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Le Synode et les médias. Et si la passion du Christ était racontée par les médias !

En ces jours des assises du Synode des Evêques sur la famille qui a pour thème « La Vocation et la mission de la famille dans l’Eglise et dans le monde contemporain », il se dit beaucoup de choses qui risquent même de déstabiliser ou décourager les fidèles. En effet, les médias, ou mieux, certains d’entre eux, et principalement la blogosphère, ne cessent d’apporter des digressions, c’est-à-dire des thèmes périphériques qui pourraient détourner l’attention des pères synodaux et des fidèles, sur leur mission principale. On les entend parler de camps adverses parmi les pères synodaux, mettant en évidence leurs propres préoccupations en les faisant passer comme questions principales du synodes. Mais le climat n’est pas aussi tendu, comme nous le témoigne Mgr Gervais Banshimiyubusa, qui y représente l’Eglise du Burundi. RapportantMgr Gervais des propos d’un des pères synodaux, il parle plutôt d’un atmosphère détendu qui ne manque même pas d’humour: « A entendre certains de mes confrères proposer leurs solutions, j’ai l’impression que Satan est en train de tenter d’envoyer son odeur dans cette salle, pourtant remplie de l’Esprit Saint »!

Puisqu’il n’est pas si évident que tous connaissent au moins les grandes lignes sur lesquelles s’appuient les discussion este les réflexions du synode, rappelons au passage, que l’instrumentum laboris qui sert de guide de travail et de réflexions s’articule sur trois parties principales : l’écoute des de la famille ; le discernement de la vocation de la famille ; la mission de la famille aujourd’hui. (Voir le plan détaillé ici). Les pères synodaux, au cours de cette deuxième semaine finissant, en sont à l’examen de la seconde partie.

Difficile de parler médiatiquement du synode, et surtout, de ce synode en cours.

Il faut d’abord dire que ce ne sont pas tous les médias qui ont accès à la salle dans laquelle se tiennent les assemblées plénières (dites Congrégations générales), encore moins dans les discussions en groupes linguistiques (dits Circuli minores et on en a 13 pour ce synodes, trois sont pour les francophones). Ceux qui sont accrédités près la Salle de Presse du Saint-Siège reçoivent un briefing journalier sur le déroulement des travaux. Est-ce suffisant pour saisir la portée tant naturelle que spirituelle du synode ? A ceci j’ajouterais, « est-ce facile, si on n’est pas d’abord animé d’une bonne volonté d’informer » ? Ce qui est vrai, les médias ont des lignes éditoriales diversifiées, ce qui est une bonne chose en soi. Mais l’intention de chercher la conflictualité est une restriction de la réalité qui est en soi multidimensionnelle.

Au synodeAu synode, ce ne sont pas des partis politiques qui s’opposent comme au parlement, comme le disait le Pape à l’ouverture des assises, mais des personnes qui veulent cheminer ensemble (synode vient de sun=ensemble, avec et ódo chemin), illuminé par le même Esprit. « Le synode, en revanche, est une expression ecclésiale, c’est-à-dire l’Église qui marche ensemble pour lire la réalité avec les yeux de la foi et avec le cœur de Dieu ; c’est l’Église qui s’interroge sur sa fidélité au dépôt de la foi qui, pour elle, ne représente pas un musée à regarder et encore moins à sauvegarder, mais qui est une source vivante à laquelle l’Église se désaltère pour désaltérer et éclairer le dépôt de la vie », précisait le Pape.

Une autre difficulté viendrait, peut-être, pour ceux qui sont animés de bonne foi, du changement de procédures au niveau de la communication. C’est vrai que les synodes se déroulaient et se déroulent à huis clos. Mais, chaque jour, la liste de tous les pères qui étaient intervenus était fournie aux journalistes, ainsi qu’une synthèse de leurs interventions respectives, rédigée par les auteurs eux-mêmes, qui était également publiée quotidiennement par « L’Osservatore Romano ». Ceci facilitait la tâche. De plus, pour les journalistes accrédités, répartis en groupes linguistiques, il y avait chaque jour des briefings effectués par des porte-parole autorisés, qui fournissaient d’autres détails relatifs au déroulement de la discussion.
Mais aujourd’hui ne sont communiqués aux journalistes que les noms des pères qui sont intervenus, ainsi qu’une liste sommaire des questions qui ont été abordées, mais sans indiquer qui a dit quoi.

Raconter l’insaisissable. Et si la passion du Christ était racontée par les médias !

