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« Au plein milieu de nos tempêtes, Seigneur, Tu es là ». Sauve-nous Seigneur.

IMG_8098Nous attribuons souvent à Dieu les images que nous nous sommes faites de Lui, mais la vérité est qu’il est différent de notre imaginaire et de toute représentation, fût-ce même celle théologique. Au cours de l’histoire d’Israël, le Seigneur s’est progressivement manifesté, selon une pédagogie qu’il a lui-même choisie, mais seulement en Jésus-Christ, « image du Dieu invisible », nous avons connu son visage. La Parole de Dieu, l’Eucharistie et bien d’autres sacrements nous font entrer en sa relation jusqu’au jour où nous le verrons face à face. Les trois lectures de ce 19ème dimanche nous parlent de trois hommes en prise au doute, à la peur, à la tristesse et qui vont être amenés par le Seigneur à surmonter ces états d’âme à travers une purification de leur foi. La foi est une vie de croissance. La première lecture nous situe à un moment clef de la geste d’Elie. Le coup d’éclat du Mont Carmel a plutôt un goût amer. Après que le roi Achab a relaté à Jézabel comment Elie a passé au fil de l’épée tous les prophètes de Baal, celle-ci se promet de les venger.

Elie a peur et entame un exode qui à travers le désert le va le conduire jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Il avait jusque-là fait l’expérience d’un Dieu fort qui (suite…)

Dans la nuit et les tourments de notre foi, crions vers Jésus : ‘‘Seigneur, sauve-nous.’’

Les trois lectures de ce 19ème dimanche nous parlent de trois hommes en prise au doute, à la peur, à la tristesse et qui vont être amenés par le Seigneur à surmonter ces états d’âme à travers une purification de leur foi.

La foi est une vie de croissance. La première lecture nous situe à un moment clef de la geste d’Elie. Le coup d’éclat du Mont Carmel a plutôt un goût amer. Après que le roi Achab a relaté à Jézabel comment Elie a passé au fil de l’épée tous les prophètes de Baal, celle-ci se promet de les venger.

Elie à l'Horeb

Elie à l’Horeb

Elie a peur et entame un exode qui à travers le désert le va le conduire jusqu’à la montagne de Dieu, l’Horeb. Elie en vient même à douter de l’efficacité de sa mission de prophète : «C’en est assez maintenant, Seigneur ; prends ma vie car je ne suis pas meilleur que mes pères… » (1 R 19, 4). Tout cela, malgré les signes qu’il a accomplis par la main du Seigneur, devant tous les faux prophètes de Baal. Notre bon/beau pas ne nous exempte pas de glisser après. Il faut toujours être vigilant. Arrivé finalement à l’Horeb, il se réfugie dans la caverne de ses peurs face à l’ouragan, au tremblement de terre et au feu qui successivement se manifestent devant lui.
Au départ, Elie était parti « pour sauver sa vie ». Sa vie sera sauvée mais par Dieu qui se révèlera à lui dans « le murmure d’une brise légère. Il est dit que « dès qu’il l’entendit, Elie se voila le visage avec son manteau » comme autrefois Moïse au même mont Horeb.
Contrairement à ce qui se passa au mont Carmel, Dieu n’est pas dans le feu. Ce n’est pas une manifestation toute-puissante du Seigneur, que l’on pourrait presque croire obtenue par le prophète lui-même, par le miracle du feu de Dieu qui descend sur les offrandes, qui est à la base de l’adhésion de foi. Non, il s’agit d’une manifestation simple et discrète d’un Dieu qui vient rejoindre un homme démuni, pauvre et fragile bien loin de celui qui paraissait aussi sûr de lui sur le Mont Carmel. Elie découvre que la puissance de Dieu n’est pas celle qu’il croyait. Dieu ne lui apparaît plus à travers les coups de tonnerres et les éclairs comme il le fit avec Moïse. «Ubu ntúkidutēra ubwôba nkó ku musózi wa Sínǎyi, hamwé imirávyo n’ínkúba vyǎsirana… », dit un chant de communion en Kirundi. Le prophète Elie, parce qu’il a reconnu sa fragilité, parce qu’il a fait l’expérience de son besoin d’être sauvé, il est maintenant fort dans la foi et il peut reprendre sa mission au service du Seigneur.

