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Etre le Bon samaritain: «De qui suis-je prochain ?» au lieu de » Qui est mon prochain? »

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


HomélieDésirer le bien d’autrui n’est pas une prérogative des saints ou des personnes naïves, mais une prérogative et une vocation de tous. Pour le croyant, et en particulier le chrétien, s’engager activement pour améliorer la vie de ses frères et sœurs ne signifie pas seulement correspondre à son identité sociale, mais surtout se remodeler à l’image du Christ, Bon Samaritain dont nous parle la Collecte de ce dimanche. En effet, en ouvrant les horizons de notre réflexion, dans le dessein du salut, le Bon Samaritain est Jésus lui-même qui a laissé sa gloire, en venant planter sa tente au milieu de nous (Jn 1,14), en venant panser nos plaies, en acceptant de marcher à nos côtés quand nous sommes en déroute, désillusionnés comme les disciples d’Emmaüs (Lc 24). C’est lui qui se fait compagnon de nous au sein de son Eglise qu’il vivifie par sa Parole et ses sacrements.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est que Jésus répond à une question en questionnant à son tour. Le scribe lui demande : « Que dois-je faire ? » Jésus répond : « Que lis-tu ? » Le scribe ne questionnait pas tant pour savoir la vérité que pour mettre Jésus à l’épreuve en l’entraînant sur le terrain des querelles théologiques. Jésus ne relève pas l’agressivité de cette question-piège, et il ramène l’homme face à la vérité qu’il ne cherchait pas vraiment. Il lui dit, en quelque sorte : la réponse, tu la connais, et c’est toi qui vas me la donner. Et de fait le scribe rapproche infailliblement deux versets du Deutéronome et du Lévitique.

Ainsi en va-t-il souvent des questions que nous posons à Dieu : « Que dois-je faire ? Quel est le sens de ma vie ? Comment cela se fera-t-il ? Comment ce que je vis débouchera-t-il sur la vie éternelle ? » Jésus pourrait nous dire : la réponse, tu la connais déjà ; mon Père depuis longtemps te l’a livrée. Effectivement, au niveau de la mémoire et du raisonnement, à partir de la parole de Dieu nous sommes capables d’articuler une réponse très sensée et que nous savons définitive, nous sommes à même de « bien répondre », sans que cela change notre vie. Or Jésus nous attend au niveau de la vie et de l’action : « Fais cela et tu vivras » ; « engage dans ta relation au Père toutes les ressources de ton affectivité et de ton intelligence, aime-le avec la passion de le connaître, et comprends-le avec ton cœur. Use tes forces à le chercher. Redis sans cesse : ’Abba, Père !’ C’est cela qui fait vivre ! Et puis refais chaque jour pour chacun de tes frères le rêve de bonheur que tu fais pour toi. Désire intensément pour lui la liberté que tu veux pour toi, la beauté et la paix que tu cherches pour toi. Fais cela, fais-le de grand cœur, et tu auras la vie. »

Aujourd’hui, nous nous demandons: «Et qui donc est mon prochain?» (Lc 10,29). On raconte de certains juifs, curieux de voir disparaître leur rabbin la vigile du samedi. Ils soupçonnèrent qu’il gardait un secret, peut-être avec Dieu, et confièrent à l’un deux la tâche de le suivre… Et ainsi il le fit, plein d’émotion, jusqu’à un recoin misérable de la ville, où il vit le rabbin balayer la maison d’une femme: elle était paralytique, et il la servait et lui préparait un repas spécial pour la vigile. Lorsque l’espion revint, on lui demanda: «Où a-t-il été? Au ciel ? Entre les nuages ou les étoiles?». Et ce dernier lui répondit: «Non, il est monté beaucoup plus haut».

Oui, aimer son prochain avec des actes concrets, c’ est ce qui est le plus haut; c’est là où se manifeste l’amour. Ne pas passer tout droit! «C’est le propre Christ qui crie à travers les pauvres pour réveiller la charité de ses disciples», affirme le Concile Vatican II dans un document. Et cette charité n’a pas de limites, cette charité pourrait surgir même là où l’on n’attend rien de bon. C’est la cas de cette parabole. Qui est ce samaritain ? C’est un hérétique, un schismatique, un ennemi des juifs fidèles, un faux frère, un homme détestable qui ne «pratique pas» la vraie religion, un homme « impur» qui n’a jamais mis les pieds dans le Temple, cet homme qu’il était interdit d’inviter à sa table, un homme qu’il fallait éviter… un de ces samaritains sur lesquels, il y a quelques jours seulement, Jacques et Jean voulaient faire tomber le feu du ciel (Luc 9,52-55). Et c’est un homme comme ça que Jésus donne en exemple ! Donne-nous Seigneur d’ouvrir nos esprits, de ne pas catégoriser les gens, et d’aller à la rencontre de tous ceux que tu mets sur notre chemin. Donne-nous Seigneur d’être vraiment « des catholiques » (ceux/celles qui croient et qui vivent une fraternité universelle, sans exclusion aucune).

