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Habemus Papam: Sa Sainteté le Pape François: appelé “des confins” du monde.

« Annuntio vobis gaudium magnum; habemus Papam:  Eminentissimum ac Reverendissimum Dominum, Dominum Georgium Marium Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Bergoglio qui sibi nomen imposuit Franciscum ».

« Les Cardinaux sont venus me chercher aux confins du monde » : telles sont les premiers des mots que Sa Sainteté le Pape François a prononcé au Balcon de la Basilique Saint-Pierre devant une foule nombreuse de fidèles qui avaient défié la pluie en attendant le résultats des deux scrutins de l’après-midi, après la fumée noire de l’avant-midi du mercredi 13 mars  2013.  Il a fallu attendre un peu plus d’une heure après l’apparition de la fumée blanche advenue à 18h05 GMT (19h05 à Rome) pour acclamer le Cardinal de Buenos Aires, Jorge Mario Borgoglio, élu 266ème Successeur de Saint Pierre.

Qu’ai-je retenu après cette élection ? Que puis-je partager ?

Je commencerais par une petite observation qui ne manque pas d’implications même au niveau social. Quand je regardais la foule qui grossissait à vue d’œil à la place Saint Pierre, nonobstant la pluie qui s’était offert la soirée, je m’arrête, pensif. Une foule de gens qui attendent, dans de telles conditions, la proclamation, non garantie par ailleurs, de celui dont ils ne connaissent aucun détail. En effet, en dépit de l’opinion publique qui peut faire son cours dans les médias de la place comme dans ceux du monde entier (environ 6000 journalistes accrédités au Bureau de presse du Vatican en ces jours), je m’imagine combien nos peuples ont besoin d’une figure qui rassure, qui rassemble, un père, un Pape, qui qu’il soit, l’essentiel étant qu’il soit accueilli comme don de Dieu et qu’il aide le monde à trouver sens de la vie. Et le nom qui a suivi le« Habemus Papam » (nous avons un Pape) n’a pas manqué de surprendre l’opinion courante habituée aux attentes des sondages. Les pensées de Dieu ne se laissent pas enfermer dans les sondages et prospectives humaines, puis-je affirmer.

Le nouveau Pontife a choisi le nom de FRANCOIS. Signe éloquent tant pour l’Eglise que pour le monde. Les « grands » de ce monde le saluent déjà comme « champion de la cause des pauvres et des plus vulnérables » comme l’a dit Obama dans son message au nouveau Pontife. D’autres encore sont en train de faire ainsi. Ce nom rappelle surtout l’attitude de Saint François d’Assise, un saint Italien qui a beaucoup à dire à notre monde caractérisé par la dictature du relativisme, sans oublier même celle qui s’instaure au sein des démocraties qui ne respectent plus la conscience personnelle, surtout quand elle se dit éclairée par le message de l’Evangile considéré « à tort » comme dépassé. Saint François est une figure emblématique pour le dialogue entre les forts et les faibles, au niveau politique comme sur les autres plans, lui dont les témoignages mentionnent son « dialogue » avec les animaux féroces comme les loups. Qui serait plus cruel que les loups, excepté que les bavures  nos sociétés échappent souvent à l’entendement humain?

Quant au second message, j’estime, et j’en suis convaincu, que dans un monde où tout risque de se mesurer à la richesse que l’on a pour mériter l’estime, un monde où le plaisir charnel ne se tempère plus (ou presque pas), le choix de ce nom indique une radicalité d’une vie qui doit aller même à contre-courant sans être inquiété de rien. C’est un non au conformisme, un non au silence souvent complice ou peureux et qui succombe à la « Spirale du Silence » (Cfr Elisabeth Noelle-Neumann, The Spiral of Silence. Public Opinion, our social skin. The University of Chicago Press, 2nd Ed.  Chicago &London, 1993

Je n’oublierai pas  non plus de mentionner le facteur géographique dont je voulais offrir une vision différente de celle que j’ai cru entendre diffuse dans les rues (de Rome)après la première bénédiction à la ville de Rome  et au monde. Le nouveau Pape, fils d’émigrés Italiens, était Archevêque de Buenos Aires. Il est le premier Pape latino-américain, il devient Evêque de Rome. On ne devrait pas parler, pensé-je, du dépassement de l’euro-centralité, mais d’Universalité de l’Eglise qui n’est pas une confédération des Eglises, mais une communion : les Catholiques le savent bien. Quant à ceux qui pensaient à un pape noir, je pourrais « rire » disant qu’il est noir ! En effet, il est Jésuite : on a souvent dit au cours de l’histoire que le Supérieur Général était comme un « pape noir », qui n’est pas donc vrai pape, et voici que la Pape François est le premier Jésuite à siéger sur la Chaire de Saint-Pierre. Me dois-je laisser surprendre du fait qu’il prend ce nom du saint fondateur des franciscains et non un nom d’un saint Jésuite ? En réalité, je ne devrais pas sauf si je me laisse remorquer par l’esprit de notre temps qui ne veut enfermer sa vision que dans ses propres rangs, craignant de reconnaître le bien, d’où qu’il vienne. N’est-ce pas récurrent que les gestionnaires de nos cités ne regardent pas ailleurs, vers d’autres compétences, pour le bien de tous ? Cette ouverture devrait être une leçon au monde actuel.