Synode-mediasJe pense que ce serait un bel exercice de se transporter à l’époque de la passion du Christ, avec bien entendu notre culturelle devenue trop médiatique, médiatisée. On aurait sûrement des informations dramatiques, minutes après minutes : encore des défections dans la bande de Jésus ! (pour ne pas dire de « frondeur » (comprenne qui peut !) en parlant de la trahison de Judas. Maintenant, le Chef de file (Pierre) commence à se contredire devant des servantes ! On ne sait plus où sont Philippe, Thaddée,… Marc manque à l’appel, on n’a pu trouver que son vêtement !!! Pire encore, la mère du condamné ne dit rien ! Elle suit, toute silencieuse !! En peu de mots, on vivrait une incompréhension devant les moments les plus surnaturels et les moins apparents et surtout, avec une telle attention pour les détails, on finirait par oublier de lever le regard sur Celui que nous avons transpercé.

Y a-t-il alors une attitude à prendre? Prier, discerner, prier.

Juste en ces derniers jours, quelqu’un me confiait son attitude et me disait : «  Sur le synode: j’ai décidé d’essayer de prier en premier lieu et de ne pas beaucoup suivre les débats, ou plutôt ce qu’en disent certains, notamment sur les blogues ». Je pense que notre première mission n’est pas de verser dans les discussions stériles. Nous ne sommes pas, nous autres, à l’intérieur de la salle du synode, nous risquons de faire ce que nous reprochons aux autres. Cependant, il convient de choisir ses sources si nous voulons suivre ce qui se dit au synode. Vous me demanderez : comment ? Simple. Celles qui ont l’intention d’édifier, comme je le soulignais il y a presqu’une année puisque celles-là sont aussi disposées à cueillir ce qui va au-delà du factuel. Ils ne sont pas orientés à créer et nourrir des attentes qu’il faut devoir combler, mais nous relatent ce qui se passe en essayant d’entrer dans l’esprit même qui guide les échanges.

Synode sur la famille: la mémoire médiatique, sinon la nôtre, n’est pas de longue durée.

Synode-mediasL’idée de fond du synode dont le premier pas a été cette assemblée synodale extraordinaire est la famille comme évangélisatrice et comme noyau de la société. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est l’origine même de ce synode extraordinaire. Il est le fruit du synode sur la nouvelle évangélisation. Les pères synodaux avaient considéré la famille comme agent principal d’évangélisation. C’est pour cela qu’il est posé un pas de plus vers le synode ordinaire des Evêques qui se teindra en octobre 2015 avec comme thème : la vocation et la mission de la famille dans le monde contemporain. Pourtant, les informations qui sont parvenues a beaucoup d’entre nous risquent de ne pas avoir transmis cette idée d’une famille qui a une vocation et une mission, vu que beaucoup ont cru entendre que les travaux n’ont été que discussion sur les problèmes du contexte actuel caractérisé par l’instabilité de la famille. Il faut alors savoir s’orienter.

Comment s’orienter dans le flux d’informations?

Beaucoup ont navigué à vue, au sein d’une situation qui était présentée comme plus ou moins préoccupante. Telle est l’attitude de beaucoup de personnes qui ne savent plus quoi prendre ou quoi laisser, d’autant plus que les informations qui se publient ici et là sèment la confusion. On ne peut plus savoir quel est le thème central du synode.

Il s’est créé un climat de confusion qui ne naît pas du manque des conversations, mais un écart entre le synode des médias et les pères synodaux. C’est la même situation dont le Pape Emérite parlait à son clergé en Carême 2013 sur le Concile Vatican II qui a eu une sorte de double: les discussions se tenaient d’une part entre les Pères conciliaires dans les salles, d’autres part, les médias faisaient un autre concile par des commentaires, non seulement pour informer, mais aussi pour faire pression et influencer ceux de l’intérieur. Serait-on exempts d’un tel climat? Au contraire.

Quels médias alors suivre, si on ne peut plus se tenir à l’écart de l’information qui circule encore plus vite que jamais? En cela, il fait savoir qu’il y a médium et médium. Tous n’ont pas les mêmes intérêts, tous n’ont pas le même agenda.

De toutes façons, pour être bien informé sur ce qui se passe (dans pour autant négliger ce que disent les autres!), la règle est simple: il faut choisir les sources qui sont en syntonie (symphonie) avec les objectifs du synode. Il ne faut pas oublier que pour le cas présent, tous les médias n’ont pas eu accès à la salles des activités, ce qui fait qu’ils se contentent des résumés de la journée (briefings) faits par la salle de presse du Saint-Siège et certaines interviews faites à quiconque veut les délivrer. Ceci fait alors comprendre le fait que certaines informations sont publiées, ou bien pour forcer à rectifier ou dire ce qu’on en pense, ou pour provoquer, ou pour influencer l’opinion à l’intérieur ou à l’extérieur en nourrissant des attentes à devoir combler.

