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Le Christ est l’image et la révélation du visage du Père. Ecoutons-le.

04.htm4En ce deuxième dimanche du Carême, nous continuons notre cheminement de la foi. Dimanche passé, nous avons médité l’évangile que beaucoup appelle  » évangile des tentations » mais j’ai préféré l’appeler « évangile de la profession de la foi ». En effet, le Carême est un cheminement de et dans la foi. Aujourd’hui, le Seigneur nous introduit dans une dimension de notre cheminement. Il nous appelle à devenir nous-mêmes, à ne pas craindre tout ce qui pourrait nous perturber. Dimanche passé, nos tentations de la foi, aujourd’hui, d’autres problèmes vitaux qui sont nos croix: la descendance, nos projets qui nous font peur (Jésus va affronter les moments de sa passion), les contrariétés de notre entourage ( en Saint Marc, cette scène vient après des moments de disputes et Pierre aimerait rester dans cette gloire, oubliant les 9 autres qui sont restés dans la vallée -des controverses-).

Aujourd’hui, le Seigneur nous demande de ne pas craindre, et de relever la tête. Ce qu’il y a à craindre de manque pas, mais en ce dimanche, (suite…)

Dans la nuit et les tourments de notre foi, crions vers Jésus : ‘‘Seigneur, sauve-nous.’’

Les trois lectures de ce 19ème dimanche nous parlent de trois hommes en prise au doute, à la peur, à la tristesse et qui vont être amenés par le Seigneur à surmonter ces états d’âme à travers une purification de leur foi.

La foi est une vie de croissance. La première lecture nous situe à un moment clef de la geste d’Elie. Le coup d’éclat du Mont Carmel a plutôt un goût amer. Après que le roi Achab a relaté à Jézabel comment Elie a passé au fil de l’épée tous les prophètes de Baal, celle-ci se promet de les venger.

Elie à l'Horeb

Elie à l’Horeb

Elie a peur et entame un exode qui à travers le désert le va le conduire jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Elie en vient même à douter de l’efficacité de sa mission de prophète : «C’en est assez maintenant, Seigneur ; prends ma vie car je ne suis pas meilleur que mes pères… » (1 R 19, 4). Tout cela, malgré les signes qu’il a accomplis par la main du Seigneur, devant tous les faux prophètes de Baal. Notre bon/beau pas ne nous exempte pas de glisser après. Il faut toujours être vigilant. Arrivé finalement à l’Horeb, il se réfugie dans la caverne de ses peurs face à l’ouragan, au tremblement de terre et au feu qui successivement se manifestent devant lui.
Au départ, Elie était parti « pour sauver sa vie ». Sa vie sera sauvée mais par Dieu qui se révèlera à lui dans « le murmure d’une brise légère. Il est dit que « dès qu’il l’entendit, Elie se voila le visage avec son manteau » comme autrefois Moïse au même mont Horeb.
Contrairement à ce qui se passa au mont Carmel, Dieu n’est pas dans le feu. Ce n’est pas une manifestation toute-puissante du Seigneur, que l’on pourrait presque croire obtenue par le prophète lui-même, par le miracle du feu de Dieu qui descend sur les offrandes, qui est à la base de l’adhésion de foi. Non, il s’agit d’une manifestation simple et discrète d’un Dieu qui vient rejoindre un homme démuni, pauvre et fragile bien loin de celui qui paraissait aussi sûr de lui sur le Mont Carmel. Elie découvre que la puissance de Dieu n’est pas celle qu’il croyait. Dieu ne lui apparaît plus à travers les coups de tonnerres et les éclairs comme il le fit avec Moïse. «Ubu ntúkidutēra ubwôba nkó ku musózi wa Sínǎyi, hamwé imirávyo n’ínkúba vyǎsirana… », dit un chant de communion en Kirundi. Le prophète Elie, parce qu’il a reconnu sa fragilité, parce qu’il a fait l’expérience de son besoin d’être sauvé, il est maintenant fort dans la foi et il peut reprendre sa mission au service du Seigneur.

