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Christ-Roi et Pasteur: « tout ce que vous avez fait ou omis pour ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Vivons intensément le temps présent.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Nous sommes au terme de l’année liturgique. A la fin de chaque année, on est souvent appelé à faire une sorte de bilan pour voir d’où on est parti, et où on est vraiment arrivé. C’est pour cela que les lectures de la solennité du Christ-Roi de l’Univers nous mettent devant les comptes de notre comportement de la vie quotidienne. Il nous faut souligner » vie quotidienne », puisque, à lire le récit du jugement dernier, nous voyons qu’il y a ceux qui ont fait du bien chaque jour, sans se préoccuper de quoi que ce soit, et qui entendent le Maître leur dire, et à leur surprise : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait ».

La liturgie de cette solennité nous met devant deux images: le Roi et le Pasteur. Nous avons deux titres qui ne se limitent pas seulement à nous présenter deux faces de la personne du Christ. Entre les deux titres du Christ, nous y lisons l’entière histoire du salut. C’est ainsi que nous clôturons l’année liturgique par cette sorte de passage en revue (bilan) de notre cheminement au cours de cette année. Nous nous rendons compte d’une certaine répétition des thèmes dans ces lectures. La première partie de la liturgie de la Parole (1ère lecture et le psaume responsorial), nous avons la prédominance de l’image de Pasteur. Dans la deuxième lecture et dans l’évangile prévaut l’image du Christ-Roi.

Dans l’Ancien Testament, l’image du Dieu-Pasteur de son peuple est caractéristique de la prophétie d’Ezéchiel (comme celle du Dieu-Epoux est caractéristique de celle d’Osée, celle du Dieu-Père étant d’Isaïe). Nous avons alors un roi qui va lui-même rechercher la brebis égarée, qui rassemble le troupeau dispersé, qui veille personnellement sur lui, le protège et le délivre ; qui s’occupe de chacune de ses brebis selon son besoin particulier. L’image du Roi-Pasteur est empreinte d’une sollicitude et d’une tendresse qui tranche avec le mépris hautain affiché par certains de nos dirigeants comme il en était au temps d’Ezéchiel.

Sachons qu’Ezéchiel parle dans un contexte dur : celui de l’exil. La cause avait été les rêves de grandeur et de puissance qui habitaient les rois qu’Israël et qui n’ont fait que conduire le peuple vers la captivité. Nous le savons, quand il y a des malheurs qui accablent un peuple, c’est d’abord les plus petits qui en payent le prix. Ces pauvres d’Israël doivent payer les conséquences de cette mauvaise politique des grandeurs. Ezéchiel encourage le peuple meurtri, en envisageant un nouveau régime politique, dont le roi sera Dieu lui-même, pasteur de son troupeau. Le voilà alors proche de son peuple, et qui s’implique en sa faveur ; un peuple dont il prend lui-même soin, « le menant vers les eaux tranquilles et le faisant reposer sur des près d’herbe fraîche », comme nous le dit le psaume responsorial qui est une réponse du troupeau à cette révélation de la tendresse de Dieu.
Avec la deuxième lecture entre au premier plan l’image du Christ-Roi. Saint Paul parle de la réunification de la création autour du Christ ressuscité, évoquant avec son langage une situation politique bien connue des temps de l’antiquité: celle d’un fils d’un roi qui reconquiert un régné usurpé à son père et qui le lui remet après avoir assujetti les ennemis les uns après les autres. Nous avons un ennemi qui résiste encore, même s’il est destiné à être le marchepied du trône du Christ ressuscité, jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. C’est ainsi que Saint Paul révèle le mouvement et le sort de l’histoire qui va vers la plénitude de lumière, même si les événements quotidiens semblent contredire cette idée, quand l’histoire nous apparait comme mouvement des distorsions et démantèlements plutôt que de réunifications.

En passant à l’évangile, la scène semble confirmer cette idée de désagrégation, quand nous nous rendons que le Christ qui a toujours parlé de lui-même comme le Bon Pasteur qui rassemble les brebis dans un seul enclos (Jn10,16), maintenant « sépare » les brebis en constituant deux enclos. Le Roi-Pasteur cède la place au Roi-Juge qui s’assoit sur son trône de gloire.

