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« Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. »

The SermonLe prophète qui s’exprime dans la première lecture rappelle les exigences d’une religion qui plaît à Dieu : partager avec l’affamé, héberger le sans-abri, vêtir le miséreux, bannir le geste de menace et la parole malfaisante. Alors, l’obscurité du juste sera comme la clarté de midi. Être «sel de la terre» et «lumière du monde» ne signifie pas autre chose. Le peuple d’Israël semble ne pas en être convaincu. On lui avait promis qu’il serait la «lumière des nations», mais le peuple juif revenu d’exil a plutôt l’impression d’être dans une impasse et de ne pouvoir retrouver sa splendeur et son influence d’antan. On lui avait promis que son Dieu ne se détournerait plus de lui, mais le peuple a l’impression d’appeler en vain dans la nuit. Pourquoi ? Il manque à ce peuple de savoir partager avec le malheureux, de vouloir combattre les injustices et l’exploitation des faibles. Quelle lumière pourrait-il bien alors rayonner sur le monde ? Et puisqu’il se dérobe à son semblable, Dieu qui fait cause commune avec le pauvre, se dérobe à son tour à son peuple. Quand m’arrive-t-il de me dérober à mes frères et sœurs et de me mettre à part ? Et de me dérober à Dieu ?

L’évangile de Matthieu ne dit pas «Soyez», mais « Vous êtes». Sel et lumière, nous le sommes par notre baptême. Mais le sel peut s’affadir, et il arrive que certains cachent la lumière sous le boisseau. Jésus demande à ses disciples de partager ce qu’ils ont eux-mêmes reçu : leur espérance, qui donne de la saveur à la vie, et la lumière de la foi, si précieuse pour ceux qui traversent la nuit de (suite…)

Cheminement de la foi : « quand voir c’est croire et croire, c’est voir…»

Guérison de l’aveugle-né

Ce dimanche est comme une halte joyeuse sur notre chemin vers Pâques. L’épître aux Ephésiens nous rappelle que, recréés par le Baptême en Jésus-Christ, nous sommes appelés à vivre en enfants de lumière : pratiquer la bonté, la justice et la vérité. Bien plus, comme l’aveugle-né guéri par Jésus, les baptisés ont pour mission répandre la lumière autour d’eux, c.à.d. rendre la vie agréable là où ils sont. Cet infirme, qui, au dire des pharisiens était « tout entier plongé dans le péché » et donc ne pouvait pas entrer au temple comme les autres, accède à la lumière du jour et à celle de la foi. Alors que les pharisiens s’enfoncent dans leur cécité, Jésus ouvre les yeux de celui qui se reconnaît aveugle et qui attend de lui la grâce d’un nouveau regard sur soi-même et sur le monde. Quelle merveilleuse parabole de la foi. Concentrons-nous donc sur cette dernière.

Qu’il nous est loisible d’observer dans cette page de l’Evangile diverses réactions face au miracle : l’homme aveugle guéri comprend ce que sa guérison signifie, les parents sont craintifs et affichent une fausse prudence, les pharisiens qui sont aussi témoins de la scène ne savent pas apprécier à juste titre le miracle et ne savent que juger en ne se rendant pas compte qu’ils se condamnent eux-mêmes.
De nos jours, beaucoup de personnes pensent que la foi est une illusion qui sert de voile à jeter sur la réalité qu’on ne comprend pas. On pense que la réalité se limite au palpable, au mesurable. Mais voici que devant un même fait concret-une guérison-les gens ne voient pas la même chose. En effet, le croyant voit les mêmes choses que les autres, vit les mêmes expériences que les autres (quand ce n’est pas pire qu’eux !), mais plus qu’eux, il saisit quelque chose qui échappe à ceux qui n’ont pas la foi. N’avez-vous pas encore entendu des personnes qui disent qu’il ne sert à rien d’aller à la messe le dimanche parce qu’ils ne remarquent aucune différence de vie entre ceux qui y vont et eux qui n’y vont que rarement, peut-être pour une circonstance, une fête ?

« En sortant » du temple : puisque les malheureux n’ont pas le droit de venir jusqu’à Dieu, Dieu sort à leur devant. 
« Jésus vit un homme qui était aveugle de naissance » : Dieu ne passe pas outre la misère de ses enfants : « J’ai vu, oui j’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu ses cris ; je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer » (Ex 3, 7-8). Nous sommes bien la seule religion qui ose prétendre que ce n’est pas l’homme qui cherche Dieu, mais Dieu qui inlassablement vient à la recherche de l’homme qui erre en exil loin de sa Terre Promise. 
Impossible d’imputer à ce malheureux la responsabilité de sa maladie : elle est de naissance. Serait-ce donc qu’il porte le poids du péché de ses aïeuls ? Jésus refuse de s’engager dans ce genre de calcul qui cherche toujours un coupable : cet homme ne fait que manifester dans sa chair l’état de cécité de notre humanité tout entière depuis qu’elle est privée de la grâce divine.

