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« Nous sommes ce que nous mangeons.» Nous devenons ce que nous recevons dans l’eucharistie.

Nous continuons le voyage que nous avons commencé dans la méditation du chapitre 6 de saint Jean. Pour rappel du cheminement, après la multiplication des pains (6,1-15) et le début de la catéchèse sur le pain de la vie (6, 24-35), Jésus parle de lui comme «le pain vivant descendu du ciel» et invite ceux qui l’écoutent à manger de ce pain – c’est-à-dire, de croire en lui (vv 41-51). Jésus promet que ceux qui font ainsi auront la vie éternelle. Jésus se compare à la manne descendue du ciel pour soutenir le peuple d’Israël au désert. Cette image forte éveille certainement la mémoire du peuple d’Israël.

Nous en sommes à la quatrième étape où Jésus dit : «le pain que je donnerai c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.» Alors ceux qui l’entendaient se sont demandés : «Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?» Ont-ils répondu ainsi pour donner une chance à Jésus de s’expliquer ? Sûrement, se sont-ils dits, Jésus voulait dire autre chose. Après tout, manger la chair de quelqu’un apparaît dans la Bible comme métaphore pour de grandes hostilités (Ps 27, 2; Za 11, 9). Boire du sang était perçu comme une abomination interdite par la loi de Dieu (Gn 9, 4; Lv 3,17; Dt 12:23). Aucun juif qui observe la loi ne songerait à manger de la chair d’une personne. On peut alors se demander : «Pourquoi Jésus ne pouvait pas continuer d’utiliser des termes agréables tels que ‘demeurer’, ‘habiter’, ‘révéler’… Prônait-il le cannibalisme avec des images et un langage aussi frappants?

La Bible évoque souvent des festins auxquels Dieu invite les hommes. Dans la première lecture de ce dimanche, la Sagesse personnifiée met tous ses soins, non seulement pour préparer le repas, mais aussi pour construire et décorer la maison qui d’accueil des convives. Son invitation s’adresse cependant à ceux qui manquent d’intelligence : « quittez votre folie et vous vivrez ». Destinés à donner la sagesse aux hommes sans intelligence, ces aliments évoquent (suite…)

Le ciel: communion d’amour avec Dieu et avec les autres. Et l’enfer?

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Abbé Lambert RIYAZIMANA

« Cet homme, c’est toi » (2 Sam 12, 7).
Chers amis, ces paroles par lesquelles le prophète Nathan accuse le roi David, pourraient fort bien m’être attribuées à moi, qui me scandalise devant l’indifférence de ce mauvais riche faisant bombance, tout en ignorant, ou mieux, ne voyant pas  le pauvre Lazare, mendiant sur le pas de sa porte. Comme David qui se scandalisait du comportement de ce riche propriétaire égorgeant l’agnelle du pauvre pour épargner son cheptel, alors que lui-même venait de prendre la femme du général Uri le Hittite, ainsi moi aussi je me fais l’accusateur des riches de ce monde, en refusant de voir que j’en fais partie. « Esprit faux ! Enlève d’abord la poutre de ton œil, alors tu verras clair pour retirer la paille qui est dans l’œil de ton frère » (Lc 6, 42). Ne faisons-nous pas partie de « ceux qui vivent bien tranquilles et se croient en sécurité » (1ère lect.) alors que tant de nos frères sont aux aboies, tourmentés par la faim, la maladie, le dénuement, les mésententes et crises familiales, les feux dans nos communautés… Nous sommes tellement habitués au spectacle de la misère du monde, que nous finissons par la regarder de loin, de très loin ; en tout cas d’assez loin pour ne pas en être dérangés.

