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Le Christ est l’image et la révélation du visage du Père. Regardons-le. Ecoutons-le. Suivons-le sur le chemin de Pâques.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


La liturgie a choisi d’enlever les premiers mots : « Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles »… et pourtant, les trois évangélistes, Matthieu, Marc et Luc s’accordent pour lier l’épisode de la Transfiguration à la conversion que Jésus a eu avec ces disciples. Lors de cette conversation, Jésus, après avoir prié, les interrogea en deux temps : « Au dire des foules qui suis-je ? » (Lc 9, 18), puis « Et vous que dites-vous, pour vous qui suis-je ? » (Lc 9, 20). Pierre avait alors affirmé : « Le Christ, le Messie de Dieu » (Lc 9, 20). Alors Jésus leur avait annoncé sa Passion (Cf. Lc 9, 22) et les avait invités à prendre leur croix pour marcher à sa suite (Cf. Lc 23). C’est dans ce contexte précis que doit être lu le récit de la transfiguration. Transfiguration et Croix s’éclairent mutuellement et sont indissociables l’une de l’autre. Les trois disciples que Jésus prend avec lui : Pierre, Jean et Jacques sont ceux qu’il emmènera à l’écart lors de la prière à Gethsémani (Cf. Mt 26, 37 ou Mc 14, 33). Ceux qui auront vu son visage flamboyant de gloire le verront ruisselant de sueur et de sang (Cf. Lc 22, 44).

suivrejesusEn ce deuxième dimanche du Carême, nous continuons notre cheminement de la foi. Dimanche passé, nous avons médité l’évangile que beaucoup appelle  » évangile des tentations » mais j’ai préféré l’appeler « évangile de la profession de la foi ». En effet, le Carême est un cheminement de et dans la foi. Aujourd’hui, le Seigneur nous introduit dans une dimension de notre cheminement. Il nous appelle à devenir nous-mêmes, à ne pas craindre tout ce qui pourrait nous perturber. Dimanche passé, nos tentations de la foi, aujourd’hui, d’autres problèmes vitaux qui sont nos croix: la descendance, nos projets qui nous font peur (Jésus va affronter les moments de sa passion), les contrariétés de notre entourage (en Saint Marc, cette scène vient après des moments de disputes et Pierre aimerait rester dans cette gloire, oubliant les 9 autres qui sont restés dans la vallée -des controverses-).

Aujourd’hui, le Seigneur nous demande de ne pas craindre, et de relever la tête. Ce qu’il y a à craindre ne manque pas, mais en ce dimanche, si nous l’écoutons, nous saurons devenir nous-mêmes et atteindre la stature de l’homme nouveau. « Regarde le Ciel » demande le Seigneur à Abraham. L’histoire d’Abraham est notre histoire. Sa foi est le prototype de la foi de tout croyant. Comme Abraham Dieu nous appelle car Il appelle qui il veut mais cet appel est toujours en vue d’une mission.

TransifigurationLe lectionnaire fait commencer notre lecture au verset 5. C’est dommage ! Les versets 1 à 4 sont importants. Je vous conseille de les lire! Tout d’abord un appel à la confiance : « Ne crains pas » dit Dieu à Abraham et Il lui promet une descendance. Entendons pour nous ce « Ne crains pas ! ». Le verset 6 est capital : « Abraham eut foi dans le Seigneur, et le Seigneur estima qu’il était juste. Il faut comprendre le mot « juste » dans le sens qu’Abraham était totalement comme ajusté à Dieu, en plein accord avec Sa volonté. Jusqu’à ce jour Abraham était un homme religieux : il rendait un culte à Dieu et dressait des autels. Il est maintenant un homme de foi : il écoute la parole, il est en dialogue avec Dieu qui lui promet à la fois une descendance et un pays. Saint Paul au chapitre 4 de la lettre aux Romains que c’est par notre foi que nous devenons à notre tour des justes.

