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que Dieu aime et qu’il sauve.

La prière du « Notre Père » fait craquer les limites et les étroitesses de notre cœur et nous ouvre au monde 
que Dieu aime et qu’il sauve.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


HomélieUn jour, une maison d’une famille prit feu. Tout le monde réussit à se mettre à l’abri, excepté le plus petit des fils qui ne put sortir à temps. Il dormait profondément. Il fut réveillé par le feu et la fumée qui le suffoquaient. Il se réveilla et se dirigea vers la fenêtre, en pleurant. C’était au 2ème étage. Le papa de l’enfant ne vit autre solution pour sauver son fils sinon celle de demander que son fils se jetât directement de la fenêtre en ses bras.

– Je ne te vois pas à cause de la fumée et des flammes ! Je ne peux donc sauter !

– Je te vois, moi, et cela suffit ! Saute vite ! Laisse-toi venir même si tu ne me vois pas !

Dans de cas pareils, ils nous arrive de faire des intégrales sur la proximité de Dieu. Je ne le sens pas proche, donc, il n’est pas là ! C’est la conclusion facile. Mais Jésus nous enseigne que notre Père est tellement proche qu’il faudrait l’avoir au bout de nos lèvres, dans notre vie quotidienne. En effet, la première parole de Jésus dans l’évangile de Luc, c’est la réponse de Jésus à Marie et à Joseph qui viennent de passer trois jours à le chercher, lors du retour du pèlerinage à Jérusalem. Et Jésus déclare : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » (Lc 2,49). La dernière parole, Jésus la prononce sur la Croix, avant de mourir, il s’écrie : « Père, en tes mains je remets mon esprit » (Lc 23, 46). Il est intéressant de noter que la première parole de Jésus comme sa dernière sur la croix, contiennent le mot « Père ». Nous pouvons dire que toute la vie de Jésus est un colloque filial, un dialogue du Fils avec son Père. Dans son incarnation, le Christ Jésus se situe sans cesse comme Fils. Et c’est bien ce qui se manifeste dans l’évangile de ce jour : non seulement Jésus s’y révèle comme « Fils du Père » mais il nous invite à devenir « fils » en recevant le don du Saint-Esprit. Et l’exemple d’Abraham, dans la première lecture, est une illustration de cette liberté et confiance filiales envers Dieu notre Père, qui nous écoute sans se lasser.

Voir Jésus en prière donnait envie de prier ; et la demande que lui fait ce jour-là l’un de ses disciples, beaucoup d’autres sans doute auraient aimé la lui adresser : « Apprends-nous à prier, à prier comme tu pries ! » Et ce que le disciple veut apprendre de Jésus, c’est une nouvelle manière de prier qui devienne la caractéristique de sa communauté : « Apprends-nous à prier comme Jean le Baptiste l’a appris à ses disciples ». La prière enseignée par Jésus deviendra donc un signe de ralliement pour tous les siens et le premier bien qu’ils auront à partager.

« Quand vous prierez, dites : Père ! »
C’est essentiel aux yeux de Jésus, et lui-même parlait à Dieu en l’appelant : « Abba », un mot intraduisible, dont le sens est à mi-chemin entre Père et Père chéri. C’est donc par là qu’il faut commencer : dire « Père » à notre Créateur. Dire « Père » à Celui qui est maître de l’espace et du temps et qui mène l’histoire du monde comme la destinée de tout homme. Dire « Père », en mettant dans ce nom plus de confiance, plus d’assurance, plus de tendresse qu’aucun père d’ici-bas n’a jamais pu le mériter. Dire « Père » avec la certitude d’être aimés tels que nous sommes, et tels que nous avons été.

Quand on y réfléchit, il y a là une audace inouïe de notre part, et, de la part de Dieu, une offre d’amour qui nous dépasse totalement, au point que certains, hommes ou femmes, qui n’ont gardé de leur jeunesse qu’une image paternelle dévaluée, luttent parfois des années, à l’intime d’eux-mêmes, avant de pouvoir dire avec vérité, et avec bonheur, au début de leur prière : « père », « toi qui es Père à la manière de Dieu ». C’est seulement lorsque nous nous sommes approchés de Dieu en lui donnant son nom de bonté et de tendresse que nous commençons notre prière, en lui parlant de Lui-même : « Que ton Nom soit sanctifié » ; c’est-à-dire : que le mystère de ton être et de ton agir soit reconnu et adoré par les hommes. « Que ton Règne vienne » ; c’est-à-dire : que ton plan d’amour et de salut se réalise parmi les hommes comme tu le veux, aux moments que tu as choisis.

