourtant à portée de nos mains. Jésus ne parle pas d’une récompense future, d’un bonheur lointain. Il dit : «aujourd’hui, ils vous précèdent». En effet, le Règne de Dieu appartient à ceux/celles qui, pour différents motifs, ont vécu loin de Dieu, contre l’Evangile, mais qui, une fois qu’ils/elles ont réalisé qu’ils couraient vers la perdition, ont décidé de ne plus tourner le dos à Dieu, à la vie. Ce ne sont nullement des titres qui nous sauvent, encore moins, nous donnent la prérogative de condamner les autres sur ce que nous ne faisons non plus.

Alors, vite en route ! Mettons-nous sur les chemins du Seigneur que nous indique clairement saint Paul. Pour que notre vie filiale prenne visage, pour que notre vie fraternelle fasse de nous des ouvriers dignes de la mission qui nous est confiée, centrons nos regards sur le Christ. Il est l’image parfaite, celui qui a compris l’intimité de l’amour du Père, celui dont l’obéissance infaillible vient au secours de la nôtre. Cessons d’être préoccupés de nous-mêmes et gardons fidèlement les dispositions que l’on a dans le Christ Jésus, il, lui, est le chemin qui nous conduit au Père, et proclamons, dans l’Eglise des frères qu’il a réconciliés : « Jésus Christ est Seigneur, pour la gloire de Dieu le Père, Amen ».


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