«Le Verbe était la vraie lumière qui en venant dans le monde, illumine tout homme » (Jn 1, 9). Il est venu pour manifester l’action de Dieu et révéler ainsi sa bienveillance paternelle envers les hommes ses enfants. C’est bien le même Père qui aux origines « façonna l’homme avec de la glaise prise du sol » (Gn 2, 7), qui maintenant « avec la salive et les mains de son Fils, fait de la boue qu’il applique sur les yeux de l’aveugle ». 
Jusque-là on pourrait dire que Jésus guérit le mal par le mal : il ne fait que plonger l’homme dans des ténèbres plus profondes encore. Mais le geste s’accompagne d’une Parole qui va en révéler le sens : « Va te laver dans la piscine de l’Envoyé ». La symbolique baptismale est claire : plongé avec le Christ dans les ténèbres de la mort, enseveli avec lui en terre, l’aveugle va être illuminé par l’Esprit, qui l’introduira dans la vie même du Christ ressuscité. Le miracle est d’autant plus parlant qu’il est réalisé dans le contexte de la fête des Tentes, qui culmine dans une procession solennelle au cours de laquelle l’eau puisée à la source de Siloé dans un vase en or, est déversée sur l’autel du Temple en signe de rogations pour la pluie.
Le miracle est dûment constaté par un nombre important de témoins qui n’en croient pas leurs yeux. L’aveugle guéri n’arrive apparemment pas à calmer les esprits, puisqu’on l’amène aux pharisiens « afin qu’ils instruisent cette étrange affaire » : qui est donc cet homme qui guérit un aveugle-né un jour de sabbat, avant de disparaître dans la nature sans laisser de trace ?

A bout de ressources, le conseil des sages se tourne vers le bénéficiaire de l’intervention, qui sans hésiter confesse : « C’est un prophète ! » Cette réponse n’ayant de toute évidence pas convaincu ces messieurs, ils décident de ré-instruire toute l’affaire en vérifiant chaque étape, à commencer par l’identité du soi-disant miraculé. Les pharisiens devaient être visiblement contrariés par l’événement ; aussi les parents jugent-ils plus prudent de se dissocier de leur fils : « Il est assez grand, interrogez-le ! » 
La délibération fut sans doute de courte durée et la sentence est prononcée en présence du bénéficiaire du délit : « Cet homme est un pécheur ». Avec beaucoup de bon sens, l’homme guéri oppose à cette conclusion l’objectivité de sa guérison ; c’est même la seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude ; le reste relève plutôt d’une évaluation subjective fondée sur l’a priori des juges contre le thérapeute.

Pour répondre à l’interrogation qui traverse tout le quatrième évangile, il faut accepter de ne pas « savoir », c’est-à-dire renoncer aux réponses fondées sur des arguments soi-disant rationnels. De même qu’il est vain de vouloir décrire la lumière à un aveugle, il est impossible de définir une personne sans entrer en relation avec elle, sans accueillir ce qu’elle nous révèle d’elle-même. La lumière existe indépendamment du fait que le non-voyant ne la perçoive pas ; pourtant le malheureux ne peut rien en dire tant que ses yeux ne se sont pas ouverts à son influence. De même, la divinité du Christ subsiste indépendamment de notre cécité spirituelle. Mais que pourrions-nous énoncer de pertinent sur la véritable identité de Jésus, tant que notre cœur ne s’est pas ouvert à son influence, que nous ne nous sommes pas laissés guérir de notre aveuglement en nous lavant dans la piscine baptismale de l’Envoyé ? A y regarder de plus près, on sera nombreux à émettre des déclarations sur Jésus alors que nous ne le connaissons que par ouï-dire. Avons-nous vraiment une relation personnelle qui nous permette de parler de lui ? Ou bien nous avons des formules apprises comme il en était le cas pour ces « juges » !

