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Dieu notre Père est avec nous, toujours confiant en nous. Ayons confiance. Jésus-Christ nous appelle à son admirable lumière qui jaillit du matin de Pâques.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Nos pas dans les pas de Jésus, sur le chemin de Jérusalem.

IMG_8098Aujourd’hui, nous mettons nos pieds dans ceux du mendiant Bartimée qui recouvre la vue et se met à la suite de Jésus qui va vers Jérusalem, vers le lieu du saint sacrifice qui nous sauve. Sa guérison ouvrira-t-elle les yeux des apôtres (et les nôtres quand nous sommes dans l’épreuve) à l’approche du scandale de la croix ? Oui, c’est possible. C’est l’espoir de Jérémie qui était normalement connu comme prophète des oracles de malheur, mais qui change de ton aujourd’hui comme nous l’avons entendu dans la 1ère lecture. En effet=, cette lecture provient des chapitres 30-33 qui sont dits « de la consolation ». Si le peuple tient bon dans l’épreuve de l’exil qui débute avec la prise de Samarie en 721 (av. J.C), Dieu les délivrera comme il l’a fait pour les Hébreux à l’esclavage. Israël est le fils aîné de Dieu et Dieu est pour lui un Père. Nous l’appelons nous aussi : notre Père parce que nous sommes fils dans son Fils. Le reconnaitre comme Père, c’est revenir pour nous, revenir de l’exil de notre perdition, de notre péché. Et alors, nous nous conduisons en fils.

La figure de l’aveugle de Jéricho domine l’Evangile. A la différence de Jacques et Jean (dimanche passé : la question de Jésus est la même : que voulez-vous que je fasse pour vous ?), il ne veut pas le pouvoir, mais la pitié. A la différence du jeune homme riche (d’il y a deux semaines), rien de l’empêche de suivre Jésus, pas même son manteau qui lui servait de couverture (et d’isoloir !). Il jette de lui-même son manteau, c’est-à-dire tout ce qu’il a. Il renonce ainsi à ce qui faisait son identité. Il abandonne sa carapace, ses protections, ce qui l’abritait du froid de la nuit et du regard des hommes. Il se montre vulnérable et, lui qui est aveugle, il marche vers Jésus avec assurance.  Quel est le manteau de ma sécurité, de mon orgueil, de ma tiédeur ? A la différence de ceux qui se scandalisent de la passion de Jésus (Pierre et ses amis), lui, il est prêt à suivre Jésus sur son chemin vers Jérusalem. Il veut être totalement libre. Pour entrer dans Jérusalem, Jésus part de Jéricho, dernière ville conquise par Josué pour rejoindre la terre promise, la terre de la liberté et de la libération des fils d’Israël. C’est dans cette terre que veut retourner le peuple de la première lecture, un peuple qui est meurtri par l’exil. Et c’est la dernière étape vers Jérusalem où Jésus connait le plus d’opposition et d’incompréhension qui le conduiront à la passion et la mort.  Malgré les enseignements qu’il a prodigués à ses disciples, leurs yeux restent aveugles au mystère du Messie souffrant.

L’Evangéliste Marc nous montre Jésus qui arrive à Jéricho (10, 46) sans plus de détails sur ce qu’il y a fait, enseigné, sur le temps qu’il y est resté. Puis, il nous le montre repartir. Ici, il s’arrête sur la figure d’une personne : l’aveugle, fils de Timée, mendiant assis au bord du chemin. Il s’agit d’une personne bien définie, dont la situation est connue. Il y a une différence avec le jeune homme riche de la péricope précédente : ce dernier n’a pas de nom (10, 17) alors que l’aveugle est nommé. Là où les prémisses semblaient bien mises pour une bonne fin, l’histoire fin par un échec de relation. Pour ce misérable, pour lequel tout semble obscur, l’histoire aboutit au succès : et aussitôt, il le suivit sur le chemin de Jérusalem (10, 52). Par cette guérison, Marc veut nous montrer l’identité du vrai disciple : négligeant les menaces, il appelle Jésus à l’aide et bondit vers lui quand le Christ le fait appeler. Dès qu’il a retrouvé la vue, il se met derrière Jésus sur la route de Jérusalem, sur le chemin de la croix. C’est ce que Jésus n’a jamais cessé de réclamer des siens, et il le fait à nous aujourd’hui : voir, croire et se compromettre pour lui, jusqu’à la croix.

Au plein milieu de nos tempêtes…, dans nos cœurs tout remplis d’orages… Seigneur, Tu es là.
C’est l’expérience d’Israël, dans la misère de l’exil. A cette époque, le peuple élu a perdu ses repères essentiels : la terre, le roi et le temple. En effet, ils n’ont pas habité ce pays « depuis toujours », ce n’était pas la terre de leurs ancêtres, mais la terre qui leur avait été promise et donnée par le Seigneur, en signe d’alliance. La perdre est perdre le don de Dieu, rien de moins. Comment croire à l’accomplissement de la promesse, si les éléments qui marquaient concrètement sa réalisation disparaissent ? De même, comment accomplir les sacrifices rituels prescrits par la parole de Dieu s’il n’y a plus de temple ? Tout ce qui faisait leurs certitudes, ce qui occupait le centre de leur vie, leur est soudain arraché. Le traumatisme est vraiment profond.

