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« Nous sommes ce que nous mangeons.» Nous devenons ce que nous recevons dans l’eucharistie.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Nous continuons le voyage que nous avons commencé dans la méditation du chapitre 6 de saint Jean. Pour rappel du cheminement, après la multiplication des pains (6,1-15) et le début de la catéchèse sur le pain de la vie (6, 24-35), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui (vv 41-51). Jésus promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Nous en sommes à la quatrième étape où Jésus dit : «le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés : «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer ? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23). Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair d’une personne. On peut alors se demander : «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants?

La Bible évoque souvent des festins auxquels Dieu invite les hommes. Dans la première lecture de ce dimanche, la Sagesse personnifiée met tous ses soins, non seulement pour préparer le repas, mais aussi pour construire et décorer la maison qui d’accueil des convives. Son invitation s’adresse cependant à ceux qui manquent d’intelligence : « quittez votre folie et vous vivrez ». Destinés à donner la sagesse aux hommes sans intelligence, ces aliments évoquent l’enseignement que Dieu donne à qui veut réussir sa vie. Il est fréquent dans l’A.T que la Parole de Dieu est comparée à un repas offert aux hommes. Jésus lui-même nous le répète en comparant la foi en sa parole à la manducation de sa chair et de son sang. Nous nous souvenons que la Samaritaine ne s’est plus préoccupée de l’eau qu’elle était venue chercher. Elle a cru en sa parole qui lui avait permis de se redécouvrir, elle est devenue missionnaire : « venez voir celui qui m’a dit tout ce que j’ai fait ». Voilà l’intelligence (intus- legere= lire à l’intérieur) qui nous manque. Nous ne savons pas qui nous sommes. Nous sommes comme des insensés si nous ne connaissons pas la volonté de Dieu pour l’accomplir, comme le dit Saint Paul. Qui sommes-nous au juste ?

Traditions culinaires et identité des peuples.

Notre manière de manger reflète en partie ce que nous sommes. C’est un reflet de notre conception de la vie. En observant diverses sociétés et cultures, nous constatons que chacune d’elles a ses repas traditionnels et ses rituels culinaires. Je suis Burundais. Je mange du poisson et de la pâte de manioc, du maïs (intete) ou des pommes de terre, des colocases là où ils en ont encore ou sont réapparues, je bois surtout avec plaisirs du Rugombo, Insongo, Impeke etc selon que je suis de la plaine, du Mugamba, du Kirimiro ou du Buyenzi… « Je suis d’origine italienne. Je mange souvent spaghetti, lasagne, tortellini alla panna, al ragù et pizza,…» ou «je suis américain: je mange des burgers, des hotdogs avec du Coca et des frites.» Les Français mangent des crêpes, les Belges des gaufres, les Chinois le riz, les Palestiniens et les Israéliens mangent des fallafels,… Bref, notre manière de manger et de boire révèle notre manière de nous identifier.

Cela reflète aussi et détermine souvent notre manière de voir le monde, nos valeurs et toute notre manière d’être. La nourriture est bien plus qu’un ramassis de nutriments : elle est un puits d’influences et de connotations. Dans nos cultures, divers mets sont adorés: on leur attribue une sainteté particulière alors que d’autres mets sont à éviter à tout prix. La nourriture nous aide à célébrer et peut nous réconforter aux moments de deuil. Elle est un signe d’amour et un moyen d’unir les gens à maintes occasions. Nos « manières de manger » font partie de notre héritage. L’âme ne se nourrit pas de pain de blé, comme le corps. La nourriture que nous mangeons est en fait une combinaison physique et spirituelle. Le corps est nourri par l’aspect physique, les nutriments, contenus dans ce que nous mangeons ; l’âme est nourrie par la force spirituelle qui anime la substance physique de toute matière, y compris la nourriture, c’est-à-dire la signification et le rituel que nous y attachons. Ce n’est pas que matériel.