« Si vous étiez des aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !” (alors que vous refusez de venir à la lumière) votre péché demeure». C’est en mettant nos pas dans ceux du Christ, en l’écoutant parler, en le regardant agir, en nous laissant saisir progressivement par toute sa Personne, que sous la douce motion de l’Esprit, nous serons amenés progressivement à confesser sa messianité, c’est-à-dire à « voir » en lui, avec les yeux de la foi, le Fils de Dieu nous révélant la bonté du Père. 
Le récit de l’aveugle-né nous fait parcourir l’ensemble de ce cheminement. Après avoir trouvé la vue, c’est l’expulsion de la synagogue, (cette fois-ci non plus en raison de son handicap, mais de sa guérison) qui va permettre à cet homme de franchir le seuil de la foi, au cours d’une seconde rencontre dont Jésus prend à nouveau l’initiative. Dès la première parole qu’il lui adresse, l’aveugle guéri reconnaît sans hésitation sa voix. On imagine sans peine qu’il le mange des yeux et qu’il est tout oreille. Notre-Seigneur a lu dans son regard le germe d’une foi naissante ; aussi pour qu’elle puisse se dire, il lui donne la parole : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » La question est directe et la réponse est sincère : l’aveugle guéri n’ose pas faire lui-même le lien entre celui qu’il appelle « Seigneur » et ce fameux « Fils de l’homme » auquel il est invité à donner sa foi. La réponse de Jésus «Tu le vois» vient balayer ses derniers scrupules : « Je crois Seigneur » et tombant à ses genoux, « il se prosterna devant lui » dans un geste d’humble adoration.

Cet admirable parcours n’est-il pas un modèle pour chacun de nous ? Au jour de notre baptême, nous avons été illuminés par le Christ. Mais notre foi doit encore être éprouvée par la contradiction, purifiée par l’épreuve, fortifiée par le témoignage, jusqu’à ce qu’enfin le Seigneur se révèle dans une seconde rencontre, qui nous conduise à le choisir résolument et définitivement comme notre Seigneur et Sauveur adoré. Puissions-nous tout au long de ce chemin de carême nous laisser conduire à cette seconde conversion qui fera de nous de vrais disciples et des adorateurs en esprit et vérité.

Par le Christ, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera comme la lumière de midi.

Les paroles du Christ  que nous méditons aujourd’hui font suite à l’évangile des béatitudes. L’évangile de Matthieu ne dit pas : SOYEZ, mais VOUS ÊTES ! Sel et lumière, nous le sommes par notre baptême. Mais le sel peut s’affadir ; il arrive aussi que certains cachent la lumière sous le boisseau. Jésus demande à ses disciples de partager ce qu’ils ont reçu : l’espérance qui donne la saveur à la vie qui ne manque pas de contrariétés, et la lumière de la foi (comme titre la dernière encyclique LUMEN FIDEI du Pape François) si précieuse pour ceux qui traverse la nuit de l’épreuve et de l’impasse.

Cela a été la tentation du peuple juif qui, revenu de l’exil, a l’impression d’être dans un impasse et de ne pas pouvoir retrouver sa splendeur d’antan. Il avait la promesse que Dieu ne se détournerait plus de lui, mais il semble appeler en vain dans la nuit. Pourquoi ? Il me semble, chers amis, que cette situation ne soit pas différente de la nôtre. Combien de fois avons-nous affronté des situations d’impasse, en appelant au secours en vain ? Que nous manque-t-il ? Sans doute, il nous manque une certaine ouverture à l’autre, surtout celui qui a besoin de notre aide, de notre sourire, de notre parole de réconfort,… Comment voulons-nous que Dieu soit de notre côté quand Lui-même fait cause commune avec le pauvre, avec l’affligé ? Il ne peut qu’être COHERANT avec Lui-même, ou mieux, nous devons être cohérents avec notre mission en tant que membre du même peuple de Dieu, appelé au bonheur.Ce sont donc des paroles de vie qui nous ouvrent au bonheur de la possession de la vie éternelle. D’une certaine manière, elles sont une invitation à choisir la vie, à dire « oui » à la vie de Dieu. Comment ? En accueillant la vérité de ce que nous sommes.

Car, en effet, dans ces paroles de Jésus, c’est bien de notre identité de chrétiens dont il est question : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ». Remarquons que Jésus précise que nous ne sommes pas simplement « sel » et « lumière » mais « le » sel de « la terre » et « la » lumière « du monde ». 
« Du monde » : Ces paroles sont aussi celles d’un envoi en mission. N’oublions pas les pressentes invitations à la mission que ne cesse de nous répéter le Pape François : sortez, même si cela doit vous coûter, même si vous devriez affronter des accidents,…

Etre et agir chrétien se retrouvent ainsi liés, le second ne se révélant tel que dans la mesure où il découle du premier.
Par l’emploi des articles définis, ces paroles nous révèlent encore que cette mission de «saler» et d’«illuminer» le monde nous est propre et que personne ne l’accomplira à notre place. Elles nous invitent donc à être responsables de ce que nous sommes en tant que chrétiens.