Avec le Nom et le Règne de Dieu il est bien question de la gloire de Dieu, mais nous lui sommes associés dans ce que nous demandons, puisque cette gloire par la louange devra venir de nous. Ainsi la prière, selon Jésus, vise d’abord ce que Dieu attend de l’homme, mais tout naturellement, en vertu de la réciprocité de l’Alliance, dans un deuxième moment la prière aborde ce que l’homme peut attendre de Dieu .

Au-delà de nos étroitesses d’esprits
Que va dire l’homme ? …« donne-moi » ? Non ! Il dira : « donne-nous ». « Donne-nous le pain, dont nous avons besoin pour chaque jour. Même lorsque nous prions dans le secret, la prière de Jésus nous fait dire : « donne-nous ». Cela ne signifie pas que personnellement nous n’intéressons pas Dieu, car, à ses yeux, nous sommes des personnes irremplaçables, aimées chacune comme l’unique. Mais cela veut dire que la dimension communautaire, universelle même, habitera toujours notre prière personnelle. Quand nous disons le Notre Père, même dans le secret, c’est toujours une prière universelle : « donne-nous ; donne, Seigneur, à moi et à tous les hommes, le pain dont nous avons besoin ».

C’est une prière qui concerne des biens quotidiens, matériels ; mais Dieu, qui nous a créés êtres de chair, ne rougit pas de nous donner des choses matérielles. Il aime qu’on le prie pour cela aussi, et, en nous fiant à la parabole choisie par Jésus, on pourrait dire : Dieu aime qu’on le dérange, même pour cela, dès lors qu’on garde un cœur ouvert au bonheur de tous. À vrai dire on ne dérange jamais Dieu : il a toujours le temps, puisqu’il habite l’éternité ; il a toujours de la place, puisqu’il n’habite aucun espace ; il se penche vers chacun avec un cœur universel, et il a pour l’univers des hommes le même regard d’amour qu’il a pour chaque personne.

Le brave homme de la parabole insiste auprès de son voisin : « Prête-moi trois pains pour un voyageur de passage ». Trois pains : c’est là le maximum de l’audace ! Mais dans le Notre Père, parce que nous nous adressons à Dieu, notre audace devient d’emblée universelle : « Donne-nous, donne à tous les hommes, le pain de chaque jour ».

La demande suivante vise bien chaque croyant en particulier, mais elle est aussi une imploration pour le monde entier : « pardonne-nous nos péchés », et elle a aussitôt son prolongement communautaire : « car nous-mêmes nous pardonnons à tous ceux qui ont des torts envers nous ». Même la dernière demande du Pater peut être reprise avec ces deux mêmes dimensions, personnelle et universelle : « Ne nous laisse pas entrer en tentation », c’est-à-dire : garde-nous de consentir à la tentation. Garde-moi, Seigneur, aux heures où je dois choisir. Garde-nous tous, Seigneur, des forces de refus qui travaillent et abrutissent le monde . Garde-nous tous des séductions du profit, du pouvoir et du plaisir.
Ainsi le Notre Père, qui monte en nous dans les plus beaux moments de notre intimité avec Dieu, fait craquer à chaque fois les limites ou les étroitesses de notre cœur, et nous ouvre au monde que Dieu aime et que Dieu sauve. Ne nous en étonnons pas, puisque, avec le Notre Père, c’est Jésus lui-même qui nous introduit dans sa prière, dans sa manière de prier. C’est une prière intensément personnelle, puisque c’est la prière du Fils ; mais en même temps une imploration universelle, puisque c’est la prière du Sauveur.

« Pour toucher le Père avec les paroles du Fils », nous nous remettons chaque jour à l’école de Jésus, le grand priant. Pour nous présenter devant Dieu en solidarité avec nos frères, nous prions comme Jésus. Pour recevoir d’auprès du Père l’Esprit que Jésus glorieux nous envoie, nous prions par lui, avec lui, et en lui.


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