En écoutant ou en lisant la première lecture, nous voyons qu’elle est encadrée par ces mots : « poussez des cris de joie (…) car je suis un père pour Israël ». Ensuite, l’expérience traumatisante, aussi douloureuse soit-elle, a été perçue a posteriori comme la préparation d’une moisson abondante : « qui sème dans les larmes, moissonne dans la joie », nous dit le psaume responsorial. Ainsi la joie manifestée n’est pas seulement la joie du retour, elle est aussi la joie de découvrir ce que Dieu construisait dans le silence de la nuit. Oui, Seigneur, Tu es là au cœur de nos vies ! Alors que tout semblait perdu, le Seigneur creusait un sillon et enfouissait une graine qui n’aurait pas tardé à donner son fruit. De la mort, la vie peut jaillir !

Par Lui, avec Lui et en Lui, nous sommes « sauveurs » les uns pour les autres.

L’attitude de Jésus n’est pas habituelle. Jésus pourrait par exemple aller vers Bartimée, il pourrait aussi demander qu’on lui amène l’infirme, il pourrait encore appeler à lui le pauvre homme. Mais Jésus ne fait pas que guérir, il enseigne. La foule qui faisait rempart et cherchait à étouffer les cris de détresse doit à présent faire corps et conduire Bartimée vers la vie. Le Seigneur choisit ceux dont dépendait cet homme jusqu’à présent, il désigne pour l’aider ceux qui voulaient l’éloigner. Dans sa délicatesse, le Bon Berger envoie vers Bartimée ses frères pour les associer à sa guérison en leur permettant de prendre la parole ; Jésus leur confie de dire son propre désir de la guérison de Bartimée. « Confiance, lève-toi, il t’appelle ».

De nos jours, sont nombreuses les foules qui cherchent à réduire au silence ces aveugles et autres vulnérables de la société qui croupissent dans l’esclavage moderne et autres maux de notre époque. Ces foules sont constituées de ceux qui vivent dans la curiosité malveillante, ceux qui cherchent le bonheur à peu de frais au dos de ceux qu’ils exploitent en jouissant du spectacle de notre monde qui renverse les valeurs, ou encore ceux qui pensent qu’ils sont dans l’amitié avec le Seigneur (comme ces foule autour de Jésus) et veulent l’accaparer pour eux-mêmes en excluant les autres comme une conquête qu’ils ne peuvent pas partager avec les autres, ceux qui pensent qu’ils sont trop occupés autour du Seigneur jusqu’à ne pas trouver un peu de temps pour les autres, ou encore veulent éviter des tracas à Jésus et à ses représentants (les responsables de l’Eglise aux différents niveaux) en disant qu’ils ne peuvent que les recevoir sur rendez-vous, comme si les malheurs prenaient aussi avec rendez-vous avec ceux qui en sont frappés,… La liste pourrait être longue. Complétez-la vous-mêmes.

Dieu prend soin de tous et veut notre collaboration à l’œuvre du salut de nos frères et sœurs

Un bon Maître, comme un bon disciple, est celui qui aide l’autre à grandir. Quand nous nous ouvrons à Jésus, il nous fait dépasser nos égoïsmes et nous devenons capables d’aider nos frères. « Dites-lui de venir jusqu’à moi » (Mc 10, 46-52). Soudain, le miracle se fait réalité : la foule qui était à peine hostile à ses cris s’embrase de bienveillance qui se ravive en elle et change en disant: « Courage, lève-toi, il t’appelle ». Pour que ces gens changent, il suffit qu’il porte sur eux un regard bienveillant et confiant comme il l’a fait pour Zachée. Ce dernier ouvrit spontanément des trésors qu’il avait tenus cachés pour lui. (Lc19,1-10). Zachée (le pur, l’innocent, et c’est bien ce que signifie ce nom), est une des rares personnes que Jésus interpelle par leur nom- et c’est comme cela que le voit Jésus ! Lorsque vous posez un regard positif sur quelqu’un, vous êtes créateur bonté en lui… Quelque part, au fond’ une braise infime attend la bienveillance d’un regard de quelqu’un qui compatit, qui comprend et qui veut sauver.

Alors ces personnes peuvent franchir des pas que nous n’attendions même pas d’eux, et ainsi nous permettre d’apprendre d’eux. Nous sommes alors bénéficiaires du bien que nous faisons aux autres. La foule dit à Bartimée que c’est « Jésus de Nazareth » qui passe, en soulignant sa provenance géographique. Bartimée s’adresse à Jésus comme croyant, en l’appelant déjà « Fils de David », c’est-à-dire qu’il professe sa foi en le Messie tant attendu. En tant que mendiant, Bartimée représente l’humanité : nous sommes tous mendiants devant Dieu ; malheureusement, nous ne sommes pas tous conscients de notre cécité, de notre situation de mendiant de la miséricorde de Dieu, de sa pitié. Crions à notre tour : « Aie pitié de nous Seigneur, parce que nous ne savons pas que nous avons besoin de ta miséricorde. »

Que la Parole de Dieu de ce dimanche nous aide à toujours garder fermement notre espérance en Dieu notre sauveur. Il est de tous nos exils. Il n’est aucune nuit trop sombre pour qu’il nous y suive. Il n’est aucune solitude qu’il ne puisse consoler de sa présence. Que les chants de joie du peuple revenant à Jérusalem soient les nôtres, que l’exultation de Bartimée soit la nôtre, afin que nous le suivions, vers le lieu de l’accomplissement de notre libération, de notre liberté.


Un commentaire

  1. […] invité par Jésus à compléter son parcours o-pour entrer avec lui dans la vie éternelle. Comme l’épisode de Bartimée que nous avons médité récemment, il ne suffit pas de connaitre que Jésus est le Messie, il faut […]

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