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L’expérience de la miséricorde de Dieu dépasse de loin ce que nous pouvons penser et comprendre.

S’ouvrir au futur de Dieu

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Toute l’histoire du peuple de la Bible est parcourue par un souffle orienté vers l’avenir, une attente et une espérance sans cesse renaissantes. Dans la première lecture, qui remonte à la fin de l’exil, l’évocation du passé le plus prestigieux (le passage de la mer Rouge) est assimilée à un carcan si elle détourne le regard du nouvel exode projeté par Dieu. Dans l’épître aux Philippiens, Paul prolonge l’espérance d’Israël lorsqu’il présente le Christ ressuscité comme l’avenir d’une humanité régénérée. Voilà une excellente clé pour relire l’épisode de la femme adultère dans l’évangile de Jean. Ce récit met face à face les tenants du passé (scribes et pharisiens) et Jésus, qui ouvre aux hommes un avenir tout autre. Lapider quelqu’un, c‘est lui refuser tout avenir, ne pas admettre que quelqu’un peut s’améliorer ; comprendre et pardonner, c’est lui permettre de revivre. C’est nous retrouver nous-mêmes, qui avons été pardonnés et qui devons apprendre à pardonner.

La méditation des lecture du dimanche passé pouvait aussi nous porter à comprendre que le sacrement de la réconciliation se vit en vue de la miséricorde que nous sommes appelés à accueillir, et non la honte de nos propres péchés, puisque le fils prodigue n’a même pas pensé au repentir de ses péchés, mais au futur qui pouvait changer sa vie. En effet, la mémoire est spirituellement importante, pourvu qu’elle ne nous bloque pas dans notre passé, mais nous relance vers un futur meilleur, fût-ce aussi comparable à celui auquel aspirait le fils prodigue : pouvoir manger au moins au fruit de la sueur de son front, comme un ouvrier journalier. Ainsi, dans le sacrement de la réconciliation, la reconnaissance de notre péché doit nous projeter vers le futur, celui de l’homme qui aura accueilli le don gratuit de la miséricorde de Dieu.

L’oracle d’Isaïe que nous écoutons dans la première lecture suit un cheminement (suite…)

Reconnaitre notre misère et accueillir ton pardon, telle est notre justice, ô Dieu d’amour et de miséricorde.

Pharisien et PublicainPour nous aider à méditer la Parole de Dieu de ce quatrième samedi du cheminement du Carême (Samedi de la 3ème Semaine), Jésus nous entretient aujourd’hui sur la façon de bien prier. Il choisit d’inventer une petite parabole décrivant une situation très contrastée. Jésus rassemble dans le temple, au même moment, celui qui est prétendu par tous, à commencer par lui-même, comme juste et pieux et celui qui est unanimement considéré comme le type des pécheurs publics. Jésus nous montre un pharisien et un publicain.  Pour un observateur « ordinaire », les deux hommes que le Christ nous présente pourraient sembler presque identiques, car ils se trouvent au même endroit et font la même chose : tous les deux sont « montés au temple pour prier » (Lc 18,10). Mais au-delà des apparences, au plus profond de leur conscience personnelle, les deux hommes diffèrent radicalement : l’un, le pharisien, a la conscience tranquille, alors que l’autre, le publicain —collecteur d’impôts— est inquiet car il ressent de la culpabilité.

Dans le passage que nous contemplons, nous voyons que dans une personne se trouve un nœud de trois cordes, si bien qu’il est impossible de le défaire en négligeant l’une ou l’autre. La première nous relie à Dieu ; la deuxième aux autres ; et la troisième à nous-mêmes. Notons bien ceci : ceux auxquels s’adresse Jésus « étaient convaincus d’être justes et méprisaient tous les autres » (Lc 18,9), de sorte qu’ils priaient mal. Les trois cordes vont toujours ensemble ! Comment les mettre correctement en relation ? Quel est le secret pour défaire le nœud ? La conclusion de cette parabole incisive nous le dit : l’humilité. Comme sainte Thérèse d’Avila l’expliquait : « L’humilité, c’est la vérité ».

La prière du premier est une longue action de grâce. « Il ne demande rien ». C’est (suite…)

Tout concourt au bien pour qui garde confiance en Dieu, Lui, le Maître de l’histoire.

1. Quelles que soient les infidélités de l’homme, la miséricorde de Dieu lui est acquise sans défaillance. C’est ainsi que l’auteur de la première lecture interprète l’histoire de l’exil babylonien. L’exil des juifs organisé par Nabucodonosor, en 587 av. J.C., après la destruction du Temple, et le retour de captivité autorisé par l’édit de Cyrus, païen, en 538, sont pour l’auteur du livre des Chroniques l’occasion d’une lecture religieuse de l’histoire. Le Seigneur n’est pas infidèle à son Alliance avec Israël, c’est le peuple qui s’est détourné de lui, qui s’est moqué des prophètes et s’est fourvoyé dans l’idolâtrie. Il s’est acheminé à la catastrophe. Mais Dieu reste fidèle : c’est par un roi païen qu’il accomplira la promesse de Jérémie annonçant que les exilés rentreront dans leur pays et rebâtiront le Temple. Ainsi l’auteur voulait-il maintenir vivante la confiance du peuple dans la fidélité de Dieu à ses promesses messianiques. Aujourd’hui encore des hommes et des femmes qui ne partagent pas notre foi, font avancer la démocratie, la justice et la paix. Ils sont inspirés par Dieu, les reconnaissons-nous ?

2. Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique. De nos jours, beaucoup sont tentés par une sorte de pessimisme : «le monde est pourri… il n’y a rien à y faire. Morosité, malaise, dont les justifications ne manquent pas, hélas, pour tout homme lucide : violences, prises d’otage, égoïsmes collectifs et individuels, bassesses de toutes sortes, dépravation morale, perte de la conscience professionnelle, exploitation de l’homme par l’homme, abus des mensonges idéologiques ou publicitaires, matraquages de l’opinion publique et médiatique, désenchantement, etc. Dieu, lui aussi, voit tout cela ! Et pourtant, Il aime ce monde, il ne se résigne pas à son mal, il veut le sauver. Dieu nous prend à contre-pied. Ce monde qui nous paraît parfois si moche, si mal fait, Dieu l’aime. Dieu est passionné par sa Création inachevée, qu’il est en train de conduire jusqu’à la perfection… Le monde n’est pas absurde. Si nous adoptons le égard de Dieu, un «regard d’amour», alors, au lieu de continuer à gémir, nous allons donner notre vie, à notre pour, pour nos frères.

3. Le récit de la rencontre de Jésus avec Nicodème suit immédiatement celui de l’expulsion des vendeurs du Temple, que nous avons médité dimanche dernier. Par cette action prophétique, Jésus s’était opposé ouvertement au parti des grands prêtres et autres notables appartenant au parti des Sadducéens. Ceux-ci gouvernaient le Temple de Jérusalem et la vie religieuse du peuple, mais la légitimité de leur pouvoir était contestée par les Pharisiens. Il n’est dès lors pas impossible que la démarche de Nicodème ait une dimension « politique » : peut-être venait-il suggérer à ce Maître de plus en plus populaire, de se rallier à la cause de son parti dont il semblait épouser les positions. Pour les pharisiens en effet, ce ne sont pas les sacrifices du Temple, mais l’observance de la Loi qui conduit au salut. Voilà pourquoi Nicodème annonce en préambule : « L’acte prophétique que tu as posé dans le Temple, nous a confirmé dans notre opinion : “tu es un maître qui vient de la part de Dieu ». N’est-il pas vrai que nous essayons chaque fois d’engager Dieu pour qu’il soit de notre côté, surtout quand je ne m’entends pas bien avec tel ou tel autre ? Ne cherchons-nous pas surtout à pointer du doigt l’autre, et par-là, éviter de bouger d’un centimètre, pour changer quelque chose en nous ?

4. Ici, Nicodème doit encore découvrir que Jésus n’est pas un commentateur particulièrement inspiré de la Loi ancienne, mais qu’il vient instaurer la Loi nouvelle de l’Esprit. Contrairement aux pharisiens, Notre-Seigneur ne promet pas le salut au prix d’une observance scrupuleuse des préceptes ; mais il invite tous ceux qui croient en lui, à accueillir gratuitement la vie nouvelle qu’il leur offre de la part du Père : « c’est par grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu », nous dit la 2ème lecture. Car « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a envoyé son Fils unique dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». En son Fils Jésus-Christ, donc, Dieu a ouvert devant nous une voie nous permettant d’« échapper au jugement » ; à condition bien sûr que nous fixions nos yeux avec amour et reconnaissance sur celui qui accepta d’être « élevé » sur la croix « afin que tout homme qui croit, obtienne par lui la vie éternelle ». Voilà pourquoi l’Eglise nous invite à nous réjouir au cœur même de ce Carême, en ce dimanche dit du « laetare » – d’après la première parole de l’antienne d’ouverture : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui portiez son deuil ! Ainsi vous serez nourris et rassasiés de l’abondance de sa joie » (Is 66, 10-11).

5. Il nous faut donc apprendre à vivre dans la mémoire continuelle de Dieu, de ce qu’il a fait pour nous en son Christ. Dieu est Maître de l’histoire : il peut tout faire concourir au bien de ceux qui l’aiment et se confient à lui. Tout comme il s’est servi du roi païen Cyrus pour ramener son peuple sur sa terre afin qu’il lui bâtisse un Temple, ainsi pourra-t-il tirer profit de tous les événements de notre vie, y compris de notre péché, pour nous attirer jusqu’à lui. A travers l’image du Serpent de bronze, l’Evangile de ce jour nous apprend en effet que loin d’être un obstacle à l’action de Dieu, le péché pourrait être l’endroit décisif où le don de Dieu se communique dans toute sa plénitude. A condition que nous acceptions d’exposer notre péché au grand jour de la miséricorde, au lieu de le cacher dans les retranchements de notre conscience enténébrée. C’est en levant les yeux vers le Christ élevé en croix, que nous pouvons voir notre péché dans la lumière de la miséricorde divine et que nous pouvons pressentir le sens du verset de l’Exsultet que nous chanterons dans la nuit pascale : « Heureuse faute qui nous valut un tel Rédempteur ! » – comprenons : heureuse faute qui nous valut la révélation de l’infinie miséricorde de Dieu à notre égard. Comment ne pas nous émerveiller devant un tel Amour, qui dans un seul et même élan, pardonne, recrée et donne part à sa propre vie.

« Seigneur apprends-nous à vivre de la mémoire de tes bienfaits. Puissions-nous ne jamais oublier le don que tu nous fais en ton Fils Jésus-Christ, et laisser la grâce divine dont nous sommes héritiers, produire en abondance son fruit de justice, de paix et de joie : “Je veux que ma langue s’attache à mon palais si je perds ton souvenir, si je n’élève ton Nom au sommet de ma joie” (Ps 136). »

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