Dieu va s’engager d’une façon unilatérale vis à vis d’Abraham à travers un rite sacrificiel qui était habituel à l’époque. Quand deux personnes s’engageaient mutuellement on partageait des animaux et ont passait entre… Cela voulait dire : « Qu’il m’arrive ce qui a été fait à ces animaux si je ne respecte pas mon engagement. » Dans notre récit, Dieu seul passe entre les animaux partagés en deux. Il passe sous la forme d’un brasier et d’une torche, c’est à dire sous le symbole de la lumière. Dans la bible la lumière renvoie toujours à Dieu. Jésus dira : « Je suis la lumière du monde. ». Remarquons que dans ce récit c’est Dieu qui a l’initiative. C’est toujours comme cela dans nos relations avec le Seigneur ou avec Jésus, comme par exemple dans les sacrements.

L’invitation à la conversion pour notre deuxième semaine de carême concerne notre regard. Jésus transfiguré s’offre aux regards tournés vers le Ciel et ouvre à une autre conversion : celle de nos oreilles. « Écoutez-le », clame la voix dans la nuée. Quand nous écoutons avec confiance, nous n’avons plus à demander des garanties. La promesse de Dieu faite à Abraham n’évoque pas de garanties. Elle une promesse sèche qui demande par conséquent une réponse et une adhésion sèches.

« Pendant qu’il priait… » (Lc 9, 29).

Jésus va sur la montagne pour prier. C’est son but. Il rejoint le Père et emmène avec lui trois de ses disciples. Ceux qui sont de toutes les théophanies. Il les « prend » avec lui ; Jésus prend les disciples dans sa prière, il les introduit au cœur de son dialogue avec le Père. En montant sur le Thabor, nous entreprenons un voyage au cœur de la Trinité. Ce qu’il faut savoir, c’est que cette présence n’est toujours pas aisée. C’est au cœur même de sa prière que l’action survint. C’est dans la relation intime avec son Père que l’Être de Jésus se révèle pleinement. Il est le « Fils bien aimé » (Lc 3, 22). L’auteur de la Lettre aux Hébreux nous dira qu’il est le « rayonnement de la gloire de Dieu » (He 1, 3). Saint Paul le nommera : « Le Seigneur de la gloire » (I Co 2, 10). « Son visage apparut tout autre et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante » (Lc 9, 29). La relation intime de Jésus à son Père, le rend participant de la gloire du Père. Dans l’Écriture, le vêtement blanc est le « signe » des êtres célestes. Sa prière manifeste de qu’il est : « Le Fils du Père ».

Nous le savons, frères et sœurs, la prière est l’un des piliers du temps du carême. Une triple attitude nous est proposée durant ce temps pour désencombrer notre cœur et nous préparer à recevoir la lumière de Pâques : Jeûne, Prière et Aumône. Nous l’avons réentendons lors de la célébration des Cendres. La semaine dernière nous avons vu Jésus jeûner au désert et être vainqueur des tentations. Aujourd’hui nous le voyons prier et manifester son être profond. Il nous montre le chemin, il nous entraîne à sa suite.

Comme lui, il faut que nous entrions dans un colloque filial avec le Père. Pour advenir à notre identité véritable de fils de Dieu, de filles de Dieu dans le Fils unique, il nous faut prendre le chemin de la prière. La bienheureuse Élisabeth de la Trinité nous précise : « Aimez toujours la prière, […] et quand je dis la prière, ce n’est pas tant s’imposer quantité de prières vocales à réciter chaque jour, mais c’est cette élévation de l’âme vers Dieu à travers toutes choses qui nous établit avec la Sainte Trinité en une sorte de communion continuelle, tout simplement en faisant tout sous son regard » (L 252, fin décembre 1905). La prière, ma prière personnelle, devient le lieu de ma transfiguration parce que lorsque je prie, j’atteins à ma profonde identité de Fils et Fille de Dieu. La prière me transfigure intérieurement parce qu’elle me fait être ce que Dieu veut que je sois, elle me donne d’accomplir les promesses de mon baptême. La prière me transfigure en m’emportant dans la vie trinitaire…

Nous voyons que les apôtres, bien qu’ils soient avec le Seigneur, ils somnolent. Figurez-vous ce qu’il est en pour notre cas! Que de distractions! Que de somnolence! Heureusement que le Seigneur nous accueille tels que nous sommes et nous fortifie. La transfiguration devient un avant-goût de ce que nous serons, malgré que les apparences peuvent contrarier notre espérance.