Être le “bon samaritain” signifie changer ses plans («il arriva près de lui»), dédier du temps («il prit soin de lui»)… Ceci nous amène aussi à examiner le personnage de l’aubergiste, comme dit un jour Saint Jean-Paul II: «Qu’aurait-il pu faire sans lui? En effet, l’aubergiste, qui demeure dans l’anonymat, a réalisé la grande partie de la tâche. Tous nous pouvons nous comporter comme lui, remplissant les tâches qui nous sont propres avec esprit de service. Tout travail nous offre l’opportunité, plus ou moins directe, d’aider celui qui en a besoin. La fidèle réalisation des devoirs professionnels consiste déjà à aimer les personnes et la société».

Nous ne pouvons plus donc demander qui est notre prochain, puisque c’est nous qui sommes appelés à remplir notre tâche quotidienne. C’est le passage que nous fait faire Jésus en cette parabole. Il retourne complètement la notion de prochain. Le légiste avait demandé : «Qui est mon prochain» (au sens Passif)… en ce sens, ce sont «les autres» qui sont mon prochain. Jésus lui répond : «De qui te montres-tu prochain ?» (au sens actif).
En ce sens, c’est nous qui sommes, ou non, «proches» des autres. Le «prochain», paradoxe génial de Jésus, c’est «moi» quand je m’approche des autres avec amour. On n’a même plus à se demander «qui» est mon prochain… mais comment serai-je le prochain de tout homme, sans distinction ?» Le scribe lui demande : « Qui est mon prochain ? » Jésus répond : « Celui dont tu rends proche ». Ton prochain, ce n’est pas une catégorie d’hommes bien déterminée que tu connaîtrais à l’avance ; mais c’est tout homme, car tu peux te rapprocher de tout homme et rendre tout homme tout proche de toi. Ainsi Jésus étend à toute l’humanité le champ de notre amour. Souvent le prochain sera fortuit, et nous n’aurons pas de raison spéciale de l’aimer ou de nous rendre proches de lui, pas d’autre motif qu’une rencontre ménagée par le Seigneur. Le Samaritain aurait eu mille raisons de laisser agoniser ce Judéen au bord de la route ; mais, simplement, « il l’a vu et il en a eu pitié ».

C’est toujours ainsi que commence la charité : il faut savoir regarder et rester vulnérable au malheur, aux besoins et aux appels. Mais on ne sait jamais où la charité finira : après le moment de la pitié vient le moment de la charité active ; après les soins d’urgence viendra le transport du blessé, puis s’ajouteront les frais d’auberge ou d’hôpital. Car c’est souvent un blessé, un frère blessé, une sœur blessée, que Jésus met sur notre route. Or un blessé ne peut pas faire grand chose pour se soigner et pour guérir : il a besoin de nous.

Oh, révélation de Dieu ! Nous pouvons alors passer de la théorie à la pratique. Ce texte de l’Évangile de ce dimanche, en effet, repose sur deux verbes que Jésus répète deux fois : « va et fais ». Puisque nous avons écouté le Maître, il nous invite à passer à l’action, à passer de la théologie (référence à ce docteur de la loi, référence à nous tous chaque fois que nous disons : je sais ce qu’il faut faire, …) à l’existence théologique. Tout laisser derrière nous pour recevoir celui qui a plus besoin (le bon samaritain) et bien faire son travail par amour (l’aubergiste), sont les deux formes d’amour qui nous correspondent: «Lequel (…) à ton avis, a été le prochain? ». Celui qui a fait preuve de bonté envers lui`. Jésus lui dit: « Va, et toi aussi fais de même». Allons-y !


Un commentaire

  1. […] qui est dans les cieux. » (Mt 7,21. Le passage de Marthe et Marie est mis tout de suite après le passage du bon samaritain que nous avons médité dimanche passé. Ceci n’est pas anodin, la chose importante est […]

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