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Seigneur, enseigne-nous à bien prier, et à vivre en fils et filles du même Père.

Cheminement et identité du chrétien, disciple du Christ

A. Lambert-PredicationComme des pièces qu’un tailleur de mode rassemble pour faire une œuvre d’art, un vêtement vraiment à la mode, les disposant patiemment, chacune dans sa place et cela dans une combinaison bien étudiée et séquentielle, c’est de la même manière que durant ces quatre dernières semaines, pas à pas, nous voyons Jésus, par la plume de Luc, nous décrire l’identité du disciple. Le disciple se met à la suite de Jésus, selon les exigences énoncées par Jésus même ; le disciple accomplit des œuvres de miséricorde ; il écoute la parole du  Maitre pour ne pas perdre le centre de sa vie, et aujourd’hui, le disciple est celui qui prie.

La prière chrétienne n’est pas un rite expiatoire ou propitiatoire. Il n’existe pas de geste ou séquence de mots et phrases qui peuvent nous donner une garantie d’être exaucés, un mode précis qui fait que Dieu nous écoute plus et accomplit nos désirs. Ce que le chrétien est appelé à vivre, c’est d’instaurer (suite…)

Saint Joseph ouvre nos yeux sur les signes de la présence du Sauveur et de son action dans nos vies.

Saint Joseph

La liturgie de ce jour couvre Saint Joseph, fils de David, de la gloire d’Abraham, notre père dans la foi. Que nous sommes loin des images désuètes d’un vieillard méditatif penché sur un enfant devant lequel le brave homme semble se demander en quoi cet événement le concerne !
 C’est d’un prince de sang royal dont il est question ; prince d’un peuple élu, mis à part dès la fondation du monde, pour accueillir en son sein le Sauveur, celui qui doit réconcilier les hommes avec Dieu au-delà de la fracture du péché.

Lorsque le Très-Haut appelle Abraham et l’invite à quitter « son pays, sa parenté, la maison de son père », pour se mettre en route vers « le pays qu’il lui indiquera » (Gn 12, 1) comme nous l’avons médité dimanche passé, Dieu voit déjà l’avènement de son Fils, l’incarnation de son Verbe dans le sein de la Vierge confiée à la vigilance de Saint Joseph. Oui dès les origines, et à chaque étape de la réalisation concrète du dessein de salut, le nom de Joseph est implicitement présent, car il est inséparable de l’avènement du Sauveur. Bien plus : Dieu n’a établi la royauté temporelle de David et ne s’est engagé par serment envers lui, qu’en vue de la venue de ce Roi éternel qui devait naître de sa descendance. 
Joseph est donc bien plus grand que David, qui ne vit pas de ses yeux le Fils de la promesse. Joseph est le dernier Roi de la lignée davidique, qui va permettre, par son renoncement et son obéissance, l’avènement de celui dont Dieu avait annoncé : « Je serai pour lui un père, il sera pour moi un fils ». En Joseph, la royauté terrestre s’efface devant le Roi de gloire dont elle avait pour mission de préparer la venue ; la généalogie charnelle est prise en relais par un engendrement céleste ; bien avant la venue des mages, Joseph, roi d’Israël, dépose sa couronne au pied du Roi des rois, dont l’astre ne déclinera pas. 
Mais tout cela bien sûr, le grand Patriarche le vit dans la foi, et c’est cette foi qui lui fut « comptée comme justice » (Gn 15, 6). C’est ainsi, par la foi, qu’il est devenu le premier héritier. « C’est un don gratuit, commente saint Paul ; et la promesse demeure valable pour tous ceux qui sont ses descendants parce qu’ils partagent la foi de Joseph, notre père à tous ». Si en effet l’apôtre peut nommer Abraham « notre père dans la foi », à bien plus forte raison pouvons-nous attribuer ce titre à Joseph pour qui s’accomplit la promesse faite au premier Patriarche.

Souvent, comme saint Joseph, nous sommes confrontés à des situations compliquées où les solutions ne sont pas évidentes. Il y a toujours un voile de mystère qui gêne notre vision. Que faire ? Que se passera-t-il si je prends telle ou telle décision ? Nous sentons le poids de nos limites. Joseph aimait Marie profondément, mais d’autre part il savait qu’il devait à Dieu la première place dans sa vie. Si Marie était enceinte par une infidélité, il ne pouvait pas la recevoir comme son épouse. La loi de Moise prescrivait même la lapidation de la femme dans un tel cas. Joseph ne laisse pas entrer la colère ou la haine dans son cœur et il choisit de répudier Marie en secret. Humainement c’était la solution la plus juste et raisonnable, sauf qu’il n’avait pas encore réussi à percer le voile du mystère, le mystère de l’Enfant conçu par l’Esprit Saint. Seul Dieu peut retirer le voile pour nous aider à découvrir et accepter son plan pour nous.