Jésus nous a enseigné – et nous a surtout montré – le comportement de Dieu à notre égard : c’est par compassion pour notre misère que le Verbe a pris chair de notre chair ; « lui qui était riche, il est devenu pauvre à cause de nous, pour que nous devenions riches par sa pauvreté » (2 Co 8, 9). Aussi notre vraie richesse est-elle de consentir à nous appauvrir pour nos frères, de leur laisser un peu de notre temps, comme lui, le Christ, l’a fait pour nous. 
Certes, nous avons aussi à veiller avec prudence sur l’avenir de notre famille, de notre prochain le plus proche ; mais « il ne s’agit pas de nous mettre dans la gêne en soulageant les autres, nous rassure saint Paul. Il s’agit d’égalité, ce que nous avons en trop compensera ce que d’autres ont en moins. Quand on y met tout son cœur on est accepté pour ce que l’on a, peu importe ce que l’on a pas » (2 Co 8, 12-14).
Dimanche passé Notre-Seigneur nous donnait ce conseil : « Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur afin que le jour où il ne sera plus là ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles » (Lc 16, 9). La parabole de ce jour, qui n’est distante que de quelques versets de la péricope de la semaine passée, pourrait bien être une mise en application de ce précepte : si le riche avait vécu la dimension de partage qui s’imposait au nom de la simple humanité du pauvre Lazare, ce dernier l’aurait accueilli dans le sein d’Abraham. Son indifférence – ou plutôt son égoïsme – entraine le riche vers le bas, et cette inertie perdure au-delà de la mort : « on l’enterra » ; alors que rien ne s’oppose à l’élévation de Lazare emporté par les anges dans les hauteurs célestes. 
Il ne s’agit pas de faire l’apologie de la misère, ni de diaboliser la richesse, mais de mettre notre condition de vie quelle qu’elle soit dans la perspective de notre destinée éternelle, à savoir la participation à la vie même du Dieu d’amour. Cet amour est RELATION. Dans la parabole, nous avons deux mondes qui ne se communiquent pas entre eux, qui sont séparés par un PORTAIL. L’enfer commence ainsi : loin les uns des autres, loin de Dieu. Et cet isolement continue même au-delà. Nous pouvons relire la méditation sur le crise des relations : le fils cadet vit un enfer parce que loin de son père, loin d’une famille, d’une communauté : personne ne lui prêtait la moindre attention ; le fils aîné, occupé par le travail, « sérieux! » jusqu’à ne pas vouloir entrer et danser avec les autres, souffre qu’il n’ait jamais eu des amis avec qui partager un chevreau. L’enfer, une réalité cruelle d’isolement !

Lorsque saint Jean de la Croix annonce de façon lapidaire qu’au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour, il entend dire par là que nous n’emporterons avec nous que nos actes de charité. « Amor meus, pondus meus » disait également saint Augustin : mon «poids » dans la balance du jugement divin sera mon amour, c’est-à-dire les bonnes œuvres que j’aurai accomplies avec l’aide de la grâce. C’est également ce que nous enseigne saint Paul dans la seconde lecture : si nous prétendons être des « hommes de Dieu » il nous faut « vivre dans la foi et l’amour » c’est-à-dire dans « une foi vivante par la charité » (Ga 5, 6) ; car « la foi qui n’agit pas est bel et bien morte » (Jc 2, 26). 
Notre-Seigneur n’a jamais prétendu que ce chemin était facile : dans les versets qui font la transition entre l’Évangile de dimanche passé et celui d’aujourd’hui, il nous invite tout au contraire à « employer toute notre force pour entrer dans le Royaume » (Lc 16, 16) ; c’est donc qu’il faut faire un effort pour vaincre l’inertie de notre égoïsme. Saint Paul parle même d’un combat : « Continue à bien te battre pour la foi et tu obtiendras la vie éternelle » (2ème lect.). Réveillons-nous donc de nos torpeurs. Certes nous ne pouvons pas apporter soulagement à toutes les souffrances du monde – d’ailleurs le Seigneur ne nous le demande pas. Mais nous sommes invités à chercher activement le pauvre Lazare qui est « couché à notre porte, couvert de plaies » – les plaies des maladies physiques, mais aussi des épreuves, familiales,  morales ou spirituelles. Nous avons tous reçu de quoi partager avec des frères plus démunis, qui nous permettent de faire fructifier les dons de Dieu au soleil de son amour. 


Même la foi est une immense richesse plus précieuse à ne pas consommer en solitaire, mais à offrir et à partager. Le mois d’Octobre, le mois «missionnaire», qui est sur ​​le point de commencer, nous le rappelle.
Chaque personne que je rencontre a sa propre forme de pauvreté. Qui, par exemple, est plus pauvre que celui qui n’a pas la foi? Voyez comment les gens perdent tout le sens de leur vie et se suicident ! ils ont tout perdu, ils ont même perdu le sens de leur vie: ils n’ont plus peur de rien, ils sont « capables de tout, même les actes terroristes. N’est-ce pas une interpellation à nous tous, qui sommes riches de notre vie parce qu’elle a encore un sens?

Nous l’avons récemment médité : notre enfer commencent par le crise des relations. Qui vit isolé, qui s’isole, collecte dès ici-bas du matériel pour se construire son enfer. Il érige un portail similaire à celui qui séparait Lazare et le riche. En effet, on ne nous dit pas quel a été le péché du riche. Il n’a pas dérobé Lazare de ses biens comme il en est pour tant de riches qui s’enrichissent au dos des pauvres (la première lecture du dimanche passée nous l’a rappelé !), il n’est pas non plus accusé de l’avoir payé moins du dû acceptable ; on ne dit même pas qu’il lui a nié l’aumône : simplement, il ne l’a pas vu !