Attendons d’ores-et-déjà les prochaines apparitions publiques, en l’occurrence,  devant les médias et communicateurs sociaux (ce samedi à 11heures), au premier angélus de ce dimanche et, la semaine prochaine, lors de la messe inaugurale du Pontificat et au cours de la traditionnelle audience générale qui se tient chaque mercredi.

Viva el Papa ! (expression chérie du monde hispanophone dont il est issu).

Vie de l’Eglise Catholique en ces jours.

Quand le Pape renonce à sa charge…
Par Lambert RIYAZIMANA
Depuis l’annonce de la démission du Pape Benoît XVI comme Evêque de Rome et Pape de l’Eglise Catholique, on a entendu, vu et lu beaucoup de choses dans les médias du monde entier, certains ne faisant que relayer l’information émise par les grands leaders mondiaux d’information. Je me souviens ici à Rome quand nous sommes « tous » accourus au site de l’Ansa (www.ansa.it), agence italienne qui diffusa la première l’information. Je n’en croyais pas à mes yeux bien que j’habite à moins d’un kilomètre de la Place Saint Pierre (Rome).

La vieille règle de la chronique disant que « pour une information, les premières 24 heures qui suivent le fait sont essentielles pendant que le reste nourrit la confusion » (à quelques exceptions près bien sûr !), peut-on comprendre quelque chose ? Je pense offrir ces quelques trois points (pour ne parler que de ceux-là) pour aider à comprendre ce qu’est en train de vivre l’Eglise Catholique, surtout du point de vue médiatique. Mais alors, le Pape serait-il démissionnaire parce qu’incapable de gérer les problèmes de gouvernement de l’Eglise dont il n’est pas réussi à faire la « purification » ? S’est-il lassé des problèmes de pédophilie, de la fuite des documents confidentiels, ce qui connote selon certains, un manque de confiance de la part des proches collaborateurs qui l’auraient « isolé»? Face à tout ce qui se trame ici où là, quels seraient les vrais défis de l’Eglise, lesquels défis tracent le profil du prochain successeur de Benoît XVI ?

Un Pape incapable de gouverner et changer les choses ?

Devant ce domaine qui a retenu beaucoup d’auteurs d’articles dans les journaux du monde, je trouve cela à la fois fondé et non. Cela paraît ridicule ? Oui ! Au moment où pour beaucoup de personnes (et non seulement les journalistes), le conflit nourrit les discussions plus que ne le font les belles choses de la vie normale, y compris les actes normaux de gouvernement, il est resté à la connaissance de beaucoup que l’Eglise Catholique a été marquée par beaucoup de problèmes en ces jours. Nous pouvons rappeler les durs coups que cette institution a subi (et subit encore) à cause des abus sexuels commis par certains membres du clergé, le discours de Ratisbonne qui enflamma les débats sur la tolérance religieuse,… Pour celui qui n’a connu que cela par la simple raison que seuls ces problèmes ont été mis au premier plan par les médias, il est compréhensible qu’il réponde à la question par l’affirmative. Est-ce vraiment cela qui aurait motivé la démission, parce que la Pape se sent incapable d’affronter et surmonter une telle crise ?

Pour qui le sait, au contraire, cela ne pourrait pas constituer un motif. On peut même affirmer que ça a été une bataille maîtrisée. Quand on regarde la détermination du Cardinal Ratzinger lors du vendredi saint qui précéda son élection comme Pape, les rencontres «historiques et uniques en leur genre » qu’il a tenues avec les victimes des abus sexuels de certains de ces membres du clergé, en Avril 2007 à la Nonciature de Washington, en Juin 2008 en Australie, en Avril 2010 à Malte, en Septembre 2010 en Angleterre,…, quand on regarde et qu’on pèse les mots de la lettre qu’il à envoyée aux Evêques et au peuple d’Irlande sur le même sujet, et surtout les dispositions du 15 juillet 2010 relatives aux procédures judiciaires à engager en de tels cas, dispositions complétées le 16 mai 2011 par la lettre circulaire aux épiscopats précisant les lignes directrices pour une « tolérance zéro » en cet affaire,…, on ne peut que conclure que le monde de l’information n’a pas vraiment relayé ces actes qui sont significatifs pour l’histoire de l’Eglise et du monde. Je pense à un certain déséquilibre de l’information : tout n’a pas été pris en compte, comme d’ailleurs il en est la cas pour d’autres institutions dont on ne rapporte souvent que des conflits.

Des autres actes de gouvernement, on peut signaler par exemple le fait notable environs 77 Evêques ont été poussés à démissionner parce qu’ils ont été jugés comme incapables de gérer la vie de l’Eglise, que ce soit dans le domaine susmentionné (abus sexuels ou concubinage (ex République Centrafricaine), comme dans d’autres domaines comme la doctrine, de l’administration du patrimoine de l’Eglise (Burkina Faso, Congo, Italie) pour ne pas allonger la liste. Tous ces faits ont été repris par les médias des territoires qui y étaient directement intéressés ou par les visiteurs du site officiel du Vatican (www.vatican.va).