Luc décrit la transfiguration comme un changement d’aspect du visage, quand il parle avec Moïse et Elie, les deux représentants de l’ancien testament : la Loi et les Prophètes. Ils parlent de sa prochaine montée (exodou) vers Jérusalem. Sommes-nous prêts à l’y accompagner? Il nous faut écouter et accueillir la Parole, la loi et les Prophètes. La prière est pour chacun de nous un moment privilégié pour entrer dans les plans de Dieu. Quand il y a de grands pas que nous devons franchir, combien de fois nous sommes-nous mis à prier ? La prière nous donne les vraies dimensions de notre vie, nous révèle qui nous sommes vraiment. Dans l’épisode de la transfiguration, nous connaissons la gloire de la divinité de Jésus et la grandeur et la dignité auxquelles est appelée notre humanité. Ne nous laissons pas perdre de vue notre horizon, par les difficultés de notre vie quotidienne.

Gravir avec Jésus le Thabor est donc un chemin purement spirituel et totalement incarné. Inutile, comme saint Pierre, de se rêver s’installant dans un monde qui ne serait que spirituel. Ce ne serait pas l’éternité, ce n’est qu’une ultime tentation pour les disciples. On ne monte pas sa tente sur la montagne sainte. Il faut redescendre de la montagne et vivre la grâce reçue, jusque dans sa chair. Il faut redescendre chez ceux qui sont restés dans la vallée pour les confirmer par la parole et l’expérience dont nous avons été confirmés. Il est vrai, tout le monde aspire à la quiétude mais celle-ci ne s’acquiert pas sans engagement et responsabilité. Le Dieu de l’alliance est le premier qui s’engage envers Abraham. Sa réponse ne viendra qu’en deuxième lieu.

Saint Paul disait dans la deuxième lecture : « le Seigneur Jésus-Christ (…) transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». Dans un monde où « beaucoup de gens vivent en ennemis de la croix du Christ », dans une culture qui méprise le corps, faisant de lui à la fois une idole et un objet, il est important de rappeler la noblesse et la vraie grandeur du corps. Elles sont celles de la personne humaine.

Cette « transformation de nos corps » se vit également au pluriel, communautairement. En nous transfigurant tous « à l’image de son corps glorieux », tous ensemble, le Christ transfigure aussi nos différences qui sont un reflet de sa propre richesse. Ces différences fondamentales qui caractérise chacun des enfants de Dieu nous pèsent souvent et nous divisent parfois. Sur le Thabor, elles révèlent leur sens et elles trouvent leur unité dans le Christ.

En ce deuxième dimanche du Carême, prions les uns pour les autres pour que nous ne perdions pas de vue cet horizon glorieux qui nous est révélé dans la prière sur le Mont Thabor. Chaque fois que nous nous rassemblons pour prier, nous sommes sur la montagne sainte où Dieu nous révèle à nous et nous révèle à nous-mêmes. En effet, le temps du carême, un temps pour monter sur la montagne avec Jésus, Un temps pour mieux le connaître par la méditation de l’Écriture, par l’écoute de sa Parole, par la contemplation de son Mystère. Un temps pour entrer plus profondément dans son intimité par la prière, pour le laisser nous conduire vers le Père. Le Carême, un temps de désencombrement, pour nous libérer du superflu, de l’inutile, pour nous centrer sur « Jésus, seul »… Un temps pour se laisser transfigurer, pour avoir le courage de suivre Jésus sur le chemin du calvaire et de la Croix et passer avec lui de ce monde au Père dans la lumière de la Résurrection.


Un commentaire

  1. […] ce carême, nous allons de montagne en montagne : après la transfiguration de Jésus sur le Mont Thabor, nous voici avec Moïse sur le Mont Horeb, la montagne sainte du Sinaï. Nous sommes à un sommet de […]

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