Nous pourrions peut-être penser que ce n’est pas notre cas! Détrompons-nous! Chaque fois que je me ferme, même en priant, je m’exclus de l’amour du Dieu amour qui nous accueille tous et nous fait le fête. Peut-être que nous sommes trop justes pour ne pas nous mêler aux pécheurs. Rappelez-vous de la scène du fils aîné dans la parabole du Père miséricordieux. Combien de fois sommes-nus entrés à l’Eglise pour prier, et et que nous n’avons pas vu qui nous était à côté, nous “justifiant” qu’il nous faut être “concentré”. Hypocrite, une salutation (sans éclat et sans déranger!) avant de te mettre en prière, ne te rappellerait-elle pas que nous avons à parcourir le même chemin, que nous sommes tous les invités du même Maître? Te rappelles-tu au moins le visage de celui qui était à ta droite/gauche dimanche passé à la messe? Quel sens donnes-tu au geste de paix avant la communion? Nous sommes souvent préoccupés de “notre” relation avec Dieu que nous oublions les autres!

Demandons-nous alors: qui est ce riche dont le nom n’a pas été révélé? L’enjeu est tellement sérieux qu’il serait dommage d’appliquer trop vite ce récit aux autres: regarde bien ton cœur… est-il ouvert à Dieu Père de tous et aux autres, ou bien tu te crois en bons termes avec ton Dieu sans te préoccuper du salut des autres que tu ne veux même pas voir pour ne pas être tourmenté dans ta prière. La prière d’un chrétien catholique ne peut pas être seulement tranquille! Je pense qu’il faut qu’elle communie à la préoccupation de Dieu dont les viscères, les entrailles (רחמים=rahamim- il y a ceux qui ont le nom de REHEMA,in kiswahili) frémissent face à notre misère= la miséricorde! En Kirundi, on dit: «  Hora ihórere burá bwānje » (Calme-toi, fruit de mes entrailles) pour souligner la cherté de celui qui est sorti de ses entrailles)

Pour communier à cela, la Parole nous est incontournable: Moïse et le prophètes. Le chemin véritable de la foi n’est donc pas un miracle d’un Lazare qui sort des mort (celui de Béthanie n’ayant fait qu’accélérer le complot contre Jésus pour le supprimer: Jn11,45-53), c’est l’humble écoute de la Parole de Dieu et le regard attentif vers les besoins de nos frères et sœurs qui souffrent, qui sont isolés ou qui s’isolent.

Puissions-nous oser sortir de nous-mêmes, de nos isolements protectionnistes, et nous exposer aux besoins de nos frères : ce sera le plus beau témoignage que nous puissions rendre à la résurrection de Notre-Seigneur, qui par nous pourra ainsi continuer son ministère de compassion et étendre son Royaume.


« Seigneur qui donne la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes, prends pitié de nos lourdeurs, de nos indifférences, de nos égoïsmes. Accorde-nous ta grâce pour que nous découvrions qu’« il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20, 35). En nous hâtant ainsi sur le chemin de la charité nous parviendrons au bonheur du ciel par Jésus, le Christ, notre Seigneur. »

Devenir chrétien catholique?

 

Pourquoi faut-il devenir chrétien catholique?

Lettre  à ma tante.

                                                                                                   « Soyez toujours prêts à défendre l’espérance qui est en vous

Vue de la coupole de la basilique St Pierre Rome

Vue de la coupole de la basilique St Pierre (Rome)

    Dès que quelqu’un vous demande vos raisons » (1Pierre 3,15).

Chère tante,

La dernière conversation que nous avons eue entre nous m’a porté à réfléchir et revenir un peu sur les raisons qui soutiennent mon adhésion que j’affirme irréversible à la foi chrétienne, non seulement chrétienne, mais catholique. Tu te rappelles que tu me disais que tu ne vois pas encore la nécessité de devoir devenir catholique. Quant à moi qui suis né d’une famille catholique, dans un village presque peuplé des seuls catholiques, j’ai toujours vu comme normale être catholique. Les catéchèses que j’ai suivies m’ont donné des contenus, souvent à mémoriser. J’ai été toujours (ou presque) nourri du COMMENT puisque la question du POURQUOI ne se posait pas encore. Merci de m’avoir poussé à me faire aussi cette question, qui est une invitation donnée a tous par Saint Pierre, le Prince des Apôtres.

