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C’est ici bas, sous le régime de la foi, que doit se vérifier notre fidélité à la parole de Dieu.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)


Chers amis, depuis un certain temps, nous sommes en train de méditer sur les dernières conversations du Christ avec ses disciples. Saint Jean nous l’écrit dans les chapitres 13-17 de son évangile. Il s’agit donc des confidences très intimes entre le Christ et ses disciples, des confidences qui précèdent le moment séparation. Il s’agit d’un moment toujours chargé d’émotions, comme cela arrive pour chacun de nous quand nous prenons congé de nos amis. En est la preuve la conclusion du chapitre 14 avec ces mots: « partons d’ici- nimuhagúruke tuvé ng’aha!« . Puis, comme il sent qu’il a beaucoup de choses à dire encore, il parle pendant trois chapitres. Ils ne sont donc pas partis! Ceci nous met dans le bain de ces confidences et nous aident à situer l’évangile que nous méditons en ce septième dimanche de Pâques.

Aujourd’hui, l’Église nous donne de méditer ce que la tradition appelle « la grande prière sacerdotale du Christ ». Dans cette prière, Jésus demande au Père de consacrer ses disciples par la vérité, sans les retirer du monde. En effet, c’est ici-bas sous le régime de la foi, que soit se vérifier la fidélité à la parole de Dieu. Tout se passe comme si, au terme de sa vie terrestre, Jésus s’effaçait devant ses témoins. C’est donc à eux qu’il appartient désormais de le rendre présent et visible, par la force de l’Esprit Saint. C’est aussi ce qu’affirme de façon lapidaire la deuxième lecture, à sa manière: « Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais, si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous », et se rend donc visibles à travers nous.

C’est dans ce même esprit que la communauté des premiers chrétiens a choisi le successeur de Judas parmi les hommes qui ont connu Jésus depuis son baptême jusqu’à son ascension. L’apôtre est d’abord celui qui se porte garant que le Jésus, mort et crucifié, c’est bien lui-même qui est ressuscité et est apparu aux disciples. Il est le témoin de la résurrection. Il est le trait-d’union entre le Jésus historique (qui est né sous l’empereur César Auguste, a grandi, a vécu, a enseigné et fait des miracles, a été arrêté et condamné à mort sur la croix sous Ponce Pilate, Gouverneur de ce temps-là…) et le Jésus de la foi. En même temps, l’Église est apostolique parce qu’elle est fondée sur le témoignage des apôtres.

De ceci, tirons les premières leçons pour notre vie.

– La première va à l’endroit des professionnels de la communication et des médias, en ce jour où l’Eglise célèbre la 55ème Journée Mondiale des Moyens de Communication sociale, sous le thème « viens et vois » (Jean 1, 46). Comme le Pape nous y invite cette année, le journaliste est un pont entre les événements de la vie sociale qui se passent dans un endroit et les auditeurs/lecteurs qui sont destinataires de son message. Il est le témoin qui parle de ce qu’il a vérifié parce qu’il a touché du doigt l’événement. Bien que la technique permette, aujourd’hui, de rassembler plusieurs informations sans bouger de son bureau, de sa chambre, le besoin est encore plus pressant aujourd’hui d’avoir des journalistes qui « usent les semelles de leurs chaussures » (comme le dit la Pape) pour connaitre la vérité des faits et des phénomènes, en rencontrant et à racontant la vie des personnes concrètes, dans leurs situations problématiques ou celles remplies d’énergies positives dont le monde a temps besoin.

Nous nous unissons au Pape pour dire merci au courage et à l’engagement de nombreux professionnels – journalistes, cameramen, monteurs, réalisateurs, qui travaillent souvent en courant de grands risques – pour que nous puissions connaitre la difficile condition des minorités persécutées dans diverses parties du monde ainsi que les nombreux abus et injustices contre les pauvres et contre la création.