La deuxième lecture, quant à elle, propose à notre méditation ce passage de la lettre aux Romains où saint Paul s’interroge douloureusement sur la destinée de ses frères juifs qui contrairement à lui ne se sont pas convertis.
Sur la route de Damas, lui, il a compris que croire au Christ n’était pas un reniement de sa foi juive, bien au contraire, puisque Jésus accomplissait en sa personne toutes les promesses contenues dans les Ecritures. Mais il est bien obligé de constater que la majorité de ses frères juifs ne l’ont pas suivi sur ce chemin et que beaucoup même sont devenus ses pires persécuteurs.
Comment Dieu pourrait-il laisser ses enfants dans un tel égarement ? Aurait-il oublié son Alliance avec eux ? Aurait-il oublié cette merveilleuse promesse qu’il adressait à son peuple par la bouche du prophète Isaïe : « Une femme oublierait-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15) ?

Saint Paul s’interroge, doute peut-être. Lui aussi d’une certaine manière éprouve la fragilité de sa foi. Lui non plus, il ne trouvera pas son assurance dans ses propres sécurités, mais dans la fidélité même de Dieu à son Alliance. Ses doutes ne se verront levés que par un acte de foi reposant uniquement sur la promesse de salut total faite par Dieu à tout Israël. C’est ce qu’il exprime un peu plus loin dans sa lettre : « Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse : une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : ‘De Sion viendra le libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob. Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés’ » (Rm 11, 25-27).

"Seigneur, sauve-moi !"

« Seigneur, sauve-moi ! »

Enfin, l’évangile nous présente les apôtres et tout particulièrement saint Pierre paralysés par leurs peurs devant la tempête qui les a surpris au cœur de la nuit et devant ce qu’il croit être un fantôme qui s’avance vers eux. Comme par un metteur en scène le ferait voir, deux situations nous sont présentées en contraste : la quiétude de la montagne de la prière de Jésus, et la barque tourmentée par les vents contraires. Tenez que cela ne dure pas un instant ! Jésus rejoint la barque vers la fin de la nuit ! Pour combien de temps puis-je tenir et toujours espérer en l’intervention du Seigneur ? Voici que résonne ces paroles de Jésus : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » : Invitation à la foi qui se fonde sur la sécurité des propres paroles du Seigneur : « C’est moi », par lesquelles Jésus ne déclare pas seulement son identité pour se faire reconnaître mais renvoie au mystère divin de sa personne en faisant directement référence aux paroles à travers lesquelles Dieu s’était révélé à Moïse dans le buisson ardent (Cf. Ex 3, 14).
Mais pour que cette foi le conduise à une rencontre authentique avec le Seigneur, Pierre devra faire l’expérience que Jésus le sauve : « Seigneur sauve-moi ». Alors seulement sa foi se voit purifiée de toute prétention à rejoindre Dieu par ses propres moyens.

Ces trois personnages d’Elie, de Paul et de Pierre, nous enseignent à travers les trois lectures de ce dimanche que pour être forte et nous libérer de tous les doutes qui parfois peuvent nous assaillir, notre foi doit reposer sur Dieu seul en naissant de ce cri du cœur : « Seigneur sauve-moi ». Notre foi ne peut nous conduire à une rencontre en vérité avec le Seigneur que lorsque nous avons fait l’expérience de notre propre fragilité à vouloir faire sa volonté, que lorsque nous nous sommes purifiés de toutes prétentions à pouvoir nous avancer vers lui en comptant sur nous-mêmes.
Les tempêtes susceptibles de mettre en péril notre foi et donc notre relation au Seigneur ne manquent pas dans une vie. La victoire que nous accorde le Seigneur n’est pas dans le fait de marcher sur les eaux des tentations qui nous assaillent mais dans le fait de regarder vers lui, d’aller vers lui. Pierre demande à Jésus non pas de marcher sur la mer mais d’aller vers lui. Ce qu’il désire plus que tout c’est Jésus. Et précisément, il commence à couler lorsqu’il se met à prêter plus d’attention au vent qu’à la personne du Seigneur.
Notre vie est un véritable chemin de foi qui s’approfondit au fur et à mesure que nous dépouillons de nous-mêmes, un exode où comme pour Elie, le Seigneur nous fait quitter nos fausses sécurités pour nous attacher à lui seul. Fixe ton regard seulement sur Jésus. Marcher sur les eaux, quitter mon confort et ma zone de sécurité est difficile. Ce n’est pas naturel de marcher sur les eaux ! La tentation est grande de se concentrer sur les difficultés, sur le vent, les vagues, sur le fait qu’on ne contrôle rien. Fixe ton cœur et ta volonté sur le Christ. Fie-toi sur sa force et sa puissance salvatrice. Il ne t’abandonnera pas. Il t’appelle à une certaine mission, à une certaine façon d’être, à un niveau plus élevé de foi, il te donnera les grâces nécessaires.’