Alors, à toi chère tante qui n’es pas encore catholique, mais aussi à tout lecteur non croyant ou incertain, j’offre ces quelques lignes comme une invitation à voir combien est raisonnable croire ne Dieu de Jésus-Christ, dont l’Eglise Catholique reçoit et proclame la foi. Je suis cependant certain que aucune preuve suffise pour quiconque ne décide de s’ouvrir à la Vérité, je présume que tu veuilles bien connaître et adhérer à la vérité, si je considère les questions que tu m’a posées et qui me poussent à revenir sur le pourquoi de mon être catholique. Par ailleurs, je pense que tu as été porte-parole de notre époque qui pose tant de questions à l’Eglise Catholique qui a la « folle » ardeur d’affirmer et de dire la pleine vérité sur l’homme, sur le monde, dire la vérité de Dieu et sur Dieu. Le choc qui est créé est que cette vérité n’est pas une vérité parmi tant d’autres, comme le prétend le relativisme !

C’est pourquoi j’ai prié, comme l’écrivait saint Augustin, et je prie encore pour que ces lignes soient utile pour toi, chère tante, ou au moins ne fassent aucun dommage à toi ou à quiconque par hasard lira ces lignes, sinon le choc de sa conscience qui doit arriver à se poser les mêmes questions que tu m’as faites et ainsi, « chercher la vérité, la trouver, et après l’avoir trouvée, la poursuivre, en faire un ami à proposer aux autres ».

Enfin, avant d’exposer ces quelques raisons de la crédibilité de la foi chrétienne catholique, je désire dire, comme un bon catholique que je pense être, que seule l’Eglise possède l’autorité définitive. Un fidèle, quand bien même il serait grand théologien, ne représente que lui-même. Ces lignes présentent alors et simplement les quelques bases sur lesquelles je pose personnellement ma foi et j’ose t’inviter à y découvrir au moins une lueur afin que tu puisses, toi aussi, te décider. Me puis-je servir pour cela de ces paroles avant de ma lancer : « J’ai parlé sans comprendre de toutes ces merveilles, elles me dépassent et je n’y atteins pas ». (Job 42,3).

Motifs de crédibilité de la foi chrétienne catholique.

« A tout Seigneur, tout honneur ». Le premier motif de crédibilité est « Jésus lui-même qui est l’origine et le terme de la foi chrétienne ». En effet, c’est Jésus est origine et terme de la foi chrétienne (Hébreux 12,2). Même du point de vue strictement humain, Jésus donne un point de vue lumineux et digne de confiance. Il n’est pas un homme qui a fait l’expérience de Dieu d’une manière particulière, comme il serait le cas de Bouddha, Socrate ou les autres qui renvoient non pas à eux-mêmes, mais bien à autre chose ou à une autre « personne ». Ce n’est pas leur personne qui importe, mais uniquement le chemin qu’ils tracent ou qu’ils montrent. Pour Jésus, il s’agit de sa personne même. A travers son « moi Je Suis », on perçoit le « Je Suis » de l’Horeb. Le chemin consistera à le suivre car il est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14,6). Ce sont alors des prétentions humainement particulières. Jamais un Hébreux ainsi humble et extrêmement religieux n’avait osé s’attribuer de telles prérogatives. Accusé même devant le Sanhédrin, il ne retira pas ce qu’il avait toujours affirmé.

Cela porte au scandale d’un amour qui va jusqu’à l’extrême de l’abaissement de cette personne qui se fait petit pour les plus petits, pauvres pour les plus pauvres. Il ne le feint pas comme le font les politiciens qui crient partout qu’ils sont au service du peuple, en simulant même certains gestes, alors qu’ils n’entendent vivre cela concrètement. Jésus ne fait pas de spectacle. Sa simplicité est vraiment vécue, il vit la parole qu’il prêche. Il est difficile qu’un homme politique ou quiconque lutte pour un monde juste vienne vivre et partager la condition malheureuse qu’il décrit pour en sentir le poids et la changer de l’intérieur. Chère tante, en ceci, je ne veux pas affirmer que ce dernier ne puisse comprendre rien de la misère de ceux pour qui il lutte. Une chose est comprendre, compatir, une autre chose est vivre cette même vie que l’on combat. Qui d’autre comme Jésus vivra la misère de la vie humaine jusqu’à l’extrême de la mort, une des situations limites de la vie humaine ?