– La deuxième leçons tient sur le mode d’élection de Saint Mathias. Comme Saint Jean Chrysostome nous le dit avec justesse dans l’une de ses homélies, lorsqu’il s’agit de choisir des personnes qui doivent assumer une certaine responsabilité il se peut que nous devions faire face a des rivalités ou à des discussions. C’est la raison pour laquelle Saint Pierre veut éviter ces jalousies éventuelles en abandonnant l’affaire au sort et à l’inspiration divine. Et ce Père de l’Église ajoute: «Car les décisions importantes engendrent trop souvent les rancoeurs». Il nous est donc important de recourir à Dieu dans la prière, quand nous pressentons que des situations peuvent être conflictuelles. Souvent, nous y avons pensé après que nous nous sommes rendus compte que les choses n’étaient pas allées comme nous le prévoyions. L’attitude chrétienne de commencer nos activités, quelles qu’elles soient, par un moment de prière, ne relève pas du bigotisme. Il faut vraiment la promouvoir et habituer même nos enfants à le faire.

– La troisième leçon tient au fait même de remplacer Judas par Mathias. Les événements du soir du jeudi Saint et de tout le vendredi saint avaient déstabilisé les apôtres. Ils voyaient toujours leurs faiblesses dans le creux créé par le suicide et la mort de Judas. Ainsi, nous traînons, nous autres, des moments de notre histoire avec des plaies et des cicatrices qui nous rappellent combien nous avons démérité, combien nous avons trahi nos amis, combien nous avons vu nos bonnes résolutions voler en éclats comme il en a été le cas de Saint Pierre (qui disait pouvoir combattre et mourir pour Jésus) et des compagnons qui ont tous déserté le lieu de leurs combats (comme nous le chantons dans l’hymne: quand il disait à ses amis).

Aujourd’hui, nous sommes invités à remplacer et ou remplir ces « judas », c’est-à-dire ces creux de nos défections, par des Mathias. Nous sommes appelés à tourner ces pages sombres de nos blessures multiformes pour continuer la mission de rendre présent le Christ. Cela sera possible si nous rentrons dans nos communautés et que nous nous mettions ensemble, dans la prière, afin que Dieu nous viennent en aide. « Ibigîye inâma bigira Imâna », disent les Barundi.

Dans le monde sans être du monde

Dans l’Évangile, Jésus prie pour que les disciples vivent dans l’unité comme Lui et son Père sont Un. Il n’élude pas les difficultés auxquelles ils feront face. Ils les introduit dans le monde alors qu’ils ne doivent pas être du monde. Ils auront les pieds sur terre, mais leur cœur doit rester élevé vers le Ciel, comme nous l’invite une des formules du rituel de la messe.

Le monde dont parle Jésus a deux significations;
En un premier sens, le monde est le lieu où nous vivons. De ce point de vue, les disciples de Jésus ne sont pas à part. Ils sont comme les autres hommes et femmes, soumis aux difficultés communes et aux joies habituelles.
Mais dans un deuxième sens, le monde signifie la puissance hostile à Dieu; c’est tout ce qui, dans l’homme, rejette Dieu; tout ce qui est non-amour.

Les disciples sont alors invités à s’engager dans ce monde pour le transformer afin de lutter contre les maux qui défigurent la société. Ils les invite à être pour Dieu, dans ce monde qui fait souvent l’éloge du mal.
Pour les journalistes et les professionnels de la communication et des médias, il s’agit d’être attentif à toutes les énergies positives qui aident les gens à élever leurs cœurs puisque le bien est encore possible. Nous ne pouvons pas vivre seulement à « l’ère des mauvaises nouvelles qui font la bonne nouvelle » (bad news is good news), l’ère de ceux qui ne racontent que les conflits, en faisant passer sous l’ombre toutes les bonnes initiatives qui construisent le monde.

Oui, être chrétien dans le monde sans être du monde, c’est avoir reçu la communication du dessein de Dieu, c’est avoir reçu la Parole de Jésus qui révèle le Père en nous parlant de l’unité qui les caractérisent. Ainsi, nous le rendrons présent dans ce monde, et ce dernier changera pour que le tout du monde nous parle de Dieu et nous conduise vers Dieu. C’est être envoyé dans le monde pour y faire ce qu’a fait Jésus: communiquer ce projet à d’autres, à notre tour.

Seigneur, que le Père exauce ta prière, et fasse de nous ce que tu demandes pour nous.
Amen.


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