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Appelés à l’unité, persévérant dans la prière dans l’attente de l’Esprit Saint

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


P LambertoParmi les dimanches du temps pascal, celui d’aujourd’hui présente un visage particulier. Situé entre l’Ascension et la Pentecôte, c’est un temps où l’Église est appelée, en chacune de ses communautés et chacun de ses membres, à persévérer dans la prière dans l’attente de l’Esprit Saint ? Il est significatif que les trois textes de la Parole de Dieu entendus en ce jour nous mettent en présence de la prière de demande. L’évangile vient de nous livrer les derniers mots de la prière que Jésus laisse à ses apôtres avant d’entrer dans sa Passion. C’est une prière de demande pour lui-même : « Père, glorifie ton fils » et d’intercession, pour les disciples qu’il va envoyer dans le monde et pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en lui. « Que tous soient un, en nous ».

Dans le récit des Actes, Luc fait dans son récit un parallèle entre le sort de Jésus et celui d’Etienne. Comme Jésus, Etienne est exécuté (lapidé), hors de la ville. Comme Jésus, il pardonne à ses bourreaux. Comme Jésus, il remet sa vie au Père . Les communautés chrétiennes se sont peu à peu formées à l’annonce du message évangélique et de la résurrection du Seigneur Jésus. Leurs membres étaient d’une part des chrétiens issus du Judaïsme, ce sont les « Hébreux » et d’autre part des chrétiens venus du monde grec, ce sont les « hellénistes ». Etienne appartenait à ce dernier groupe. Il était l’un des 7 diacres que les apôtres avaient mandatés pour s’occuper en particulier des tâches liées au service des frères (le mot « diacre » signifie « serviteur). C’était une figure « charismatique », un homme rempli de foi et d’Esprit Saint (Actes 6, 5) Devant l’impact de sa prédication les autorités – le Sanhédrin- le convoque.

Dans l’Apocalypse de saint Jean, le Christ se présente comme l’origine et l’avenir de l’homme et de l’histoire, celui en qui tout prend vie et en qui s’accomplissent tous les dons reçus. « Je suis le premier et le dernier, le commencement et la fin. » Animée par l’Esprit, l’Épouse, qui désigne l’Église, lui adresse une prière de demande « Viens, viens Seigneur Jésus ». Les premières communautés chrétiennes vivaient dans l’attente fébrile du retour du Seigneur Jésus, la « parousie » du Seigneur. « Viens, Seigneur Jésus » ou dans la langue du pays « Marana tha ! » est un cri d’espérance. C’est toute l’église comme tendue en avant dans l’attente du retour de son Bien-Aimé. Quant à nous, nous sommes interpellés. « Celui qui entend, qu’il dise : Viens ! Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, reçoive l’eau de la vie gratuitement ». Ces paroles éclairent la prière de demande en laquelle l’Église, et chacun de nous, est appelée à persévérer durant ces jours dans l’attente de l’Esprit Saint. C’est la nouvelle création qui est en train de naître à travers les rudes combats de la vie chrétienne et le nouvel arbre de vie sera plantée au cœur de la nouvelle Jérusalem, le nouveau jardin d’Eden… (Gn2, 15…)

Comment attendre cette venue de l’Esprit Saint ? Non certes comme l’agriculteur attend que tombe la pluie désirée annoncée par la météo. Il n’a qu’à attendre passivement que vienne le moment. Comment habiter les prières de demande à l’Esprit Saint qui se formulent : « Viens, Esprit Saint ; Viens Esprit Créateur » ? Nous savons qu’il est vrai de formuler ainsi notre prière, mais demander l’Esprit en vérité engage plus que notre pensée. L’Apocalypse parle de soif, de soif d’eau, et de désir. Avons-nous soif de l’eau vive promise par Jésus ? Désirons-nous vraiment l’Esprit Saint, d’un désir jamais comblé ? Sommes-nous en manque ? Voilà qui requiert prière, intériorisation.
On peut penser que la première communauté chrétienne d’avant la Pentecôte priait avec les psaumes et se remémorait les promesses des prophètes dans l’Écriture et les paroles de Jésus : chacun prenait ainsi conscience de tout ce qui était inachevé en lui, de la pauvreté de sa foi, de son espérance et de son amour pour les autres. Peu à peu, les cœurs se faisaient plus humbles, le désir du don promis plus réel, plus ardent. Il est précisé que tous priaient ainsi d’un même cœur. A nous de faire de même, personnellement et communautairement, avec l’Église, tout entière appelée à prier.
Pour que la prière de demande à l’Esprit Saint trouve sa pleine vérité, il faut aussi tenir compte de ce que nous demandons : l’Esprit Saint. Promis par le Père et le Fils, envoyé par l’un et l’autre, il est le don par excellence comme le chantent les grandes prières de l’Église. « Viens esprit créateur, don du Dieu très haut, source vive, feu, charité. Allume en nous ta flamme, emplis nos cœurs d’amour, affermis toujours de ta force la faiblesse de nos corps ». Nous chanterons aussi dimanche prochain la séquence : « Viens Esprit Saint en nos cœurs, dispensateur des dons, viens lumière de nos cœurs … donne mérite et vertu, donne le salut final, donne la joie éternelle ». Comment ne pas désirer la venue de l’Esprit Saint pour recevoir ses dons ? Attention. Vivant dans l’espace et le temps nous sommes enclins à chosifier les réalités spirituelles et ainsi à demander l’Esprit Saint et ses dons comme des réalités que l’on reçoit et dont on dispose. Or je ne reçois pas la lumière de l’Esprit Saint comme une super-torche spirituelle que je pourrai manier pour éclairer tout ce que j’ai à faire ou comme une super-force que je n’aurai plus qu’à utiliser pour me redynamiser. L’Esprit Saint est Dieu, on ne met pas la main sur Dieu. On ne le reçoit que lorsqu’on l’accueille comme son Seigneur, et qu’on se laisse mener par lui.
Les symboles de l’Écriture sont clairs. L’Esprit Saint est feu, vent, eau courante. On ne met la main sur aucune de ces réalités. On ne reçoit le vent qu’en se mettant dans le vent, dans sa direction. On accueille la force de l’eau courante qu’en se mettant dans le sens du courant d’eau. Et il n’est pas conseillé de mettre la main sur le feu. On ne prend pas l’Esprit Saint et ses dons, on l’accueille en se faisant dociles pour se laisser mener par lui vers Dieu et vers les autres. St Paul le dit en clair dans l’épitre aux Galates : « Puisque l’Esprit est notre vie, marchons sous la conduite de l’Esprit ». Ce qui nécessite de prendre souvent de brefs temps de prière silencieuse, avant de nous lancer dans ce que nous avons à faire. L’Esprit saint est très discret, il prend la place qu’on lui donne. Il faut savoir se taire pour lui permettre ’d’en placer une’…