Toutes les religions du monde adorent la majesté et la grandeur de Dieu, mais seule la foi chrétienne propose d’adorer un Dieu-serviteur qui court le risque de ne pas être compris par la logique humaine de l’autorité, du service, du succès. Dieu s’est fait un vrai bébé qui appelle sa maman comme les autres enfants, un ami qui appelle « amis » ses disciples. Bien qu’il reste dans les cieux de sa majesté, Dieu s’humilie jusqu’à être comme tous. Il existe des mythes païens qui racontent que quelquefois, un dieu serait descendu in cognito dans le monde et personne ne l’a vu puisque personne ne pouvait penser à une Présence aussi humble. C’est cette humilité même de Jésus qui montre que la foi chrétienne n’est pas une construction qui réponde aux besoins et à la taille humaine.

Cela se renforce quand on pense à un autre motif de crédibilité qui est la sincérité des témoins : les Apôtres.  C’étaient de petites gens, des personnes concrètes, non instruites, des Juifs monothéistes comme les autres. Comment alors sont-ils parvenus à cette « folie » de ce « jeune homme » aux prétentions divines ? Certainement, ils ont fait expérience indéniable : « ce que nous avons entendu, et que nos yeux ont vu, et que nos mains ont touché, (…) nous vous l’annonçons pour que vous soyez en communion avec nous » 1 Jean 1, 1.3). Oui, tout est partie d’une rencontre vraie. Ainsi peuvent-ils affronter l’hostilité de leur temps, en prêchant une réalité déconcertante de l’Evangile d’un Crucifié-Ressuscité, en prêchant la victoire d’un « défaillant » ! Il faut par ailleurs, chère tante, noter que les récits des Evangiles ne cachent pas les faiblesses de cette équipe : l’incrédulité, les luttes internes de pouvoir, la lenteur en ceci ou en cela… Je pense que si les évangélistes étaient experts de la nouvelle science des « Public Relations », même à un degré minime, ils auraient pu bien sélectionner, dissimuler, rationnaliser certaines tares même graves de leur part ou même certains traits de la personnalité de Jésus, cette personne qui éprouve des émotions jusqu’à pleurer par exemple. Au contraire, ils ne sont pas gênés par cela, ils sont vrais, ils disent tout en toute simplicité.Ici s’enracine un autre motif fort : celui de la succession apostolique.Les apôtres constituent un collège institué par le Christ lui-même et qui ne se défera pas même au cours de l’histoire. Le Pape, successeur de Pierre,  en garantit l’unité. En effet, Jésus donne le pouvoir à saint Pierre à travers trois choses : le nouveau nom de Pierre (la pierre), la promesse de fonder son Eglise sur Pierre et les clés du royaume des cieux (Matthieu 16, 17-19). Quand Jésus parle des clés du royaume, il se réfère sans doute à Isaïe 22, 20-22 où Ezéchias, héritier royal du trône de David et roi d’Israël au temps d’Isaïe, remplaça son ancien premier ministre, Shebna par un nouveau nom d’Elyakim. Tout le monde reconnaissait le pouvoir de celui qui avait reçu les clefs. En confiant les clefs du royaume a Pierre, Jésus crée pour son Eglise, le poste de « Premier Ministre » pour gérer son Eglise, royaume de Dieu sur la terre. Cette charge confiée à Saint Pierre et sa primauté ont été transmises aux successeurs jusqu’à l’actuel Pape François. Cette tradition ininterrompue nous explique alors l’Ecriture qui est comme la Constitution des Etats. Les fondateurs de chaque nation, de chaque royaume ou da chaque mouvement donnent l’esprit à travers une constitution, des statuts. Mais avec seulement cela, il régnerait une anarchie : c’est alors qu’il faut des hommes (un Président, l’Assemblée Générale, etc.) pour administrer et interpréter les textes fondateurs. Chère tante, penses-tu que le Christ nous ait laissé seulement son Esprit et des textes ? Non ! Je ne pense pas ainsi, moi.

Célébration eucharistique (Place St Pierre)

Célébration eucharistique (Place St Pierre)

Dans la foi catholique, la famille se reconnaît aussi dans la participation à la célébration des sacrements, dont le centre et le sommet se trouve dans l’Eucharistie. Ici, je ne fais que reprendre le terme utilisé par les premiers chrétiens et, particulièrement,  l’Evangile de Jean et l’épître aux Hébreux nous montrent la liturgie et les sacrements comme élément central de la vie de la famille de Dieu. Entre dans une Eglise, basilique ou cabane où se célèbre ce mystère et écoute : « ceci est mon corps livré pour vous…ceci est mon sang versé… ». Jésus ne s’est pas seulement humilié pour nous en s’incarnant afin de devenir notre sacrifice parfait, il fit encore plus en nous offrant  cette même chair et son sang pour être nourriture et vie de nos âmes. Quelle autre religion possède ce don aussi grand ? Simplement, elle n’existe pas !

