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«Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison». Ne nous laissons pas abattre par l’échec.

AU FIL DU TEMPS (Articles publiés)



La succession des termes « patrie, parenté, maison » est une réminiscence de la vocation d’Abraham (cf. Gn 12,1) qui a consenti à des ruptures pour répondre à son élection. Dieu promet à Abraham une surabondance de bénédiction non pas seulement pour lui, mais pour tous ceux qui le béniront (cf. Gn 12,3). Le don de Dieu passe par l’élection, c’est-à-dire par une relation unique, personnelle et irremplaçable avec lui. Mais cette relation privilégiée est ouverte à tous ceux qui s’en émerveillent.

Face à l’élection de quelqu’un, il y a en effet deux attitudes possibles : la joie ou la jalousie. Caïn a jalousé Abel au lieu de se réjouir de ce que Dieu prenait en compte le cadet méprisé et il s’est condamné à une vie malheureuse. A l’inverse, tous ceux qui se réjouissent de l’élection d’Abraham participent aux bénédictions qui lui sont données par Dieu afin que toutes les familles de la terre aient accès par lui à la bénédiction.
Jésus, en qui le Père a mis tout son amour, est l’élu par excellence. La foi en Jésus, c’est-à-dire la reconnaissance de son élection comme Fils unique de Dieu, offre à tous ceux qui croient la grâce de participer à son élection en devenant enfants de Dieu.

Comme Abraham, Jésus a quitté son pays, sa parenté et sa maison pour répondre à l’appel de Dieu. Il a fait l’expérience, lors de son baptême par Jean le Baptiste, d’une autre origine, non plus humaine, mais divine. Cela l’a conduit au désert, puis à l’annonce du règne de Dieu. Sa famille a bien tenté de le ramener au village quand ils ont estimé qu’il avait perdu la tête et que cela pouvait être dangereux pour eux, mais Jésus leur a opposé une fin de non-recevoir (Mc 3,21.31-35). Nous sommes souvent aussi tenter de le ramener à notre mesure quand nous estimons que ce qu’il nous demande nous pousse à des ruptures, à de nouveaux comportements non admis pas la mode et le politiquement correct. Mais Jésus ne se laissera pas faire, non plus pour nous.

A présent, il y revient de son plein gré pour leur apporter à eux aussi l’heureuse annonce du Règne de Dieu. Mais le choc de la nouveauté représentée par sa sagesse et ses miracles s’avère insupportable au regard de son origine humble, voire méprisable. Son métier de menuisier est certes honorable, mais cela ne le prédisposait pas à une telle sagesse. Quant à sa famille, ce sont des gens modestes. Ses frères, nommés avec précision, sont des inconnus à l’exception de « Jacques, le frère du Seigneur », qui jouera un rôle dans l’église primitive. S’ils sont nommés « ses frères », c’est la manière orientale de dire: les gens de sa parenté, comme il en est le cas au Burundi et dans certaines cultures africaines.

« N’est-il pas le charpentier, le fils de Mrie… »
En outre, l’expression « le fils de Marie » constitue une forme de moquerie. Le fait de référer la filiation à la mère et non au père n’avait lieu que pour une fille-mère. La mort de Joseph ne suffit pas à justifier une telle appellation, car même dans ce cas on continuait à signifier la filiation en référence au père. Le père est encore ignoré lorsque Jésus est désigné comme le charpentier et non comme le fils du charpentier. Jésus est un fils sans père, et en son temps, sa naissance n’avait-elle pas fait scandale ! Comment admettre alors qu’il soit élu par Dieu ? Jésus se voit dans l’impossibilité de faire des miracles à cause de leur manque de foi. Les habitants de Nazareth se privent ainsi de la bénédiction dont il est porteur en refusant de se mettre à l’écoute de sa sagesse et de reconnaître ses œuvres.

Ainsi pouvons-nous comprendre le fait qu’il soit « méprisé dans son pays, sa famille et sa propre maison ». Ce mépris nait souvent d’une question que nous nous posons en face de ces prophètes que nous côtoyons : « Comment se fait-il que le frère dont je connais l’histoire, que la sœur ou la collègue dont je connais les défauts et dont je pouvais prévoir les actions et les réactions puissent aujourd’hui tenir des propos qui me renvoient à la vérité de ma conscience »? Et c’est cela qui nous intrigue généralement chez le prophète. Nous n’acceptons pas la nouveauté du discours qui sort de sa bouche, parce que nous l’avons enfermé dans un carcan. Son histoire pour nous détermine son avenir. Alors qu’avec Dieu toute histoire n’est qu’un point de départ vers une réécriture nouvelle. Le prophète est certes fils d’un lieu et d’une époque, mais à la différence des autres, il se met à l’écoute de Dieu de telle sorte qu’il n’a plus le même regard sur les mêmes évènements. Sa perception du monde devient tout autre.

Il suffit à ce niveau de nous laisser éclairer par l’exemple du prophète Élie, après avoir faire l’expérience de Dieu sur le Mont Carmel, il fut invité par Dieu non pas à continuer de fuir les évènements qu’il craignait, mais à retourner au cœur de ces évènements. Les réalités historiques qu’il fuyait n’ont pas changé, mais renouvelée dans sa relation à Dieu, sa perception de l’histoire devient également nouvelle.
Cela ne signifie pas qu’il devient immunisé contre le péché et contre les faiblesses, ou qu’il ne sera plus confronté à des contradictions. Bien au contraire, il fera toujours l’expérience de sa faiblesse, il lui arrivera comme le prophète Jérémie de se plaindre à Dieu, ce qui est tout à fait normal. Mais la force du prophète réside dans le fait qu’après avoir faire l’expérience de sa faiblesse, il retourne en prière comme saint Paul, et là il entend la voix du Seigneur murmurer en ses oreilles, « Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse ».

Même après cet échec d’accueil de la part de ses compatriotes, Jésus ne se laisse pas abattre, « il repart ». Ainsi nous invitent les deux autres lectures qui nous parlent, dirions-nous, de « la spiritualité de l’échec ». Nous sommes donc invités à ne pas céder au découragement devant l’effort de notre conversion qui n’avance pas, devant le refus de nos enfants qui ne nous écoutent pas et nous prennent comme des « gens dépassés, non-adaptés pour leur temps », devant les collègues qui ne partagent pas notre façon de voir les choses et notre manière d’agir,….

Sommes-nous déterminés à ne pas nous laisser abattre par nos échecs?


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