Combien de fois aurions-nous aimé avoir la visite d’un ange, pour nous dévoiler la volonté de Dieu dans notre vie. Nous avons peut-être tendance à penser que Joseph l’avait quand même facile ! Mais rappelons-nous que la visite a eu lieu durant un songe. Joseph aurait pu l’interpréter comme un rêve quelconque. Ce que l’ange lui demandait n’était pas non plus facile. Sûrement, les mauvaises langues susurraient par rapport à l’état dans lequel se trouvait Marie. Joseph, devenu profondément croyant dans l’annonce de l’ange, se sentait-il à la hauteur du défi d’être le père et le gardien du Messie ? Il ne savait pas ce qui l’attendait non plus. Pensons, entre autres, au voyage imprévu à Bethléem pour le recensement. Il y aura aussi la fuite en Egypte et la précarité qu’implique une émigration. Joseph a choisi de mettre sa foi et sa confiance dans le Seigneur, coûte que coûte. Il mérite bien d’être comparé à Abraham, notre père dans la foi, dont, comme le dit bien saint Paul, « En raison de sa foi, Dieu estima qu’il était juste ».

Oui, Saint Joseph « est notre père devant Dieu en qui il a cru ». 
Notre père dans la foi, Joseph nous aide à garder vivante la mémoire de la promesse et de son accomplissement en son Fils Jésus Christ ; notre père dans l’espérance, Joseph ouvre nos yeux sur les signes de la présence du Sauveur et de son action dans nos vies, afin que nous « espérions contre toute espérance ». 
« Les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance » (Rm 11, 29) : le Seigneur « l’a juré à Joseph son serviteur : sans fin je te garderai mon amour » (Ps 88[89]). La mission qui lui fut confiée subsiste à jamais. A Joseph est revenue la tâche d’éveiller la conscience humaine du Fils de Dieu. Mais loin de s’asservir ce psychisme encore fragile et vulnérable en exerçant sur lui un pouvoir paternel écrasant, il l’a tourné sans plus attendre vers celui « dont procède toute paternité, au ciel et sur la terre », il s’est effacé devant le véritable Père de cet enfant qui lui était confié, si bien que celui-ci, le plus naturellement du monde, a invoqué le Père des cieux par le même vocable dont il appelait son père de la terre. 

Non ! La parole de l’adolescent : « C’est chez mon Père que je dois être » n’est pas humiliante pour Joseph ; elle n’est pas de la part de Jésus un rejet arrogant d’une paternité humaine dont il n’aurait que faire ; cette Parole est tout au contraire le plus bel éloge que Notre-Seigneur ait fait à Saint Joseph. Elle est le sceau qui confirme le parfait accomplissement de son ministère et la révélation de ce que devrait être toute paternité charnelle : un passage, une mise en route, un accompagnement vers la découverte d’une autre paternité, spirituelle, transcendante, divine, source et fin de toute notre existence et sens de notre vie.
Nul doute que Saint Joseph continue à exercer ce ministère en faveur de ceux qui le lui demandent. Pour en bénéficier, il suffit de « descendre avec lui pour rentrer avec Jésus et Marie à Nazareth, et lui être soumis ».

Seigneur Jésus, conduis-moi sur le chemin de ta volonté dans ma vie. Aide-moi à percer le voile de mes calculs humains, pour voir plus clairement ce que tu veux de moi. Comme Joseph, je veux te faire confiance. Je veux te servir. Je veux te donner la première place dans ma vie. Aide-moi à comprendre la valeur de ma foi pour l’Église, pour mon prochain, pour la continuité de ton plan de salut, et à persévérer dans ma foi jusqu’à la fin de mes jours. Je prie pour tous ceux qui ne t’ont pas encore rencontré. Je prie pour ceux qui passent par des moments de crise dans leur vie de foi. Je prie pour ceux qui ont abandonné leur foi. Seigneur, viens les transformer en pierres vivantes de ton Église.

Relevez-vous. N’ayez pas peur. Confiants en Jésus. Allez de l’avant.

Le temps du Carême

Le temps du Carême

Chers amis
Nous sommes arrivés au 2ème dimanche dans notre parcours vers Pâques. Le dimanche passé, nous avons médité sur les tentations de la vie du disciple, tentations qui se présentent comme épreuve de la foi, de l’espérance et de l’amour. Nous n’avons pas à perdre cœur. Pour cela, Jésus veut confirmer ses disciples, en leur partageant comme un avant-goût de ce qui se trouve à la fin du parcours. Ils sont confirmés, c’est vrai, mais la fatigue du chemin, la soif, le doute pourrait encore alourdir leur conscience. Le troisième dimanche servira à répondre à cela : Dieu nous désaltère et assouvit notre « soif » comme le cas de la Samaritaine. Il faut marcher, fixer notre regard sur Jésus, évidemment si nous y voyons clair. Il est, par chance, celui qui nous libère de notre aveuglement du cœur pour que nous puissions le suivre (4ème dimanche) pour comprendre le miracle de la résurrection de Lazare (5ème dimanche), signe et gage de notre résurrection. On pourra alors célébrer la semaine sainte avec fruit, et entrer avec Jésus à Jérusalem en chantant « Hosanna ». On ne va pas donc vers le vide. La première lecture de ce dimanche nous met déjà devant un cheminement, quand bien même nous n’en connaissons pas bien l’issu. Il faut se lever, sinon se réveiller, et partir, confiants en Dieu qui ne déçoit jamais.