La récitation du Chapelet familiarise à la méditation de la vie du Christ et permet de lubrifier notre connaissance théologique. La vénération que réserve l’Eglise catholique à la Vierge Marie ne fait qu’imiter l’exemple du Christ. En effet, en tant qu’homme, nul ne doute que le Christ ait accompli parfaitement la loi de Dieu, y compris le commandement d’honorer son père et sa mère. Ce ne devrait même pas être un acte de foi, c’est plus que normale, non ? Or, le mot hébreu kabodah qui veut dire honorer signifie littéralement « glorifier ».  Par conséquent, le Christ n’a pas seulement honoré son Père du Ciel, il a aussi et parfaitement honoré sa mère sur la terre, en lui octroyant sa propre gloire divine. En imitant le Christ, nous honorons notre propre mère parce le Christ est notre frère, et nous devons le faire en honorant toute personne que lui-même honore, avec le même honneur qu’il lui accorde. Dans les Ecritures, n’est-il pas dit : « Désormais, toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc 1,18) ? Et le chapelet, le propre de la foi catholique, ne fait qu’accomplir ce passage.

Parlons maintenant des miracles, un autre motif de crédibilité. L’Ecriture nous parle de ce que le Seigneur n’a jamais cessé de faire à sa famille. Des prodiges de vie et de guérison signent la proximité salvifique à la souffrance humaine. Ils sont hors-compréhension, c’est de l’ordre du merveilleux et confirment la liberté de Dieu par guide l’histoire comme il l’entend, puisque il en fixa les lois. Jésus appelle à voir en cela l’œuvre de Dieu : si vous ne me croyez pas, croyez au moins à ces œuvres, et sachez, et reconnaissez que le Père est en moi et que je suis dans le Père » (Jean 10, 38).  Alors, dis-moi, chère tante, quelle autre religion au monde peut documenter et montrer des prodiges comparables à cela ! Il est sans conteste qu’ils engagent une reconnaissance de la part d’un cœur animée de bonne volonté. Tu le sais, je n’ai jamais douté de ta bonne volonté et c’est cela qui caractérisa la conversation que nous avons tînmes  et qui me poussa à vous écrire ces lignes !

Ces miracles sont aussi à la base des autres « miracles moraux », appelons-les comme ça. Je pense à l’immense cohorte des martyrs, des saints, des témoins de ce qui s’est passé dans le monde, il y a près de 2000 ans et qui résonne encore dans ces cœurs qui n’ont peur de rien pour témoigner. Quand je parle de cela, tu comprends, chère tante que je ne parle plus de la foi chrétienne en général, mais bien de la foi catholique ! D’après toi, sont-ils tous des fous pour payer de leur sang, de leur marginalisation et de tous les maux qu’ils ont eus et qu’ils ont à supporter ? Pour être plus concret, parlons de moi-même : quand j’annonçais que j’allais entrer au séminaire pour « me faire prêtre », certains de miens n’ont pas compris. J’étais comme fou à leurs yeux, toi exceptée ! Est-ce que je parais vraiment fou ? Non ! Par contre, tous ces martyrs de l’histoire de l’Eglise catholique, de Saint Etienne à sainte Lucie, des jeunes Ougandais aux martyrs de la fraternité de Buta (comme ils sont conçus par l’opinion),  on ne peut que contempler en eux le triomphe de l’humilité, de douceur, de simplicité, de vie pleinement humaine. Peut-être que tu me diras qu’il y en a qui sont morts pour les idéaux comme pour leur patrie ! Bien sûr que oui, ces sont de grands hommes. Mais qui parmi eux, est mort avec des mots de pardon à ses bourreaux ? Qui serait-il mort, dis-le-moi, avec un visage resplendissant de la joie du Christ, la joie de celui qui se sent honoré de ressembler à son Maître ? Simplement, disons « PERSONNE » ! C’est uniquement la foi catholique qui nous propose cette richesse incomparable.