Ces médias sont donc de deux niveaux principaux.

  • Médias généralistes, commerciaux dont beaucoup ne sont pas outillés pour comprendre le langage et le sens de ce qui se passe. C’est la principale source de la confusion diffusée, et celle-ci se nourrit de l’ignorance en la matière et cela oriente mal l’opinion publique dans et sur le synode.
  • Médias spécialisés et blogs: on y trouve des analyses et informations sur ce qui se passe au synode. Il faut connaitre son arrière-fond pour comprendre ce qui se passe vraiment.

Quant à la carte de navigation, il y a ceux qui se permettent d’être plus interprètes de la pensée du Pape, les journalistes ne servant que de catalyseurs. On pourrait voir avec intérêt le portail mercatornet.com montre les points d’encrage pour ce synode. Dans la même ligne, celui qui a suivi certaines sources d’informations a su naviguer dans ce flux d’éléments. Il s’agit notamment des médias comme : l’Avvenire, quotidien de la Conférence épiscopale italienne et qui rapporte ce qui se passe vraiment ; Catholic News Service pour le monde anglo-saxon, le Canal TV Salt and Light: qui a suivi les travaux de l’intérieur de la salle sans oublier les journalistes de Zénit et de la Radio Vatican. Il a été aussi bénéfique de suivre certaines personnes bien informées et bien intentionnées sur les réseaux sociaux. Entre autres, citons @FrancisXRocca, @TweetingPriest, Vatican Insider. @Spadaro, etc.

Le synode et l’opinion publique et l’opinion publiée (médiatique).

Le Vatican II avait vu une dichotomie quant à son déroulement, le synode actuelle allant jusqu’à la « trichotomie » : le synode effectif dans la salle des rencontres, le synode tel que vécu à travers les points de presses journaliers et le synode tel que présenté par les médias en tant qu’ « agender setters » et leaders d’opinion. Nous avons été et nous sommes devant un synode pour l’opinion publique dans l’Eglise. Le fait de mettre en jeux les points centraux comme l’Eucharistie, le mariage, …, des penseurs et des officiels ont pensé et rendu publiques des réflexions. Ceci est devenu « nouvelle » à la une de l’actualité, mieux que ne le seraient les prédications dominicales. Qu’on ne s’en préoccupe pas donc. Dans un contexte politique, une panne prédispose les personnes à écouter: certains parlent d’un buisson ardent avec des épines, qui se retient donc l’attention. Cependant, ces discussions n’étaient pas nouvelles, ce qui est nouveau est qu’elles se répètent mais dans un autre contexte. Les cardinaux Kasper et Ratzinger en avaient parlé en 94 mais cela n’avait pas suscité l’attention. Moment favorable alors pour que nous renforcions la vraie doctrine, maintenant que l’opinion est mobilisée et prédisposée pour écouter.

Une chose importante a échappé à la communication officielle du Synode : on a pas réussi à contrer l’attention sur la famille. La discussion s’est déplacée sur des points non centraux. Cela a fait voir aussi des divisions fortes dans l’Eglise, sur l’autorité de qui parle. Certains ne se sont même pas reconnus dans le texte rédigé à la fin de la première semaine. La confusion a été grande, voire mondiale: quel niveau d’autorité avait le document ? Les attentes journalistiques ont-elles été assouvies?

Le synode a ouvert des opportunités à cueillir.

On a réussi à faire penser et faire parler tout le monde. Comment communiquer les défis en ce temps de confusion. Evidemment, il faut relier tout cela avec le synode sur la nouvelle évangélisation, qui a mis la famille au sein de la dynamique. Pourtant oublié! La communication est toujours contextuelle. Il ne faut pas non plus oublier que les journalistes demandent ce qui les tient à cœur, et mettent un agenda parallèle. Il faut alors souligner notre apport : Expliquer la dynamique, le mécanisme: un débat à bien mener, non seulement pour informer, mais pour que nus revenions sur l’essentiel de la vocation et la mission de la famille.

Ici, vous pouvez écouter l’interview que j’ai eue avec Mgr Gervais BANSHIMIYUBUSA, Évêque de Ngozi et Président de la Conférence Épiscopale du Burundi, à la fin du Synode.

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