Nombreux sont nos contemporains qui partagent le sort d’Abraham, appelé par Dieu à quitter son pays. Cet exode, souvent forcé peut-il être, comme pour le père des croyants, le point de départ d’une nouvelle histoire, voire une bénédiction ? Oui, à condition que les expatriés ne perdent pas leurs repères essentiels. Aux premiers disciples de Jésus, l’épisode de la Transfiguration apparut comme le repère par excellence d’une merveilleuse aventure : la découverte progressive du mystère divin habitant cet homme, Jésus, leur compagnon de maître. Les disciples se seraient volontiers installés au sommet de la montagne. Mais il leur fallut partir, comme Abraham, en s’en remettant à la parole entendue.

Faisons un rapide tour d’horizon. L’évangile d’aujourd’hui est excessif. Voici Jésus, notre Jésus de tous les jours, ruisselant de lumière. Voici Pierre, impulsif et spontané, prétendant monter une tente pour des prophètes morts plusieurs siècles auparavant. Voici ces prophètes des temps jadis devisant paisiblement avec Jésus qui se conduit comme si ces personnages faisaient partie de son quotidien. Voici enfin une nuée et une voix venant du ciel qui parle comme au jour du baptême de Jésus. Nous sommes donc à un commencement.

La transfiguration dévoile le corps invisible du ressuscité. Jésus est le nouveau Josué, le successeur de Moïse qu’annonce le Deutéronome. En rendant visible sa gloire pour quelques moments au sommet de la montagne, Jésus nous ouvre au monde invisible, mais réel, où nous vivons tous. Montrer que Moïse et Elie y habitent, confirme la promesse qui reposait sur eux et se réalise en Jésus. En confirmant l’annonce faite dans le Premier Testament, Jésus annonce la réalisation de la Nouvelle Alliance.

En ce jour où la liturgie convoque Abraham, saint Pierre et saint Paul, Moïse et Elie, en ce jour où Jésus nous donne de saisir dans son unité l’ensemble de l’histoire sainte, ne sommes-nous pas invités à nous remémorer les figures de notre passé, les moments de notre histoire sainte qui se conjuguent désormais et pour toujours au présent, comme Jésus devisant avec Moïse et Elie. Lus à la lumière de cet évangile, avec leur grandeur, mais sans éluder leurs limites ni leurs déficiences, ils nous conduisent à l’accomplissement de la promesse que Dieu nous fait personnellement en Jésus.

Certes nous leur trouverons bien des limites et des tiédeurs, elles n’ont pas l’éclat de l’expérience faite par Pierre Jacques et Jean. Mais sans ces limites, le bonheur auquel Dieu nous appelle ne serait qu’une fuite, comme celle de Pierre qui veut rester sur la montagne et toujours jouir de la présence sensible de Dieu. Si nous acceptons cette promesse, avec la confiance d’Abraham qui accepta de se mettre en route, pour son bien, ces déficiences deviendront le lieu de la révélation de Dieu. En nous le Christ prendra corps, et son visage sera celui de la compassion.

Certes, nous avons à vaincre les peurs qui nous rendent sourds à la voix du Père, dont Jésus vient de nous montrer qu’elle ne cesse de résonner. Pour monter courageusement vers notre Croix alors que la nuée se dissipe déjà et que les saints qui nous accompagnent redeviennent invisibles, il ne nous reste que Jésus, seul. Jésus qui nous parle et qui nous touche. Jésus qui nous encourage : « « Relevez-vous », ressuscitez, accueillez la gloire que le Père vous réserve, accueillez la Vie qu’il vous donne en partage ». Nous avons ainsi nos Thabor, nos rencontres intenses et toujours vivantes avec Dieu, moments de grâce sur lesquels nous appuyer pour poursuivre notre marche vers Pâque. Le carême est une route austère, mais elle une route joyeuse car Jésus marche à nos côtés. Sachons en rendre grâce, pour nous relever, et marcher, libres et confiants, dans les pas de Notre Seigneur.

« Seigneur notre Dieu, tu as fait resplendir ta gloire sur le visage transfiguré de Jésus, ton Fils. Apprends-nous à reconnaître ta présence parmi nous, tantôt éclatante comme le Soleil, tantôt cachée au cœur de ta création. Ouvre nos oreilles et nos esprits à la parole que tu adressas jadis à Abraham et que tu fis retentir sur la montagne sainte. Fais que les évènements,  de notre temps, souvent tragiques,  n’ébranlent pas notre  foi en Toi afin que nous soyons ta lumière dans le monde. Ainsi soit-il. »

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