Demandons-nous alors le pourquoi de cette succession d’images, en cette solennité. Je crois que l’idée centrale de cette succession d’images est celle-ci: la vie a deux temps. Le premier temps est celui de la vie terrestre que nous vivons maintenant et que nous devons vivre intensément, sans distractions. Nous y rencontrons le Christ-Pasteur. Nous devons nous engager à la manière des deux serviteurs de l’évangile que nous avons médité dimanche passé (33ème du Temps Ordinaire). La décision est dans nos mains. Puis, il viendra un temps où la décision ne sera plus dans nos mains, un temps de la sentence. Il nous faut donc décider à temps puisque celui qui prend soin de nous maintenant, comme notre Pasteur, notre Avocat, sera un jour notre Juge. Rappelons-nous l’histoire de cet homme riche: il avait un Avocat brillant qui lui apportait des victoires sur tous les procès, même ceux que personne n’aurait pensé remporter. Celui, en même temps qu’il remplissait son rôle d’Avocat-Conseil, demander à son patron d’être juste et honnête et de ne pas seulement fonder le tout sur la bravoure de son Avocat, qui pourrait ne plus être là un jour. Celui-ci répondait qu’il avait de l’argent pour se garantir toujours la victoire, avec le concours de son Avocat. Un jour, ce brillant Avocat fut promu et devint Juge Suprême. Quand vint un procès qui engageait notre riche, il fut foudroyé de rencontrer comme Juge celui qui, jadis était son Avocat. Ce dernier lui dit, après l’avoir vu pétrifié: hier j’étais ton Avocat-Conseil, maintenant je suis ton Juge, et les Avocat de la défense que tu as à tes côtés, sont mes étudiants et me connaissent bien: je ne puis tricher en aucun cas! Imaginons la suite.

Comment alors vivre intensément notre temps, du moment que le Christ est notre Pasteur, qui accomplit ce qu’il a promis par la bouche des prophètes?
Au bout du compte, ce sont donc bien les œuvres de charité qui sont déterminantes, tant il est vrai que « celui qui n’agit pas, sa foi est bel et bien morte » (Jc 2, 17). Or ce qui frappe de prime abord, c’est le caractère « ordinaire » des actions rapportées : nourrir un affamé, vêtir un démuni, accueillir un étranger, visiter un malade ou un prisonnier, rien de tout cela n’est hors de notre portée. Si le service des démunis attire la bienveillance divine, c’est précisément parce qu’il est gratuit : ceux qui en bénéficient auraient en effet bien du mal à nous l’offrir en retour. C’est en cela qu’il entre dans la logique du Royaume, qui est celle de l’amour (nécessairement) gratuit. L’accès au Royaume n’est pas une récompense pour bons et loyaux services ; la pleine communion avec Dieu sera l’accomplissement de ce qui est déjà commencé dans le cœur de ceux qui ont écouté la voix de leur conscience et sont entrés en solidarité concrète avec leurs frères dans le besoin. C’est pourquoi le jugement que nous pouvons remettre à plus tard est en réalité un événement permanent. C’est aujourd’hui le jour du jugement.

Oui, « tout ce que vous avez fait – ou omis de faire – à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait ». L’identification entre le Christ et chacun de « ces petits » qu’il appelle « ses frères » est inouïe. Le Fils de Dieu s’est tellement uni à notre humanité, qu’il est personnellement concerné par le sort de chacun d’entre nous. Nous avions souligné que si les bons serviteurs de la parabole de la semaine passée poursuivent généreusement leur travail, c’est tout simplement parce que leur Maître n’a pas quitté la demeure de leur cœur.

Ceci révèle donc une incroyable présence de Dieu, une présence du Christ qu’on pense souvent absent et qu’on se met à vivre comme s’il n’existait pas. A l’accomplissent de toute l’Histoire, Jésus va nous la résumer en parlant de lui (qui est l’Alpha et l’Omega de notre histoire !). Dans la multitude de ceux que nous avons rencontrés, Lui seul existait, et surtout en ceux qui avaient besoin de mon intervention charitable : « j’avais faim, j’avais soif, j’étais nu, j’étais malade, j’étais en prison, j’étais étranger, émigré, … », mais aussi, « j’éprouvais l’angoisse et la solitude, j’avais le visage triste et avais besoin de ton sourire et tu m’as donné un peu de ton temps ; le curé cherchait des mamans et des papas pour la catéchèse des enfants, et tu t’es engagé(e) même si cela te prenait du temps et que les enfants n’écoutaient même pas ; mes supérieurs ne savaient plus qui envoyer dans cette zone pastorale ou communauté que tous craignent et je ne me suis pas senti trahi ou abandonné quand on m’y a envoyé ; mes concitoyens avaient besoin d’être bien gouvernés et défendus de la corruption et je me suis engagé en politique, en syndicats,… ». Quel est le bilan que je peux établir alors à la fin de cette année liturgique ? Comment ai-je participé à la royauté du Christ ? Y participer, en effet, c’est lutter avec lui contre toute les puissances du mal : soigner ou visiter les malades, briser la solitude de quelqu’un, épauler ou conseiller un jeune ou un couple inquiet pour son avenir, rendre un peu d’espérance aux familles éprouvées par le deuil,… Quel mal puis-je ainsi combattre ? Ou bien, nous en restons là, en spectateurs, avec la conscience que nous ne faisons rien de mal à personne, comme cet anecdote de celui qui a vécu en spectateur le mal que faisaient les autres sans intervenir au moins pour les en détourner.

« Dieu notre Père aide-nous afin que nous décidions aujourd’hui et chaque jour, de notre éternité, car tu ne demeures qu’en ceux qui aiment, c’est-à-dire ceux qui acceptent de perdre joyeusement leur vie au profit de ceux qui la réclament.


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