Nous sommes ce que nous mangeons

La phrase « vous êtes ce que vous mangez» n’est apparue dans la littérature anglaise qu’autour des années 1920-30, lorsque le nutritionniste Victor Lindhar, qui croyait fermement à l’idée que la nourriture contrôle la santé, développa la diète catabolique. En 1942, il publia «Vous êtes ce que vous mangez : comment gagner et garder la santé par la diète.» Depuis ce temps, cette phrase fait partie de la conscience publique. Pour tous ceux et celles qui recherchent la présence du Christ, l’enseignement de Jésus dans l’évangile de Jean est vraiment une bonne nouvelle : «Nous sommes ce que nous mangeons.» Nous devenons ce que nous recevons dans l’eucharistie. Cette semaine, profitons-en pour examiner notre diète spirituelle et voir ce qui nous donne vraiment la vie et ces aliments sans valeur nutritive, ces «junk foods», qui ne nous mènent pas à la vie éternelle.

Le repas pascal juif associait étroitement les convives à la libération des Hébreux de l’esclavage d’Egypte. En mangeant la Pâques, ils avaient la conscience d’être le peuple que Dieu libère aujourd’hui de la servitude (Voir Exode 12). Jésus associe de même ses disciples à sa mort rédemptrice : en mangeant son corps et en buvant son sang versé à la croix, en communiant à sa mort et à sa résurrection, les participants du repas eucharistique se reconnaissent comme le peuple que Jésus libère aujourd’hui de toute servitude, y compris celle du péché. Ils attendent désormais la délivrance définitive dans le Royaume de Dieu, mais ils la possèdent déjà dans ses germes : « celui qui mange ma chair et bois mon sang a (dès maintenant) la vie éternelle; et moi je le ressusciterai au dernier jour ».

En l’eucharistie qui révèle le sens caché du don de la manne, Jésus se présente ainsi comme le véritable et parfait accomplissement de ce qui avait été annoncé symboliquement dans l’Ancienne Alliance. Un autre geste de Moïse porte une valeur prophétique : il fait jaillir de l’eau d’un rocher pour combler la soif du peuple au désert. À la fête des Tentes, Jésus promet d’étancher la soif spirituelle de l’humanité : «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi! Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur » (Jn 7, 37-38). Alors, tirons parti du temps présents car nous traversons des jours mauvais, des jours graves : ils marquent un tournant à prendre, une dernière chance à saisir : aller ou non dans le sens de l’Évangile, prendre position pour ou contre la vie en Dieu, comme nous le méditerons dimanche. Saurons-nous ne pas perdre cette opportunité ?

Seigneur notre Dieu, tu invites tous les hommes au banquet du Royaume. Tu dis à ceux qui s’égarent : « venez manger de mon pain et boire le vin, quittez votre folie et vous vivrez ». Tu attends de nous Seigneur que nous invitions avec nous tous ceux que tu destines à partager ta gloire. Apprends-nous à partager, non seulement nos biens, mais aussi notre espérance et notre louange. Alors, le chantier du monde deviendra eucharistie. Amen.


2 commentaires

  1. […]  Dimanche passé, nous concluions notre méditation en reprenant les paroles de Saint Paul disant que les temps sont mauvais, pour souligner combien il est urgent de choisir à quel bord nous tenir: avec ou sans le Christ. A l’assemblée de Sichem, Josué plaça les tribus d’Israel devant l’alternative suivante: ou honorer les idoles, ou adorer le Dieu de l’Alliance. L’Evangile de Jean nous met devant une situation pareillement décisive. En effet, la déclaration de Jésus à propos de sa chair et son sang a fait scandale parmi ses auditeurs et certains commencent à reculer. Nous avons médité déjà combien la proximité de Dieu en Jésus, cette personne grandi au sein de leur communauté, était choquante. Mais vivre en chrétien, c’est de choisir chaque jour d’accueillir les paroles de Jésus et en même temps renoncer à d’autres voies qui peuvent s’offrir à nous sans qu’elles soient « esprit et vie ». Acceptons-nous le réalisme de l’Incarnation ou bien, préférons-nous dissoudre notre identité dans l’anonymat, dans un vague syncrétisme moralisant? Les temps sont durs. Il faut se ranger! […]

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  2. Ndayishimiye Salvator dit :

    bonne mon père!et si tous avait la chance d’avoir ces publication-homelies? pour dire en d’autre langue..

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