La deuxième lecture, quant à elle, propose à notre méditation ce passage de la lettre aux Romains où saint Paul s’interroge douloureusement sur la destinée de ses frères juifs qui contrairement à lui ne se sont pas convertis.
Sur la route de Damas, lui, il a compris que croire au Christ n’était pas un reniement de sa foi juive, bien au contraire, puisque Jésus accomplissait en sa personne toutes les promesses contenues dans les Ecritures. Mais il est bien obligé de constater que la majorité de ses frères juifs ne l’ont pas suivi sur ce chemin et que beaucoup même sont devenus ses pires persécuteurs.
Comment Dieu pourrait-il laisser ses enfants dans un tel égarement ? Aurait-il oublié son Alliance avec eux ? Aurait-il oublié cette merveilleuse promesse qu’il adressait à son peuple par la bouche du prophète Isaïe : « Une femme oublierait-t-elle de montrer sa tendresse à l’enfant de sa chair ? Même si celles-là oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas » (Is 49, 15) ?

Saint Paul s’interroge, doute peut-être. Lui aussi d’une certaine manière éprouve la fragilité de sa foi. Lui non plus, il ne trouvera pas son assurance dans ses propres sécurités, mais dans la fidélité même de Dieu à son Alliance. Ses doutes ne se verront levés que par un acte de foi reposant uniquement sur la promesse de salut total faite par Dieu à tout Israël. C’est ce qu’il exprime un peu plus loin dans sa lettre : « Car je ne veux pas, frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse : une partie d’Israël s’est endurcie jusqu’à ce que soit entrée la totalité des païens, et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit : ‘De Sion viendra le libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob. Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j’enlèverai leurs péchés’ » (Rm 11, 25-27).

"Seigneur, sauve-moi !"

« Seigneur, sauve-moi ! »

Enfin, l’évangile nous présente les apôtres et tout particulièrement saint Pierre paralysés par leurs peurs devant la tempête qui les a surpris au cœur de la nuit et devant ce qu’il croit être un fantôme qui s’avance vers eux. Comme par un metteur en scène le ferait voir, deux situations nous sont présentées en contraste : la quiétude de la montagne de la prière de Jésus, et la barque tourmentée par les vents contraires. Tenez que cela ne dure pas un instant ! Jésus rejoint la barque vers la fin de la nuit ! Pour combien de temps puis-je tenir et toujours espérer en l’intervention du Seigneur ? Voici que résonne ces paroles de Jésus : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » : Invitation à la foi qui se fonde sur la sécurité des propres paroles du Seigneur : « C’est moi », par lesquelles Jésus ne déclare pas seulement son identité pour se faire reconnaître mais renvoie au mystère divin de sa personne en faisant directement référence aux paroles à travers lesquelles Dieu s’était révélé à Moïse dans le buisson ardent (Cf. Ex 3, 14).
Mais pour que cette foi le conduise à une rencontre authentique avec le Seigneur, Pierre devra faire l’expérience que Jésus le sauve : « Seigneur sauve-moi ». Alors seulement sa foi se voit purifiée de toute prétention à rejoindre Dieu par ses propres moyens.

Ces trois personnages d’Elie, de Paul et de Pierre, nous enseignent à travers les trois lectures de ce dimanche que pour être forte et nous libérer de tous les doutes qui parfois peuvent nous assaillir, notre foi doit reposer sur Dieu seul en naissant de ce cri du cœur : « Seigneur sauve-moi ». Notre foi ne peut nous conduire à une rencontre en vérité avec le Seigneur que lorsque nous avons fait l’expérience de notre propre fragilité à vouloir faire sa volonté, que lorsque nous nous sommes purifiés de toutes prétentions à pouvoir nous avancer vers lui en comptant sur nous-mêmes.
Les tempêtes susceptibles de mettre en péril notre foi et donc notre relation au Seigneur ne manquent pas dans une vie. La victoire que nous accorde le Seigneur n’est pas dans le fait de marcher sur les eaux des tentations qui nous assaillent mais dans le fait de regarder vers lui, d’aller vers lui. Pierre demande à Jésus non pas de marcher sur la mer mais d’aller vers lui. Ce qu’il désire plus que tout c’est Jésus. Et précisément, il commence à couler lorsqu’il se met à prêter plus d’attention au vent qu’à la personne du Seigneur.
Notre vie est un véritable chemin de foi qui s’approfondit au fur et à mesure que nous dépouillons de nous-mêmes, un exode où comme pour Elie, le Seigneur nous fait quitter nos fausses sécurités pour nous attacher à lui seul. Fixe ton regard seulement sur Jésus. Marcher sur les eaux, quitter mon confort et ma zone de sécurité est difficile. Ce n’est pas naturel de marcher sur les eaux ! La tentation est grande de se concentrer sur les difficultés, sur le vent, les vagues, sur le fait qu’on ne contrôle rien. Fixe ton cœur et ta volonté sur le Christ. Fie-toi sur sa force et sa puissance salvatrice. Il ne t’abandonnera pas. Il t’appelle à une certaine mission, à une certaine façon d’être, à un niveau plus élevé de foi, il te donnera les grâces nécessaires.’