Revenons sur l’image du sel. Le sel est utilisé pour conserver et maintenir saine la nourriture. Quelle est la nourriture des hommes si ce n’est la présence du Christ dans ses sacrements, sa Parole et dans l’action aimante et miséricordieuse de son Esprit ? C’est donc à nous qu’il revient de garder vive la conscience de la présence du Christ-Sauveur au milieu des hommes, particulièrement dans la célébration de l’Eucharistie, mémorial de sa mort et de sa résurrection glorieuse et dans l’annonce de la puissance de salut qui réside dans son Evangile.
 Le sel est aussi ce qui relève le goût et la saveur des aliments. Ainsi, le chrétien est appelé à améliorer la « saveur » de l’histoire des hommes, des hommes qui mènent une vie aux allures insipides : grisailles quotidiennes, gestes répétés et stéréotypés du travailleur à la chaine, visages blafards sous les lumières artificielles au néon pour chercher de « cacher » la pâleur de nos visages,… La vie vraiment a-t-elle encore du goût ? et pourquoi parle-t-on de « qualité de vie » sans arrêt ? Peut-être qu’on l’a perdu !!!  Il faut aider le monde à retrouver le sens et la saveur de la vie. Cela, il le réalise tout particulièrement en vivant des trois vertus théologales qu’il a reçu le jour de son baptême. Ce qui nous vient de Dieu nous rend toujours plus homme, car toujours plus à son image et à sa ressemblance. Par la foi, l’espérance et la charité, nous sommes donc invités à illuminer et humaniser un monde qui vit dans la nuit de la défiance, du désespoir et de l’indifférence.

La première lecture nous fait le lien entre le sel et la lumière : « Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. »

Tenez. La vraie lumière ne vient pas des lampes, de l’électricité, du soleil,…, mas c’est quelque chose d’existentiel. A la création, souvenez vous que Dieu crée la lumière (Que la lumière soit : Gn 1,3) avant de créer les astres : e soleil, la lune et les étoiles (Gn 1,14-19). En effet, « Dieu est AMOUR, Dieu est LUMIERE, Dieu notre Père », chantons-nous. Le lien est ainsi fait entre le « sel » et la « lumière ». L’invitation que le Christ nous adresse à faire resplendir la « lumière » aux yeux de tous signifie que toute notre vie devrait être le reflet de la flamme de l’Esprit Saint dont nous avons reçu la marque au baptême et qui désormais habite en nos cœurs (cf. 2 Co 1, 22). 
Cette flamme, lorsqu’elle est vivante, se manifeste à travers les œuvres de charité comme nous l’avons déjà souligné, mais aussi à travers la proclamation de l’Evangile, de la Bonne Nouvelle du salut offert à tous en Jésus-Christ mort et ressuscité. L’annonce et le témoignage de l’Évangile sont le premier service que les chrétiens doivent rendre à chaque personne et au genre humain tout entier.
Ce service de l’annonce de l’Evangile sera fécond, il sera vraiment « service de charité », s’il ne repose pas sur nos propres forces mais si « c’est l’Esprit et sa puissance » qui se manifestent à travers lui (cf. 2ème lecture).
Une flamme naturelle, aussi faible soit-elle, soulève toujours le lourd manteau de la nuit. Combien plus une flamme, nourrie de la grâce même de la vérité et de la charité divine, de « la puissance de Dieu », ne dissipera-t-elle pas les ténèbres du mensonge qui donne l’illusion de pouvoir vivre sans Dieu et de la mort qui s’ensuit !

«Caritas Christi urget nos – l’amour du Christ nous presse » (2 Co 5, 14). Tout au long de l’histoire de l’Église, des fidèles ont témoigné de cela en lançant des initiatives et des œuvres en tout genre pour annoncer l’Évangile au monde entier et dans tous les secteurs de la société. C’est là une invitation pérenne pour chaque génération chrétienne afin qu’elle mette en œuvre avec générosité le mandat du Christ.

«Seigneur Esprit-Saint, apprends-nous comment professer notre foi, faire don de notre amour et communiquer notre espérance. Fais de nous le peuple des Béatitudes pour que nous soyons le sel de cette terre et la lumière de ce monde qui a tant besoin de ta grâce qui sauve et introduit dans la vie éternelle.»


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