Tirons un autre motif de crédibilité : l’Eglise elle-même. Peut-être que j’aurais pu commencer par ici, mais j’ai eu peur de ta disponibilité à continuer à m’écouter, à me lire. Chère tante, c’est cette même Eglise qui prolonge tout cela dans le temps et dans l’espace. Il est notoire qu’il y a dans le monde cette présence mystérieuse et faible, grande et humble et dont rendent témoignage tant de communautés chrétiennes. Il est malheureusement vrai que ce message n’a pas été transmis fidèlement. Cela n’a pas cependant empêché l’accomplissement de nombreuses œuvres de charité suscitées par la foi quand des hommes et des femmes se sont inclinées sur les multiples misères de la société humaine. Nonobstant les limites qui salissent la face de l’Eglise, celle-ci conserve et transmet toujours le message d’amour. Les derniers chapitres du livre de l’Apocalypse soulignent toujours que l’Eglise est l’Epouse du Christ qui est son Epoux. Et puisqu’il existe un seul époux, il ne peut qu’exister une seule épouse : une seule Eglise, sainte, catholique et apostolique. La sainteté de cette Eglise qui a subi divers outrages de la part de certains de ses responsables, la pousse à demander pardon pour les méconduites de ses fils et filles. Elle demande pardon à l’humanité comme le fit le Bienheureux Pape Jean Paul II, mais aussi ne se lasse pas à demander pardon à son Epoux qui l’a purifiée grâce au sang de sa croix.

Cette Eglise convainc aussi par son message de vérité et de liberté. Qui serait cette personne qui n’aspire pas à la vérité, à la liberté. En tous cas, pas toi, ma tante. Cette vérité a été cherchée et aimée par des philosophes non chrétiens. Cependant, il faut noter leur mode de chercher la vérité aboutissait plus souvent à une vérité impersonnelle. Or, là où Dieu est conçu de façon entièrement a-personnelle, comme il est le cas du bouddhisme par exemple, il n’existe pas de relation positive de Dieu. Le monde qui y est perçu doit aussi être dépassé en tant que source de  souffrance et par conséquent il n’y a plus à lui donner sens ? La religion se réduit alors à indiquer des voies pour surmonter le monde, pour être libéré du poids de son apparence et n’offre pas de critères concernant la manière dont nous pouvons vivre dans le monde ; il n’y a pas de forme de responsabilité commune.

La connaissance de la vérité qui conduit à la vraie liberté permet un agir moralement responsable. En effet, la morale catholique de la justice, de la vraie connaissance de l’état des choses qui doivent être ordonnées. Elle ne vient pas des prescriptions négatives comme l’opinion courante le propage. En répondant à la question « pourquoi faire ceci ou non ? », on ne dit pas que c’est parce que Dieu le veut ainsi ou mieux, le dicte ainsi. Au contraire, c’est parce c’est l’état des choses qui le réclame ainsi. Alors, indépendamment de la foi qu’on professe, il y a des principes fondamentaux qui ne peuvent pas être violés impunément. Tôt ou tard, la nature rétablit l’ordre. Ici je n’ai pas à citer des exemples, chère tante, je sais que si je t’en demandais un, tu me citerais par exemple les nouvelles « définitions » du mariage.

Quand l’amour de la vérité devient un « TU » avec lequel on entre en dialogue, alors et seulement alors, la personne croît. Je pense que c’est la raison pour laquelle Jésus ne répondit pas à la question de Pilate qui lui demandait « qu’est-ce que la vérité » ? Comment auraient-ils pu s’entendre quand Jésus se situe sur une relation personnelle et vraie, un « Tu » dialogique alors que son interlocuteur parle des choses ! QU’EST-CE…?

Je pense aussi à une interprétation rabbinique quant à savoir ce à quoi peut renvoyer le « Je suis la Vérité » de Jésus. En effet, le mot « Vérité » est rendu par le vocable hébreu אמת (é-me-th) formé de la première lettre de l’alphabet hébreu, ce celle du milieu et de la dernière. Cela signifirait que Jésus qui affirme qu’il est la Vérité connaît ce qui est à l’origine de toutes choses, comment les choses sont en leur déploiement spatio-temporel et qu’il se trouve au terme de toute chose. Comment alors, dis-moi, qui est en relations vitales avec la Vérité ne puisse avoir la vraie connaissance c’est-à-dire la sagesse, la perspicacité d’esprit pour pouvoir agir!