Fixe donc ton regard seulement sur Jésus. Marcher sur les eaux, quitter mon confort et ma zone de sécurité est difficile. Ce n’est pas naturel de marcher sur les eaux ! La tentation est grande de se concentrer sur les difficultés, sur le vent, les vagues, sur le fait qu’on ne contrôle rien. Fixe ton cœur et ta volonté sur le Christ. Fie-toi sur sa force et sa puissance salvatrice. Il ne t’abandonnera pas. Il t’appelle à une certaine mission, à une certaine façon d’être, à un niveau plus élevé de foi, il te donnera les grâces nécessaires.’ Etre fragile n’est pas un obstacle sur cet itinéraire de conversion mais refuser de se reconnaître tel et de demander l’aide de Dieu pourrait bien en être un.

« Seigneur, chaque fois que je me trouverai dans la tempête, dans les moments de doute, de souffrance, de solitude, de lassitude dans ma foi, donne-moi de réentendre ta voix qui me dit : ‘‘Confiance, c’est moi, n’aie pas peur. Moi aussi, j’ai éprouvé la solitude et l’angoisse dans ma passion. Mais maintenant, vivant et ressuscité, je demeure à tes côtés. Unis ta souffrance à la mienne, tes peurs aux miennes. Tu expérimenteras alors la joie de la résurrection et de la vie nouvelle’’ »

 

L’excessive confiance dans l’œuvre humaine produit la routine d’une foi paralysée par les structures.

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Abbé Lambert RIYAZIMANA

Chers amis, la première partie de l’évangile de ce jour évoque de manière suggestive une peinture, qui montre au premier plan le Temple de Jérusalem éclairé par un soleil crépusculaire de fin d’été : la façade glorieuse resplendit d’une lugubre lumière, tandis qu’au second plan s’amoncellent imperceptiblement de noirs nuages, qui présagent un violent orage : il ne restera pas pierre sur pierre. Le monde ne peut pas continuer ainsi. Trop de vanité, trop d’apparence, trop d’hypocrisie et trop de mensonge. L’injustice et l’impiété crient au ciel.
La tension entre un ordre apparent et la réalité morale et spirituelle fragilise l’institution du temple : celui-ci se veut fondé sur le plan messianique de Dieu et passe pourtant à côté de son intervention dans l’histoire des hommes, puisque le Christ, la parole vivante de Dieu, comme autrefois les prophètes, n’est pas reconnu et accueilli. L’excessive confiance dans l’œuvre humaine produit la routine d’une foi paralysée par les structures, dont la stagnation spirituelle dégage une odeur putride. Elle fragilise aussi l’arrière pays qui subit les vertiges du pouvoir et des richesses : la vie est gagnée à force de durs labeurs.

Sans aucun doute, le Temple devait être très beau, avec ses colonnes et ses boiseries sculptées, ses draperies brodées, ses revêtements d’or. Il a été  terminé en 63 et détruit en 70 par les armées du général romain Titus. Les pèlerins devaient rester bouche-baie, un peu comme nous le sommes devant la Basilique Saint Pierre de Rome. Il est vrai que la contemplation d’un édifice imposant et beau donne une impression de sécurité, comme si les pierres défiaient l’histoire et que pour un instant nous échappions nous aussi à l’usure du temps.
 L’intervention de Jésus vient rompre le charme : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit ». Pour les Juifs, ces paroles sont blasphématoires : le prophète Jérémie n’avait échappé que de justesse à la mort pour moins que cela. Ici, Jésus ne fait que nous arracher à nos rêveries de toute puissance et d’immortalité terrestre, pour nous ramener à la réalité de ce monde où tout est vanité.