Fixe donc ton regard seulement sur Jésus. Marcher sur les eaux, quitter mon confort et ma zone de sécurité est difficile. Ce n’est pas naturel de marcher sur les eaux ! La tentation est grande de se concentrer sur les difficultés, sur le vent, les vagues, sur le fait qu’on ne contrôle rien. Fixe ton cœur et ta volonté sur le Christ. Fie-toi sur sa force et sa puissance salvatrice. Il ne t’abandonnera pas. Il t’appelle à une certaine mission, à une certaine façon d’être, à un niveau plus élevé de foi, il te donnera les grâces nécessaires.’ Etre fragile n’est pas un obstacle sur cet itinéraire de conversion mais refuser de se reconnaître tel et de demander l’aide de Dieu pourrait bien en être un.

« Seigneur, chaque fois que je me trouverai dans la tempête, dans les moments de doute, de souffrance, de solitude, de lassitude dans ma foi, donne-moi de réentendre ta voix qui me dit : ‘‘Confiance, c’est moi, n’aie pas peur. Moi aussi, j’ai éprouvé la solitude et l’angoisse dans ma passion. Mais maintenant, vivant et ressuscité, je demeure à tes côtés. Unis ta souffrance à la mienne, tes peurs aux miennes. Tu expérimenteras alors la joie de la résurrection et de la vie nouvelle’’ »

 

Relevez-vous. N’ayez pas peur. Confiants en Jésus. Allez de l’avant.

Le temps du Carême

Le temps du Carême

Chers amis
Nous sommes arrivés au 2ème dimanche dans notre parcours vers Pâques. Le dimanche passé, nous avons médité sur les tentations de la vie du disciple, tentations qui se présentent comme épreuve de la foi, de l’espérance et de l’amour. Nous n’avons pas à perdre cœur. Pour cela, Jésus veut confirmer ses disciples, en leur partageant comme un avant-goût de ce qui se trouve à la fin du parcours. Ils sont confirmés, c’est vrai, mais la fatigue du chemin, la soif, le doute pourrait encore alourdir leur conscience. Le troisième dimanche servira à répondre à cela : Dieu nous désaltère et assouvit notre « soif » comme le cas de la Samaritaine. Il faut marcher, fixer notre regard sur Jésus, évidemment si nous y voyons clair. Il est, par chance, celui qui nous libère de notre aveuglement du cœur pour que nous puissions le suivre (4ème dimanche) pour comprendre le miracle de la résurrection de Lazare (5ème dimanche), signe et gage de notre résurrection. On pourra alors célébrer la semaine sainte avec fruit, et entrer avec Jésus à Jérusalem en chantant « Hosanna ». On ne va pas donc vers le vide. La première lecture de ce dimanche nous met déjà devant un cheminement, quand bien même nous n’en connaissons pas bien l’issu. Il faut se lever, sinon se réveiller, et partir, confiants en Dieu qui ne déçoit jamais.

Nombreux sont nos contemporains qui partagent le sort d’Abraham, appelé par Dieu à quitter son pays. Cet exode, souvent forcé peut-il être, comme pour le père des croyants, le point de départ d’une nouvelle histoire, voire une bénédiction ? Oui, à condition que les expatriés ne perdent pas leurs repères essentiels. Aux premiers disciples de Jésus, l’épisode de la Transfiguration apparut comme le repère par excellence d’une merveilleuse aventure : la découverte progressive du mystère divin habitant cet homme, Jésus, leur compagnon de maître. Les disciples se seraient volontiers installés au sommet de la montagne. Mais il leur fallut partir, comme Abraham, en s’en remettant à la parole entendue.