Crise de confiance dans « Vatileaks » : la fuite des documents confidentiels.

Una chose sûre est celle-ci : chaque fois que des documents confidentiels filtrent et se retrouvent dans la presse, il y a une crise de confiance, et cela au moins à deux niveaux : le niveau institutionnel pour ceux qui n’ont pas fait preuve de déontologie professionnelle exigeant de faire la part des choses, ou bien au niveau des prétendants professionnels qui vont jusqu’à utiliser des moyens illicites pour avoir la matière (que je n’ose pas appeler « information »). Nous savons que c’est une affaire qui n’est pas encore conclue. Qu’en est-il au juste ? En lisant le livre de Gianluigi Nuzzi, Sa Sainteté. Scandale au Vatican : les documents secrets de Benoît XVI (2012), on se rend compte combien les conclusions sur l’isolement du Pape au sein de la Curie sont forcées. En effet, quand on rapporte que deux Cardinaux ou même plus ne voient pas de la même manière des actions à entreprendre pour un dossier comme celui évoqué concernant le courant « communion et libération », quand deux directeurs de journaux, (ici Vian et Dino Boffo, respectivement directeurs de Osservatore Romano et la TV satellitaire de la Conférence des Evêques) se critiquent,… et que tout cela se retrouve sur la table du bureau du Pape, la conclusion à en tirer est que le Pape ne sait plus gérer, et par dessus le marché, qu’il est désormais isolé ? Je ne partage pas cet avis. Cela dénote seulement une situation problématique qui peut trouver tôt ou tard une solution. Le problème, le vrai, aura donc été que la correspondance ait filtré et cela devait faire parler de soi, mais pas que le gouvernement est devenu impossible. Oui, il y a eu une trahison et c’est déplorable. Impossibilité de maîtrise : non a priori. Je trouve par contre que le Pape était bien informé et intégré dans les affaires de la Curie Romaine, par le fait que les intéressés s’adressent confidentiellement à Lui.

Quelles implications de cette démission sur les futurs défis de l’Eglise ?

Tout d’abord, l’opinion en général ne sait pas qui est le Pape, comment fonctionne la Curie Romaine et les institutions de l’Eglise qui, souvent n’est perçue que sous sa dimension humaine. Le journaliste écrivain français vient de le publier quand il constate qu’un certain nombre (important) de journalistes ne savent pas distinguer le Conclave du Consistoire, le Concile du Synode des Evêques, etc. (Cfr Bernard Lecomte, Pourquoi le pape a mauvais presse, Paris, Ed. Desclée de Brouwer, 2009, http://fr.radiovaticana.va/articolo.asp?c=666495). Cela transparaît déjà quand on compare le Pape qui est Vicaire du Christ (et le Christ, Vrai Chef de l’Eglise, ne peut pas démissionner !) aux autres Chefs des Etats. Si tous pouvaient venir voir cette image antique sur un des murs de la Basilique de Saint Pierre à Rome et voir ce tableau où le Christ lui-même appelle son vicaire, Saint Pierre, à descendre de la barque ! On peut donc descendre de la barque (symbole de l’Eglise) si le Christ le demande. Le Pape a démissionné après avoir maintes fois « examiné sa conscience devant Dieu… », lisons-nous dans le texte qu’il a lu lors de l’annonce de sa démission.

Enfin, s’il faut parler des futurs défis de l’Eglise, ce n’est pas vrai de comparer cela à la succession des gouvernements qui présentent des programmes à accomplir pour un certain mandat. La priorité a été et restera toujours l’annonce de l’Evangile. Vous me direz peut-être que je suis trop superficiel, non concret. Le cardinal Ratzinger, d’abord théologien et ensuite Pape, n’a fait que jeter des lumières dans cette optique : ses livres ont été comme un ABC de l’identité chrétienne. Mentionnons en passant ses trois derniers tomes sur Jésus de Nazareth en réponse au relativisme qui met tout au même niveau ? C’est dans cette pleine conscience de sa propre identité (ici, celle chrétienne) qu’on peut vivre avec les autres, entretenir de vraies relations avec les autres religions et les autres formes de pensées. J’entends par ici le grand monde de la Chine, les courants qui « se réclament de l’Islam » pour perpétrer la violence. C’est aussi sous cet angle que, pour parler de mon pays, l’Eglise peut poser des actes « même politiques » sans semer la confusion quand elle doit suppléer là où manque les compétences et/ou la confiance pour des actes qui, normalement, ne sont pas permis à la hiérarchie.

Le Pape démissionnaire n’a pas donc exécuté son propre programme au cours de son pontificat, il s’est inséré dans une longue tradition au service de laquelle se mettra aussi son successeur. Ce n’est donc pas du ressort des médias, ni de quiconque, de tracer les objectifs et les défis de l’Eglise : souvent, nous sommes braves quand il faut fixer les devoirs pour les autres, quand on ne connaît même pas bien qui ils sont.

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