On serait peut-être porté à penser que « ces histoires » de temples ne nous concernent pas. Loin de là. Chacun de nous, s’il s’assied pour y penser, à quelque chose sur laquelle il fonde plus ou moins sa sécurité : l’intelligence, la facilité de la parole et du discours, certains talents dont notre entourage parle, ce qui finit par nous rejoindre, TUKABIGĒNDERA, notre beauté/bonté,… je ne parle pas de richesses, il n’y a pas vraiment d’y revenir. Si nous ne faisons pas attention, nous pouvons alors être parmi ceux dont parle la première lecture : les arrogants. Attention ! Comment ? Chaque fois que nous n’osons pas nous arrêter pour voir ce qui est à la base de nos motivations, même en accomplissant de « bonnes œuvres » dont profite notre milieu de vie. Alors, nous rejoignons la catégories de ceux que la deuxième lecture met en garde ; les affairés sans qu’ils ne fassent rien. Arrête-toi, un instant, et regarde ce qui se passent ! Ne sont-elles pas des pierres, belles comme celles du temple de Jérusalem, mais qui sont destinées à crouler ? Il est vrai, notre œuvre ne défie jamais la réalité, il faut occuper notre juste place. Nous sommes fragiles. Devons-nous alors nous décourager ? NON !

Jésus nous assiste par son Esprit, quand toutes nos sécurités se révèlent vaines. Le chrétien vit continuellement une persécution. Pour mieux le dire, tout chrétien doit vivre le temps du témoignage, qui ne lui épargne pas bien sûr la souffrance, voire la persécution quand il marche à contre-courant.  Il faut alors mener un combat. Heureusement, nous avons un Défenseur. En fait, le vrai combat n’est pas « nation contre nation, royaume contre royaume » ; tout cela demeure horizontal, intra-mondain, intra-historique, et appartient à ce monde éphémère. Le vrai combat est vertical : il se livre là où le croyant est persécuté « à cause du Nom » de son Seigneur. Ce combat là est trans-historique, il participe à celui qu’a livré victorieusement le Fils de l’homme et par lequel il a ouvert les portes du ciel. Saint Luc y reviendra longuement dans le Livre des Actes des Apôtres, où il relatera les persécutions subies par les disciples du Christ. Si ceux-ci ne se dérobent pas et ne sombrent pas dans le découragement, c’est précisément parce que le Seigneur les avait avertis de ce qui les attendaient. Toute dramatiques qu’elles soient, pour le vrai disciple, les persécutions sont à saisir comme des « occasions de rendre témoignage » à Celui qui, par sa résurrection glorieuse, nous a définitivement sauvé de la peur de la mort.

Dans les épreuves – qui ne manqueront pas tout au long de l’histoire de l’Église – le Seigneur s’engage à venir personnellement en aide à son témoin : « Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction ».

Dieu ne peut pas changer le cours des événements sans empiéter sur la part de responsabilité qui échoit à l’homme ; mais la liberté avec laquelle les chrétiens assument ces événements, devrait être un vivant témoignage que leur vie n’est pas entre les mains des hommes, mais de Dieu.
Sans minimiser les dangers extérieurs qui nous menacent de toute part dans notre monde en ébullition, il n’en reste pas moins que le vrai danger, celui qu’il faut redouter plus que tout, est intérieur : la catastrophe la plus grave serait de trahir Notre-Seigneur et d’apostasier notre foi devant l’agressivité – peut-être un jour la haine mortelle – de ceux qui nous détestent « à cause de son Nom », et qui hélas peuvent être des proches, des amis, voire des parents. Tel est le sens de la demande du Notre Père : « Ne nous laisse pas succomber à la tentation » – sous-entendu : de l’apostasie. L’historien romain Tacite écrit que les chrétiens étaient devenus « la haine du genre humain » ! Cela ne les a pas empêchés de témoigner de leur foi, au point que Tertullien a pu écrire : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens ».
Devant de tels exemples, nous devrions être bien plus inquiets de notre tiédeur que de la « cataphobie » grandissante

Voie étroite de la Croix à re-choisir chaque jour : « c’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».
Pour un chrétien, cela n’est pas un accident de parcours, mais bel et bien quelque chose qui fait partie de sa vie. Puissions-nous devenir des hommes et des femmes de discernement, des prophètes remplis de Sagesse – celle de la Croix – pour pouvoir dénoncer les peurs aliénantes et stériles, et orienter nos frères vers les vrais enjeux et le véritable combat.

« “Voici que vient le Jour du Seigneur, brûlant comme une fournaise” (1ère lecture.).

Seigneur, accorde-nous de discerner les signes du Royaume au cœur de notre quotidien ; afin que réconfortés par ta présence, nous ayons le courage de te rendre dignement témoignage, sans crainte d’éventuelles représailles. Car “pour ceux qui craignent ton Nom, le Soleil de justice apportera la guérison dans son rayonnement”. »

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