Demander pour soi-même et pour l’Église, comme un pauvre qui fait confiance et s’émerveille du Seigneur qui se plait à donner gratuitement parce qu’il est Amour. Voilà la grande affaire de chacun de nous, et de l’Église en chacune de ses communautés et de ses familles, en ces jours bénis qui précèdent la Pentecôte. Et nous pouvons nous confier à la prière de la Vierge Marie qui nous a précédés dans cette aventure.


L’Esprit-Saint, artisan de l’unité
Quand nous pensons à l’unité, nous le faisons un peu comme des coupables, parce que nous avons en mémoire les grandes déchirures de l’Église au cours de l’histoire, les guerres de religion, la concurrence dans les pays de mission, et, plus près de nous, les difficultés qui subsistent entre catholiques de sensibilités différentes. L’unité nous semble lointaine, difficile, improbable à court terme. Quand Jésus, lui, nous parle de l’unité, elle redevient une espérance, une promesse, une certitude. Car l’unité vers laquelle nous sommes en marche existe déjà en Dieu. Jésus l’a souvent dit: « Je suis dans le Père, et le Père est en moi. Le Père et moi, nous sommes un ». Et le lien vivant de cette union du Père et du Fils, c’est le Saint-Esprit, depuis toujours et pour toujours .
Cette intimité, cette réciprocité d’amour du Père et du Fils, voilà ce que Jésus nous offre comme modèle pour notre unité fraternelle. Dans sa prière, quelques heures avant de mourir, il demande à son Père: « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ».Mais l’unité de Jésus avec son Père est mieux encore qu’un modèle. C’est comme un espace où Dieu nous accueille pour y vivre notre unité de chrétiens:  « Qu’ils soient un en nous », dit Jésus. Quand nous cherchons l’unité, en paroisse, en groupe de mission, en communauté, en famille ou en couple, nous venons en quelque sorte habiter ensemble dans l’amour de Dieu; nous réchauffons notre amour à l’amour même de Dieu.

Dieu nous aime


Dieu est toujours le premier à nous aimer. Cela veut dire que nous ne sommes jamais sans amour, même aux heures les plus douloureuses et les plus sombres, même quand nous sommes visités par la solitude parce que la vie a fait le vide autour de nous, même quand on a vingt ans et que l’on ne sait pas encore avec qui l’on va partir pour une route de bonheur et de partage. Dieu est le premier à nous aimer. C’est lui qui éveille en nous la source de l’amour et qui l’alimente au long des mois et des années. Parce que nous sommes aimés, nous trouvons la force de construire l’amour du couple, sans nous arrêter aux blessures superficielles de l’amour-propre;  parce que nous sommes aimés, nous trouvons la patience de cheminer avec les enfants, même aux âges difficiles; parce que nous sommes aimés, nous abordons ceux et celles que Dieu met sur notre route avec des mains qui ne font jamais mal, avec des mots qui ne ferment jamais le cœur, avec un regard qui ouvre toujours l’espérance. Dieu est le premier à nous aimer, et surtout il nous aime tels que nous sommes, même quand nous n’arrivons pas à nous aimer nous-mêmes. Avec Dieu il n’est jamais trop tard; avec Dieu on n’est jamais trop loin, parce qu’il vient lui-même pour effacer toute distance, pour écarter toute crainte.


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