Faisons un rapide tour d’horizon. L’évangile d’aujourd’hui est excessif. Voici Jésus, notre Jésus de tous les jours, ruisselant de lumière. Voici Pierre, impulsif et spontané, prétendant monter une tente pour des prophètes morts plusieurs siècles auparavant. Voici ces prophètes des temps jadis devisant paisiblement avec Jésus qui se conduit comme si ces personnages faisaient partie de son quotidien. Voici enfin une nuée et une voix venant du ciel qui parle comme au jour du baptême de Jésus. Nous sommes donc à un commencement.

La transfiguration dévoile le corps invisible du ressuscité. Jésus est le nouveau Josué, le successeur de Moïse qu’annonce le Deutéronome. En rendant visible sa gloire pour quelques moments au sommet de la montagne, Jésus nous ouvre au monde invisible, mais réel, où nous vivons tous. Montrer que Moïse et Elie y habitent, confirme la promesse qui reposait sur eux et se réalise en Jésus. En confirmant l’annonce faite dans le Premier Testament, Jésus annonce la réalisation de la Nouvelle Alliance.

En ce jour où la liturgie convoque Abraham, saint Pierre et saint Paul, Moïse et Elie, en ce jour où Jésus nous donne de saisir dans son unité l’ensemble de l’histoire sainte, ne sommes-nous pas invités à nous remémorer les figures de notre passé, les moments de notre histoire sainte qui se conjuguent désormais et pour toujours au présent, comme Jésus devisant avec Moïse et Elie. Lus à la lumière de cet évangile, avec leur grandeur, mais sans éluder leurs limites ni leurs déficiences, ils nous conduisent à l’accomplissement de la promesse que Dieu nous fait personnellement en Jésus.

Certes nous leur trouverons bien des limites et des tiédeurs, elles n’ont pas l’éclat de l’expérience faite par Pierre Jacques et Jean. Mais sans ces limites, le bonheur auquel Dieu nous appelle ne serait qu’une fuite, comme celle de Pierre qui veut rester sur la montagne et toujours jouir de la présence sensible de Dieu. Si nous acceptons cette promesse, avec la confiance d’Abraham qui accepta de se mettre en route, pour son bien, ces déficiences deviendront le lieu de la révélation de Dieu. En nous le Christ prendra corps, et son visage sera celui de la compassion.

Certes, nous avons à vaincre les peurs qui nous rendent sourds à la voix du Père, dont Jésus vient de nous montrer qu’elle ne cesse de résonner. Pour monter courageusement vers notre Croix alors que la nuée se dissipe déjà et que les saints qui nous accompagnent redeviennent invisibles, il ne nous reste que Jésus, seul. Jésus qui nous parle et qui nous touche. Jésus qui nous encourage : « « Relevez-vous », ressuscitez, accueillez la gloire que le Père vous réserve, accueillez la Vie qu’il vous donne en partage ». Nous avons ainsi nos Thabor, nos rencontres intenses et toujours vivantes avec Dieu, moments de grâce sur lesquels nous appuyer pour poursuivre notre marche vers Pâque. Le carême est une route austère, mais elle une route joyeuse car Jésus marche à nos côtés. Sachons en rendre grâce, pour nous relever, et marcher, libres et confiants, dans les pas de Notre Seigneur.

« Seigneur notre Dieu, tu as fait resplendir ta gloire sur le visage transfiguré de Jésus, ton Fils. Apprends-nous à reconnaître ta présence parmi nous, tantôt éclatante comme le Soleil, tantôt cachée au cœur de ta création. Ouvre nos oreilles et nos esprits à la parole que tu adressas jadis à Abraham et que tu fis retentir sur la montagne sainte. Fais que les évènements,  de notre temps, souvent tragiques,  n’ébranlent pas notre  foi en Toi afin que nous soyons ta lumière dans le monde. Ainsi soit-il. »

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