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« Le fruit de l’arbre fait connaitre le champ qui le porte : ainsi la parole manifeste les sentiments du cœur de l’homme ». (Siracide 27,6)

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


HomélieDu psaume 91 qui nous sert de réponse et de prière de par la parole de Dieu que nous avons écoutée, nous prenons pour appui l’idée que Dieu est fidèle : ses actes correspondent à ses paroles. Ainsi en est-il du juste. Louer Dieu pour sa fidélité comme nous y invite ce psaume, c’est vouloir agir à la manière de Dieu : » Pas de ruse en Dieu mon Rocher… »

Le livre de Ben Sirac le Sage appelé ailleurs l’Ecclésiastique est un des derniers du Premier Testament écrit à l’époque où Israël a été intégré à l’empire grec, sous la dynastie des Séleucides. Le Peuple de Dieu subit de plein fouet l’influence de l’hellénisme. Ce qui le force à affirmer son identité religieuse et culturelle. C’est l’époque de la révolte des Maccabées. Ils ne doivent pas perdre leur identité au profit des idées nouvelles, ils ne doivent pas devenir des « Njānyenábàja », comme le diraient les Burundais. Ces versets ont été choisis en fonction du passage de l’évangile que nous méditons aujourd’hui. Trois images sont utilisées comme test pour vérifier la valeur de la parole : le tamis, le four et le fruit. C’est cette dernière image qui fait le lien avec l’évangile. On juge un arbre à ses fruits, un croyant, un chrétien à ses actes.

En ce 8ème dimanche, nous poursuivons la lecture du discours inaugural de Jésus dans la version selon Saint Luc. Celle-ci diffère notablement de celle de l’évangile selon saint Matthieu (chapitres 5 à 7). La comparaison entre les deux discours est instructive quant à la manière de faire et aux buts des deux évangélistes. Dans la péricope lue ce jour, nous avons quatre ‘‘logía’’ mises bout à bout, ainsi appelle-ton des paroles sans lien direct entre elles rassemblées dans un même ensemble. Arrêtons-nous sur certains de ces conseils de Jésus pour vivre dans l’esprit de la Loi évangélique.

  1. Les responsables de communautés doivent être lucides, clairvoyant : ses disciples étaient appelés à devenir les docteurs du monde ; ils devaient donc connaître toutes les règles d’une vie sainte, et répandre les clartés d’une lumière toute divine, pour éviter d’être des aveugles servant de guide à d’autres aveugles. Il leur dit donc : « Un aveugle peut-il conduire un autre aveugle ?» De nos jours, il y a une soif de Dieu, une frénésie pour trouver un sens à notre existence et à nos propres agissements. Le boom de l’intérêt ésotérique le démontre, mais les théories auto-rédemptrices sont inutiles. A travers le prophète Jérémie, Dieu déplore que son peuple ait commis deux péchés : il L’a abandonné, Lui qui est la source des eaux vives, et il a creusé des citernes, des citernes crevassées qui ne retiennent pas l’eau (voir Jr 2,13). Certains errent entre des pseudo-philosophies et des pseudo-religions – des aveugles qui guident d’autres aveugles (voir Lc 6,39)
  2. A ceci est liée une autre attitude comme sa conséquence directe : pour guider les autres, faire la leçon aux autres il faut vivre soi-même selon l’évangile : « comment pouvez-vous dire à votre frère : mon frère, laissez-moi ôter la paille de votre œil, vous qui ne voyez pas la poutre qui est dans le vôtre ?» C’est-à-dire : comment celui dont la conscience est chargée de crimes énormes (figurés par la poutre) peut-il condamner celui qui n’en a que de légers, ou même qui n’en a aucun à se reprocher ? Car c’est ce que la paille signifie. Cette leçon s’adresse à tous, mais surtout aux responsables qui punissent sévèrement, dans leurs disciples, les moindres fautes, tout en s’accordant le bénéfice de l’impunité pour les plus grandes. C’est ce qui leur attire de la part du Seigneur le reproche d’hypocrisie, parce qu’ils jugent sévèrement les péchés d’autrui pour faire ressortir leur propre justice : « Hypocrites, ôtez d’abord la poutre de votre œil » : purifiez-vous d’abord de ces crimes énormes qui souillent votre conscience, et alors vous pourrez vous montrer zélé pour corriger votre frère de ses fautes légères.
  3. Cet interdit posé par Jésus est difficile à vivre parce que celui qui a une poutre dans l’œil est aveugle et ne voit plus rien. Il s’agit d’une invitation de Jésus définit l’exigence personnelle nous invitant à ne pas accabler de reproches nos frères. Jésus nous demande de faire un travail de connaissance de soi. Ne pas projeter sur l’autre ses propres opinions, pour vivre en amitié, il nous faut l’accueillir et l’écouter d’abord. C’est une disponibilité intérieure qui écarte ce qui nous empêche de voir la réalité. La parole qui naît alors est une parole qui construit, elle naît de la bonté du cœur. Cette bonté est souvent acquise au prix de la souffrance. En effet, celui qui a souffert a appris à connaître ses limites il s’est libéré de toute arrogance. Il a enlevé ce qui l’empêchait de voir clair. Ce qu’il sait, il le dit avec humilité et sans dureté. Ecoutons Saint Augustin qui nous dit : Aime et fais ce que tu veux. Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour. Sans l’humilité, on ne peut aimer personne.
  4. Il faut donner du fruit. Cela fait penser à l’image de la vigne et des sarments dans l’évangile de Saint Jean a chapitre 15. Si l’arbre mauvais ne peut pas donner de bons fruits, en vertu de sa nature, il n’en est pas le cas pour nous : Dieu nous a créés et nous a dotés du libre arbitre. Nous pouvons toujours nous améliorer, nous pouvons toujours changer. Le chapitre 15 de saint Jean parle même de l’émondement de la vigne pour qu’elle porte davantage des fruits. C’est donc une invitation à l’examen de conscience pour voir ce qu’il faut tailler, ce qui nous empêche de porter du fruit, du bon fruit. En Jésus-Christ, nous avons reçu « grâce sur grâce » (Jn 1, 16) pour « porter du fruit, et du fruit qui demeure » (Jn 15, 16).
    Saint Isidore disait : « ce n’est point le repentir, mais la persévérance dans le mal, que le Sauveur condamne par ces paroles ; tant que la disposition de l’âme reste mauvaise, elle ne peut produire de bons fruits ; mais si elle se tourne du côté du bien, alors elle produit des fruits de vertu. La nature de l’arbre s’appelle en nous l’affection, aussi elle peut ce qui est impossible à un arbre mauvais, c’est-à-dire produire de bons fruits ». (Cfr Liv.4, Lettre 81).

 


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