Cette foi, cette Eglise sont la parfaite réalisation des prophéties. L’Israël avait le don de ne pas isoler les faits, mais de les lier afin de les lire, les uns à la lumière des autres. Les prophètes ont entrevu un Messie qui devait consoler les affligés, ressusciter Jérusalem. La Bible est pleine du thème de l’attente. Alors chère tante, regarde comment quand arrive Jésus, on reste frappé de la correspondance de ce qui était attendu. Il se présente comme celui qui porte toutes les prophéties à leur réalisation. Si beaucoup de religions parlent de miséricorde de Dieu, qui d’autre sinon Jésus aura manifesté la sainteté de Dieu comme compassion ? Le choix des destinataires privilégiés n’est pas les justes et les purs comme prêchent les réformateurs. Ce sont par contre les impurs, les pécheurs et tous ceux qu’ont pas de considération sociale. « Je ne suis pas venu appeler les justes, mais le pécheurs » (Luc 5,32). Je ne doute pas que tu te juges comme digne destinataire du message du Christ que véhicule l’Eglise catholique ! Quel intérêt y a-t-il de vouloir convertir un saint ? Ce message est beau, digne d’accueil en tant qu’il s’adresse aussi à qui désespère de la vie. Elle annonce l’amour d’un Père. Je pense qu’aucune autre religion ni philosophie n’a jamais osé une telle affirmation. As-tu jamais pensé à la beauté d’une prière qui nomme un Père commun à tous  et qui, par conséquent, deviennent et doivent se sentir frères? J’ai pensé aux interjections de certaines langues et j’ai trouvé que la tendance naturelle de l’homme est d’être égoïste quand il invoque la divinité comme un apanage ( à moins que ce ne soit la profondeur de la relation fortement personnelle et personnalisée!) : mio Dio ! Mon Dieu ! Oh my God ! Mana yanje !… C’est juste la tendance contraire qui se trouve au début du « Pater Noster » ! Dans cette optique, la vie change de sens et de signe. Et c’est de ce dernier aspect  que je vaux dire quelques mots.

La foi catholique se présente comme une réponse aux questions du sens de la vie de l’homme. Un élément commun à toi, ma tante, et à tous les hommes : quel sens a la vie de l’homme sur la terre ? Qu’est-ce que nous avons à faire ? Ceci s’accentue de plus quand nous trouvons confrontés à nos limites, et surtout à la situation limite de la mort. Alors chacun de nous se demande ce qu’aura été sa vie et ce qu’il en sera dans l’avenir. Des philosophes ont essayé d’y réfléchir, mais leur pensée a souvent débouché à l’impasse. Elle soulevé plus de questionnements que de réponses. Une chose est sûre ; nous cherchons tous la vérité, aimer et être aimé, la félicité mais tant d’obstacles s’interposent devant nous quand nous pensons avoir trouvé ce à quoi tend notre être. Tout ce à quoi on parvient (le succès, l’argent, etc.) ne nous comble jamais et se révèle en deçà de ce que nous désirons.

Depuis près de  2000 ans, un message se propage sur la terre : « aujourd’hui, sans la cité de David il vous est né un Sauveur. C’est le Messie, le Seigneur » (Luc 2, 11). Dès lors, Dieu n’est plus lointain, il a planté sa divine שכינה  (shekinah = tente) au milieu de nous, il partage notre vie, il se déplace avec nous, parce le propre de la tente n’est pas de s’établir, mais de se mouvoir chaque fois que de besoin. Il n’existe pas alors une foi ou une philophie qui explique mieux que la foi chrétienne le sens de la vie de l’homme qui se met en relations avec le “TU” d’Amour qui se révèle ne Jesus-Christ. La foi catholique est alors la seule qui, même en montrant un “crucifié” solidaire aux crucifiés de la terre de tous genres, donne une espérance lumineuse à tous.

En concluant, je désire dire que le motif de crédibilité de la foi chrétienne est l’ensemble de tous ces motifs et beaucoup d’autres qui se renforcent mutuellement, convergeant vers un centre unificateur comme les piliers d’une pyramide: plus ils se renforcent en convergeant vers le même sommet, plus ils forment la pyramide , et chacun ne vaut pas seulement de par sa solidité, mais aussi parce qu’ensemble, ils forment le même édifice. Ainsi en est-ils des motifs de crédibilité en Jésus, fondement et terme de la foi chrétienne.

Je me permets d’espérer que notre conversation t’aidera, mais à voir l’intérêt que tu portes au sens de ta vie, toi qui n’es pas catholique, et surtout que tu acceptes de dialoguer avec moi, je ne doutes pas que tu la liras et reliras. Je souhaite qu’elle puisse révéiller en toi une ouverture plus grande à la vérité qui rend libre. J’attends des compléments, c’est sûr, pour que je puisse encore réfléchir sur le pourquoi de ma foi catholique. Le Seigneur aura accompli sa mission par moi, si cets lignes parviennent à créer, ne fût-ce qu’un questionnement, en toi qui es en train de me lire.

De grand cœur, je te bénis. Ton neveu.

RIYAZIMANA,  Abbé Lambert.

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